Racisme et antisémitisme sans frontières : nouvelles passerelles à l’extrême droite

Dieudonné, Le Pen, amateurs du Ku Klux Klan et racistes de l’ex-Tribu K : alliances contre nature et rapprochements inquiétants que l’on aurait envisagé, il y a quelques années encore, comme improbables.

La dernière nouvelle en date n’est déjà plus une véritable surprise : Dieudonné a choisi pour parrain de sa plus jeune fille, baptisée le 18 juillet dernier à Bordeaux, un certain Jean-Marie Le Pen. Le baptême a eu lieu dans la paroisse « traditionaliste » de Saint-Eloi où officie l’abbé Laguérie, qui avait célébré en juillet 1996 les obsèques de Paul Touvier, ancien chef de la milice de Vichy. A cette occasion, ce prêtre  avait défendu – bec et ongles – la mémoire du défunt chef milicien, en se présentant lui-même comme « l’avocat de Paul Touvier auprès de Dieu » : « [Devant le] tribunal divin, il n’y a pas de médias ni de coups médiatiques, pas de communistes, pas de franc-maçonnerie, pas de partie civile et pas de LICRA. » (Libération du 16 juillet 2008) La chose ne surprend qu’à moitié : Dieudonné, ancien chantre de l’anti-racisme, ne s’est-il pas rendu à la Convention Bleu-Bleu-Rouge (lancement de la campagne présidentielle du leader du FN), le 11 novembre 2006 au Bourget ? N’a-t-il pas visité le pays d’origine de son père, le Cameroun, avec Jany Le Pen – l’épouse du chef de file de l’extrême droite – en mars 2007, faisant apparaître celle-ci comme défendant la « cause humanitaire » des Pygmées menacés ? Si les visites publiques de Dieudonné dans le camp lepéniste pouvaient encore apparaître comme des provocations calculées, à condition d’ignorer certaines convergences de fond qui les avaient rendues possibles, c’est quand même autre chose d’aller jusqu’à nouer des liens privés et familiaux avec le vieux leader d’extrême droite. A certains de ses fans, Dieudonné tente encore de justifier sa décision sur le registre de la pure provocation, et au nom de son intérêt  : il en aurait besoin pour réapparaître dans les médias qui l’ont « boycotté » jusqu’ici. Pour cela, il aurait voulu leur offrir en pâture « quelque chose de négatif », avant d’ajouter : « Vous savez ce que cela coûte, une campagne de promotion sur TF1 ? ».

