COMMUNIQUE DU SYNDICAT DE LA MAGISTRATURE
Racisme : la digue cède
Il y a cette candidate du Front National aux élections municipales à Rethel qui qualifie la garde des Sceaux de « sauvage » quelle préférait « encore voirdans un arbre » quau gouvernement, et qui relaye sur sa page Facebook un photomontage la comparant à un singe. Il y a aussi ces enfants embrigadés dans une « manif pour tous » et incités par dautres, parce quil ne peut en être autrement qui, lors dun déplacement de la ministre à Angers le 25 octobre, laccueillent aux cris de « Cest pour qui la banane ? Cest pour la guenon ! ». Il y a enfin, parce ce que tout est désormais possible, lignoble une du « journal » dextrème-droite Minute, paru hier, titrant « Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane ».
Tout le monde, ou presque, saccorde aujourdhui pour dénoncer ce racisme décomplexé, cette expression insupportable dune frange dextrémistes haineux. Mais peut-on sen tenir à cela ? Peut-on ne pas sinterroger sur la responsabilité de ceux qui, dès sa nomination au gouvernement, lont clairement désignée pour cible ?
Accueillie par le « Quand on vote FN, on a la gauche qui passe ( ) et on a Taubira » de Jean-François Copé, la ministre suscita par la suite, à la moindre de ses annonces, des propos plus nauséabonds les uns que les autres – de Jean-Paul Garraud qui déclarait que « la composition du gouvernement lui donn(ait) mal à la France », ou du député du Var pour qui les auteurs des dégradations commises à loccasion dun victoire du PSG étaient « sûrement des descendants desclaves, ils ont des excuses.Taubira va leur donner une compensation », aux membres de lInstitut Civitas, arc-boutés contre « le mariage pour tous », scandant « Y a bon Banania, y a pas bon Taubira ».
Tout était en effet devenu bon pour discréditer, avilir celle qui symbolise la volonté dune autre politique pour la justice – qui romprait avec les antiennes sécuritaires de ces dernières années – et pour légalité des droits.
Ce racisme décomplexé senracine aussi dans les dérives des tenants de la lutte contre le « politiquement correct qui envahirait notre société » – pour lesquels toute réflexion, tout rappel de léthique ne serait que de la « bienpensance » hermétique à la réalité tel Eric Zemmour dénonçant celle qui sen prend aux « hommes blancs » alors quil sagissait simplement de débattre de la lutte contre le harcèlement sexuel.
On pourrait être tenté dopposer silence et mépris aux récents propos nauséabonds exploités par « le journal » Minute, à ces débordements contre lesquels aujourdhui tous sélèvent. On pourrait refuser de sinterroger sur les causes du développement de cette haine. Mais se taire, cest laisser se banaliser ce racisme ordinaire, qui fleurit sur des réseaux sociaux à lanonymat « libérateur » ainsi que dans la bouche de certaines personnalités politiques et médiatiques, et qui bouscule ainsi les fondements mêmes de notre démocratie.
Le Syndicat de la magistrature ne se résigne pas au silence et dénonce fermement ces attaques racistes envers la garde des Sceaux. Il exhorte les responsables politiques à abandonner le populisme confortable qui sappuie sur les peurs et les plus bas instincts au détriment des idées. Il en appelle à un réveil des consciences, demain il sera trop tard