Réactions syndicales au débat sur l’identité nationale

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VISA a pensé utile de donner à ses lecteurs un apercu des prises de position des centrales syndicales sur ce débat nauséabond à propos duquel nous reviendrons dans un prochain article .

La CFDT refuse de participer au débat sur l’identité nationale

La CFDT a annoncé jeudi son refus de se joindre au débat sur l’identité nationale, et appelle ses militants « à ne pas répondre aux sollicitations des préfectures« . « Parce que cette initiative a des objectifs électoralistes à la veille des régionales, la CFDT, à l’issue de son bureau national, a choisi de ne pas participer à ce débat et appelle ses équipes à ne pas répondre aux sollicitations des préfectures« , déclare la confédération dans un communiqué.

La CFDT estime que « ce débat est très mal venu à l’heure où les Français attendent des réponses à leurs préoccupations quotidiennes que sont la montée du chômage » et celle des « précarités« .

Pour l’organisation syndicale, « un tel débat pourra occulter les vraies questions auxquelles le gouvernement se doit d’apporter des réponses concrètes: sortir le pays de la récession et du chômage de masse, répondre aux craintes des salariés et donner des perspectives à une jeunesse qui n’entend parler que de crise depuis quelques décennies« .

De plus, la confédération de François Chérèque estime que « le fait que cette réflexion soit organisée sous l’égide du ministère de l’Immigration, oriente le débat et risque de stigmatiser la population immigrée ou issue de l’immigration« .

« S’il est un sujet qui nécessite véritablement une impulsion politique pour continuer à se construire, c’est avant tout la citoyenneté européenne, fondée sur son modèle social« , ajoute la CFDT.  ( A.P.)

Communiqué de la FSU du 4 novembre 2009

« La FSU ne peut que s’inquiéter de voir relancer le débat sur «l’identité nationale » au moment même où le gouvernement multiplie les gestes de rejet envers les immigrés sans papiers. Il est à craindre que cette initiative à visées politiciennes revienne à construire de toutes pièces une « identité » fantasmée, prétexte à stigmatiser et exclure davantage une partie de ceux qui vivent en France, et soit bien loin de mettre en lumière la richesse, la complexité et les contradictions des valeurs et des pratiques qui se sont forgées au cours de notre histoire.

Si débat il doit y avoir aujourd’hui il doit d’abord porter sur le «vivre ensemble » : comment créer les conditions pour que tous ceux qui vivent en France se sentent appartenir à une même société et relever d’une même citoyenneté ? Comment concrétiser des valeurs qui sont au coeur de notre République, celle de liberté, d’égalité, de fraternité mais aussi de laïcité, de solidarité, de démocratie, de justice, de tolérance? Comment faire que chacun les perçoive comme ayant une effectivité indiscutable pour lui et toute la société? Comment faire reculer les inégalités et les discriminations ? Comment faire que les enfants et les jeunes qui vivent dans ce pays par naissance, par choix ou contrainte de leurs histoires familiales ne s’y sentent pas précaires ?

Dans cette perspective notre système éducatif doit jouer tout son rôle de formation de la jeunesse et de construction d’une citoyenneté et il faut lancer une réflexion d’ampleur sur ce que doit être non pas un socle commun mais une culture commune ambitieuse offerte à tous. Cela implique une politique qui se donne comme objectif de rendre effective non pas l’égalité des chances mais bien l’égalité des droits. Cela implique un développement des solidarités et des services publics.« 

Jean-Claude Mailly, Secrétaire Général de FO, dans un éditorial, écrit à propos de l’identité nationale :
 
« Le débat qui s’ouvre, à l’initiative du gouvernement et du ministre chargé du dossier, M. Besson, est ambigu et malsain. Comment ne pas y voir une démarche électoraliste? Ce qui compterait dans notre pays, ce serait plutôt comment assurer un réel respect des valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité. Ce qui passe aussi par la consolidation des services publics et des régimes de protection sociale collective. Et ce qui percute, bien entendu, les politiques économiques dites libérales, qui font du service public et des régimes sociaux des charges et des freins à la compétitivité !

Or ce débat-là est encore refusé, alors que la Constitution précise notamment que notre république est une république sociale, une et indivisible. « 

Union Syndicale SOLIDAIRES

« L’identité nationale une nouvelle fois au secours de la majorité présidentielle.

Eric Besson, ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire a annoncé l’ouverture à partir du 2 novembre prochain « d’un grand débat sur l’identité nationale ». Cette initiative sera déclinée dans l’ensemble des départements à travers des réunions locales qui associeront selon le ministre « l’ensemble des forces vives de la nation ». Le processus se clôturera avec l’organisation d’un « grand colloque » de synthèse générale avant le 28 février 2010. Ces débats seront structurés autour de deux axes, celui de l’identité nationale, à travers la question « Pour vous, qu’est ce qu’être Français aujourd’hui ? », et celui de l’apport de l’immigration à l’identité nationale à travers un double questionnement :« Comment mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale : Auprès des ressortissants étrangers qui entrent et séjournent sur le territoire national ? Auprès de ceux qui accèdent ensuite à notre communauté nationale ? ».