La thèse de la provocation purement médiatique n’est pas crédible

Il ne s’agirait donc, en quelque sorte, que d’un dérapage contrôlé, effectué dans le seul but d’assurer son succès médiatique. Cependant, cette affirmation ne répond pas à la question de savoir pourquoi, de son côté, Jean-Marie Le Pen a accepté d’être le parrain à la fille de Dieudonné. Le chef du FN, expérimenté en communication publique, ne s’est pas rétracté dans les jours suivant la « révélation » – par Dieudonné – du prétendu fond médiatique de l’affaire. Rappelons donc que, s’il existe une certaine convergence entre ces deux hommes-là, ce n’est pas principalement parce que « nous sommes Bretons tous les deux » comme l’a indiqué publiquement Jean-Marie Le Pen. Il faudrait plutôt rechercher du côté d’un délire idéologique partagé sur un prétendu « pouvoir des juifs en France », pouvoir qui s’exercerait soi-disant en partie sur les médias et qui empêcherait nos deux « outsiders marginalisés par le système », comme ils aiment se qualifier, de s’exprimer sur la place publique. Dès 1988, Jean Marie Le Pen prétendait que le refus de la droite classique française de s’allier à son parti serait dû aux diktats et injonctions « du B’nai B’rith », organisation juive des Etats-Unis. De la part de l’extrême droite, la persistance d’un vieux fond antisémite n’est pas vraiment une révélation. Pour ce qui concerne Dieudonné, il faut rechercher ailleurs les motivations profondes d’une dérive idéologique très inquiétante : Fin 2003, Dieudonné avait mis en scène, dans une émission télévisée, un sketch sur un colon israélien fanatique faisant le salut nazi, en criant « Isra-Heil ! ». Cette assimilation de la politique de colonisation israélienne, critiquable par ailleurs, à celle du régime nazi génocidaire pouvait légitimement soulever l’indignation. Néanmoins, l’affaire aurait pu s’arrêter là. Mais, en réaction à des menaces contre son spectacle (appel au boycott), Dieudonné choisit la radicalisation en stigmatisant dans ses spectacles des personnalités d’origine juive. Puis, il s’est mis à accuser en 2004/2005, des « sionistes » d’avoir été les principaux responsables du commerce des esclaves avant de « se reconvertir dans la banque, dans la finance », pour conclure : « ...et maintenant dans l’action terroriste ». Par ailleurs, selon Dieudonné, des « autorités sionistes » contrôleraient le cinéma français et l’empêcheraient de récolter les fonds nécessaires pour réaliser un projet de film sur l’esclavage. Ainsi il reprend, de façon claire et nette, de vieux schémas antisémites, accusant « certains milieux » de contrôler, notamment, la finance et les médias. Quand on faisait remarquer alors à Dieudonné que la traite des esclaves, non seulement n’était pas contrôlée par des juifs, mais était au contraire un « métier » totalement interdit aux juifs (selon l’article 1 du sinistre Code noir adoptée par la monarchie française au 17e siècle), il choisit des arguments fallacieux et délirants pour se défendre. Dans son excellent livre « La vérité sur Dieudonné », paru fin 2005, Anne-Sophie Mercier (qui vient de gagner le procès que lui a intenté Dieudonné) souligne qu’il a prétendu que ce fameux article 1 du Code noir avait été adopté parce que les juifs auraient « exagéré » leur cruauté dans le commerce des esclaves, à la différence des « commerçants » chrétiens. Continuant son délire, Dieudonné ajoute que les « commerçants » juifs, eux, non seulement vendaient des hommes et des femmes en tant qu’esclaves, mais « les castraient, jetaient les enfants par-dessus bord ».

 » La concurrence victimaire »

Au détriment de l’universalisme et de l’aspiration à faire justice à toutes les victimes, à imposer le respect des droits humains pour tous et pour toutes, Dieudonné et ses acolytes cherchent à attiser une concurrence victimaire entre les communautés. Certains courants politiques et associatifs, en résonance avec la droite sioniste, tout en insistant à juste titre sur le caractère singulier du génocide des juifs par les nazis (extermination industrialisée programmée de toute un peuple) se positionnent souvent en soutien inconditionnel de la politique des dirigeants israéliens et véhicule ainsi l’idée d’une menace globale émanant des « arabes » ou de « l’Islam ». Ils basculent ainsi facilement vers des attitudes qui favorisent l’exclusion. A l’opposé, dans certains groupes issus de l’immigration, on observe aussi une attitude consistant à dire qu’en parlant « trop » de l’Holocauste et de la souffrance des juifs européens au cours du 20e siècle, on occulterait les victimes de l’esclavage et (ou) du colonialisme. Certains vont jusqu’à demander, soit de gommer toute différence entre une politique de domination coloniale (incluant des massacres et des violences extrêmes) et l’extermination planifiée de tout un groupe humain, soit – pire – de demander qu’on arrête de commémorer les victimes juives du génocide nazi. Ces positions sont développées, entre autres, par Dieudonné quand il parle de « pornographie mémorielle » à propos de la mémoire de la Shoah (propos tenus à Alger en février 2005, et récemment sanctionnés par la condamnation à une amende de 7.000 euros). Ce phénomène existe déjà dans la communauté noire des Etats-Unis, où le mouvement « Nation of Islam » est connu pour son antisémitisme.

Manipulateurs d’extrême droite

Le rapprochement direct entre Dieudonné et Jean-Marie Le Pen, s’il a un fondement idéologique, a été aussi possible grâce à l’entremise de certains personnages. Parmi ceux qui auront joué un rôle de premier plan :

  • Alain Soral, l’écrivain ex-marxiste, devenu lepéniste. Depuis au moins 2006, il milite pour que les Français d’origine étrangère (qu’il appelle aussi « Français de branche » par opposition aux « Français de souche »), soient pris en compte par le FN en tant que membres de la « communauté nationale ». Il a joué à plusieurs reprises, au cours de ces dernières années, l’entremetteur entre Dieudonné et des dirigeants du FN. C’est lui qui avait confirmé aux médias, mi-juillet, la nouvelle du baptême réunissant les familles Dieudonné et Le Pen.

     

  • Frédéric Chatillon, ancien militant du GUD et dirigeant d’une société de sécurité, par ailleurs proche de Marine Le Pen. Chatillon aurait participé à une rencontre entre Dieudonné et Jean-Marie Le Pen, le soir du 1er mai 2008 à Paris, en vue de nouer les contacts pour le fameux baptême. C’est le même Frédéric Chatillon qui avait rendu possible un voyage commun à Beyrouth de Dieudonné, de Thierry Meyssan (écrivain ayant glissé de la lutte antifasciste vers la théorie du complot mondial, notamment depuis le 11 septembre 2001), d’un journaliste de Minute et d’un conseiller issu du FN, dans les derniers jours du mois d’août 2006. Le journal Minute avait rendu compte, en exclusivité, du voyage de ce curieux groupe au Liban. Il s’agissait alors de dénoncer la guerre israélienne au Liban de l’été 2006 mais aussi de favoriser le rapprochement entre individus issus de tendances politiques différentes, le tout sur fond d’animosités antisémites manifestes.

Sur un autre registre, mais avec un fond idéologique similaire, nous pouvons observer d’autres rapprochements apparaissant comme plus inquiétants encore. Ainsi en va-t-il du travail en commun, observable depuis plusieurs mois, d’un groupe néo-nazi violemment antisémite connu sous le nom « La Droite Socialiste » et des partisans d’un leader noir autoproclamé qui se fait dénommer « Kémi Séba » (pseudonyme qui signifie « Etoile noire » en langue de l’Egypte ancienne).

KEMI SEBA

De son vrai nom Stellio Capochichi, ce jeune Franco-Béninois originaire de Strasbourg, né en décembre 1981, a dirigé plusieurs groupuscules : de la « Tribu K » – interdite et dissoute par les pouvoirs publics en juillet 2006 suite à des affrontements avec un mouvement juif d’extrême droite, la Ligue de défense juive (LDJ) – en passant par la « Génération Kémi Séba » jusqu’au « Mouvement des damnés de l’impérialisme » (MDI). Ce dernier a été constitué au début de l’année 2008. Aucune de ces organisations n’a pu quitter le stade groupusculaire. Néanmoins Kémi Séba tente de gagner une notoriété publique dans les banlieues où ses partisans s’activent dans une logique de « radicalisation », par une politique systématique de surenchère. Ainsi, à Clichy sous Bois, Kémi Séba est venu provoquer l’Association AC le Feu (Association citoyenne liberté, égalité, fraternité, ensemble et unis), en lançant « Mes frères Assez le feu ? Ou bientôt le feu ? », accompagné de ses partisans reprenant le slogan « Bientôt le feu ! ». Il moque les militants d’autres mouvements et les sans papiers manifestant dans la rue, ces « macaques », « qui se ridiculisent en criant <Nous ne sommes pas dangereux> dans les rues de Paris ». Des émeutes se produisent à Villiers-le-Bel, fin 2007 ? Ses partisans s’y rendent en délégation.

Stellio Capochichi se fait le chantre de « la dignité raciale de chaque groupe, de chaque peuple ». Il s’oppose violemment au métissage, chaque groupe devant garder sa pureté, y compris les Noirs qui, selon lui, descendent tous d’un peuple héroïque. Les Noirs, qu’il appelle uniquement « Kémites » selon un terme créé par lui (en opposition à « Sémites »), seraient ainsi destinés à retrouver un rôle de peuple dirigeant. S’ils vivent provisoirement en Europe, selon Kémi Séba, c’est uniquement parce qu’ils doivent y attendre d’obtenir des « réparations » qui seraient identiques à celle « du Tribunal de Nuremberg », en dédommagement des dégâts laissés par l’esclavage et le colonialisme.  Mais par la suite, leur rôle consistera – toujours selon Kémi Séba – à retourner sur la terre africaine et d’y construire leurs propres puissances. En attendent, ils ne doivent surtout pas se mélanger, ni avec les « Leukodermes » (les peaux blanches, selon deux termes de l’ancien Grec employés par Kémi Séba), ni avec les Arabes ni avec les Juifs.