Même si les modalités de ces débats restent à préciser, les différents éléments mis en avant dans le communiqué du ministère de l’immigration sont sans équivoques quant à la nature réelle de cette initiative. Le gouvernement y égrène certaines des propositions qu’il entend pousser en cette occasion, notamment : la place des symboles et emblèmes nationaux ; l’obligation pour l’ensemble des jeunes français de chanter au moins une fois par an l’hymne national ; la mise en place de cours d’instruction civique dans les préfectures ; le développement du dispositif de contrat d’intégration républicaine pour les étrangers entrant ou séjournant sur le territoire ; la mise en place d’un contrat avec la Nation lors de l’accession à la nationalité française ; etc.

Ces diverses propositions ainsi que le calendrier choisi (conclusion du processus quelques semaines seulement avant les élections régionales de 2010) trahissent la véritable finalité de cette initiative, à savoir : remettre sur le devant de la scène, à un moment où l’électorat traditionnel de la droite est pour partie déboussolé, les questions qui avaient permis à N. Sarkozy d’empiéter sur les platebandes du Front national lors des présidentielles de 2007. Pour atteindre ce but, le gouvernement n’hésite pas à mettre les forces de l’Etat au service de la seule stratégie électorale de l’UMP.

De la même façon, alors que les licenciements continuent, que le chômage explose et que le pouvoir d’achat diminue, le gouvernement espère tirer profit de cette initiative en focalisant l’espace médiatique sur les seules questions d’identité nationale et d’immigration. Il s’agit de détourner l’attention des conséquences dramatiques engendrées par une politique gouvernementale de remise en cause systématique de tous les acquis sociaux au seul service du patronat et des nantis.

Pour atteindre ses objectifs, le gouvernement n’hésite à lier une énième fois les questions d’identité nationale et d’immigration. Alors que l’identité nationale se construit au quotidien et ne saurait être cadrée par le seul pouvoir politique, cet amalgame renvoie aux heures les plus sombres de notre histoire et reflète une conception de notre société aux antipodes des valeurs qui fondent notre République. Démarche racoleuse qui s’inscrit de plain-pied dans une politique gouvernementale qui multiplie au quotidien les indignités en matière d’immigration et de droit d’asile. 

Alors que le hiatus est constant entre les valeurs universelles de la République mises en avant par le gouvernement et la réalité de sa politique, l’Union syndicale Solidaires dénonce cette nouvelle initiative aussi populiste qu’irresponsable. Celle-ci ne peut que fragiliser davantage des populations entières (en situation régulière ou non) et favoriser la montée de la xénophobie, du racisme, de l’exclusion et, par réaction, les communautarismes au sein de notre pays.

L’Union syndicale Solidaires réaffirme que l’urgence aujourd’hui n’est pas à la mise en oeuvre de politiques basées sur les divisions et le rejet de l’autre, mais bien au contraire à des politiques de lutte contre les discriminations, pour l’égalité des droits et contre l’insécurité sociale généralisée. »

Fédération CGT FINANCES (nous n’avons pas trouvé de déclaration confédérale CGT mais des prises de position de plusieurs fédérations dont celle çi )

« (…/…) Pour la CGT, à l’opposé du débat sur l’identité nationale, la réflexion doit s’engager sur les valeurs du « vivre ensemble » de sociabilité, des droits et des moyens de l’exercice de la démocratie. C’est affirmer une société construite sur la capacité et le pouvoir d’agir, l’intervention des travailleurs, des citoyens pour l’accès aux droits fondamentaux. C’est aussi répondre aux besoins des populations, pour la protection de la planète. Repenser un modèle de développement, un partage plus juste de la richesse créée, des droits, qui répondent à cette exigence de justice sociale. (…/…)

Tous les motifs discriminatoires doivent être combattus avec la même intensité, que la discrimination soit causée par le sexe, la situation de famille, l’origine sociale, l’origine nationale, l’origine ethnique et culturelle, les convictions religieuses, les opinions politiques ou idéologiques, l’activité syndicale, l’activité associative, l’activité mutualiste, la participation à la grève, les mœurs, l’apparence physique, l’orientation sexuelle, l’âge, l’état de santé, le handicap. Il y a nécessité d’agir sur les organisations discriminantes plutôt que sur les publics discriminés. (…/…)

S’agissant des administrations constitutives des deux ministères de Bercy, la fédération des finances CGT s’est engagée à placer la solidarité au cœur de ses objectifs et notamment par une lutte déterminée contre tout ce qui discrimine, divise et oppose, notamment le sexisme, le racisme, la xénophobie, l’homophobie. Pour la CGT, la question de l’ égalité professionnelle et des discriminations est partie prenante de sa démarche revendicative et du rapport des forces en cours.«