Sur ces bases-là, Kémi Séba prône et pratique l’alliance ouverte avec des racistes blancs, en défense commune de la « pureté » de chaque groupe. Dès octobre 2006, Kémi Séba a ainsi développé ses théories Internet : « (…) la colère qu’il y a dans les banlieues a depuis 20 ans été canalisée par les officines sionistes, tel que SOS Racisme et compagnie (…) et redirigée vers la cible idéale que représente la droite nationale. J’ai moi-même été élevé dans la haine de ceux qui aimaient leur pays, jusqu’à ce que j’ouvre les yeux sur ceux qui nous manipulaient tous, à savoir les sionistes. » L’extrême droite des racistes blancs ne serait ainsi qu’un bouc-émissaire, contre lequel une fausse colère serait attisée par des agitateurs et manipulateurs « sionistes » qui tireraient les ficelles. Par ailleurs, dans ce même texte, Kémi Séba poursuit : « La France est devenue un camp de concentration asphyxiant la dignité raciale de chaque peuple. Chaque famille humaine a le droit de vivre dans son espace vital (sic), avec les biens qui lui sont propres. Voilà pourquoi les Kémites sont ici. Dès que nous aurons obtenu dédommagements les mêmes qui ont été obtenus à Nuremberg, nous repartirons chez nous. ». A partir du 2 septembre 2008, Kémi Séba comparaîtra d’ailleurs pour ce texte, accusé du délit de provocation à la haine raciale, au Palais de justice de Paris. Le Parquet avait déclenché l’action publique, le MRAP a signalé vouloir se constituer partie civile.

Alliance entre les racistes des deux bords

L’alliance avec des racistes blancs et des néonazis n’est pas restée que théorique. Le 8 mai 2008, les partisans de Kémi Séba ont ainsi organisé un rassemblement commun à la Fontaine Saint-Michel, avec les néonazis de « La Droite Socialiste ». Les deux groupes y revendiquaient le retrait des troupes françaises d’Afrique et d’Afghanistan, une revendication qui était dirigée contre « les intérêts étrangers » censés conduire aujourd’hui la politique de la France. L’orateur de « La Droite Socialiste » déclarait aux quelques manifestants rassemblés que « ce gouvernement n’a de français que le nom », qu’il défendait des intérêts « qui ne sont pas les nôtres » et, qu’en 1945, la fin de la Seconde guerre mondiale se serait malheureusement (sic !) soldée par la victoire des puissances maçonniques qui, depuis, dirigent le monde.

Ce dernier groupuscule, « La droite socialiste » qui se réfère, entre autres, au Ku Klux Klan, présente des similitudes troublantes avec les groupuscules néonazis « Nomad-88 » et « Nomad-Sécurité », qui se sont auto-dissous début juin 2008 après l’arrestation de trois jeunes militants qui, dans la soirée du 28 mai 2008, avaient traversé en voiture une cité de Saint-Michel-sur-Orge en tirant au moins 35 coups de feu au pistolet-mitrailleur. La perquisition dans un hangar de l’Essonne avait permis de découvrir, selon le parquet l’un des plus grands arsenaux d’armes et de munition jamais trouvés dans le département. Suite à l’auto-dissolution, on a appris que « Nomad-88 » groupuscule d’environ 30 membres, essentiellement skinheads, en région parisienne et lyonnaise ainsi qu’à Nancy – avait servi de service d’ordre à « La Droite Socialiste ». Cette dernière réagit, cependant, en indiquant qu’elle n’avait quasiment aucun lien avec ce groupuscule et qu’il ne lui aurait servi que pour « assurer la sécurité lors de nos événements ». Si le démenti ne semble guère crédible, il indique au moins la volonté de « La Droite Socialiste » de poursuivre son action. Auparavant, des militants de « La Droite Socialiste » avaient, entre autres, participé avec leurs drapeaux au défilé de Jean-Marie Le Pen devant la statue de Jeanne d’Arc, place des Pyramides à Paris, le 1er mai 2008. Ils ne furent pas inquiétés par le service d’ordre du parti lepéniste, mais juste gentiment priés de ne pas trop s’exposer directement devant les photographes. Ils étaient aussi présents au « Congrès nationaliste » organisé par des groupuscules d’extrême droite, dont « L’Oeuvre française » à Villepreux dans les Yvelines le 24 mai 2008. Environ 350 personnes y ont participé. Le 12 juillet dernier, « La Droite Socialiste » a encore voulu apparaître en public en manifestant devant la Sorbonne contre la présence de troupes israéliennes au défilé du 14 Juillet, à Paris (sur fond de sommet de « l’Union pour la Méditerranée »). Mais son rassemblement a été interdit. Début juillet, « La Droite Socialiste » avait pu agrandir ses rangs grâce à l’adhésion d’un groupuscule baptisé « Réconciliation nationale », groupuscule jusqu’ici dirigé par un certain Franck Abed, prétendu « candidat à l’élection présidentielle de 2007 », se définissant lui-même comme « bonapartiste ».

Paranoïa commune

« La Droite Socialiste » est dirigé par Thomas (ou Thömas) Werlet, principal orateur lors des meetings publics, et animé d’un antisémitisme qui confine à la paranoïa aigue. Paranoïa partagée par Kémi Séba. Ce dernier explique ainsi dans une vidéo consultable sur Internet, intitulé « Pourquoi l’Etat a peur de nous » que « dans ce système » – au pouvoir en France – « c’est être sioniste ou mourir ». Dans une autre vidéo, également consultable sur Internet, l’homme s’engage plus loin dans son délire sur le prétendu pouvoir secret – juif – qui régnerait sur la France : « La France est actuellement divisée en deux parties. La première partie est composée de ceux qui dirigent ce pays ; qui, comme par hasard, ont pour point commun de tous prêter allégeance à Israël, qu’on le veuille ou non. La deuxième partie est composée de ceux qui souffrent : le prolétariat, mais pas seulement. Au commencement, je pensais que (ce) prolétariat était composé des Noirs, mais je me rends compte qu’en réalité, tous ceux qui ne sont pas sionistes dans ce pays sont considérés justement comme de la marchandise, sont considérés comme des objets, sont considérés comme du matériel à détruire s’il le faut assassiner, exécuter. C’est la constatation qu’on ne peut que dresser quand on voit le nombre de morts, ces derniers temps, émanant en particulier de notre communauté (…..) Et on se pose la question de savoir, en réalité, QUI dirige ce pays. Si je dis que ce pays est dirigé par les sionistes, on va dire que je suis antisémite. Donc on va peut-être trouver un autre terme, on va dire que ce pays est dirigé par des impérialistes qui prêtent allégeance – il est vrai – à Israël. Et cela donne le fait que, même si vous êtes blanc dans ce pays (…), vous serez considéré comme une merde. » Et il ajoute que la France serait dirigée par une « oligarchie » qui «a volé le gaullisme, qui l’a dépouillé de son véritable sens. Même si le gaullisme n’est déjà pas une idéologie à laquelle j’adhère, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, même le gaullisme n’appartient plus aujourd’hui aux autochtones de ce pays. C’est quand même une chose assez extraordinaire, quoi qu’on en dise. Et, ils ont fait ça, comme ils ont fait ça auparavant avec le royalisme. On sait très bien qu’ils ont détruit le royalisme pour pouvoir, j’ai envie de dire, récupérer le territoire français, pour pouvoir (…), au moment de la Révolution de 1789, s’accaparer le pouvoir. Tout le monde a compris ça aujourd’hui, il suffit de connaître un minimum l’Histoire. Et on RETOURNE dans une telle situation aujourd’hui, dans le sens où des gens qui n’ont aucun intérêt réel pour la France, viennent et sont à la tête de cet Etat ». Autrement dit, « Kémi Séba » explique à ses auditeurs que les juifs auraient pris le pouvoir sur le territoire français en 1789, au moment de la Révolution, et qu’ils seraient aujourd’hui – derrière Nicolas Sarkozy – en train de réussir la même opération.

Racisme « ethno-pluraliste » : un rêve de la Nouvelle Droite

Alors que la « Tribu K » de jadis ne cherchait qu’à organiser des Noirs uniquement et excluait de s’adresser à d’autres groupes de population, cette attitude a changé récemment parmi les partisans de Kémi Séba. Son nouveau mouvement, le MDI créé début 2008, s’adresse quant à lui à tous les groupes de population… à condition qu’ils ne cherchent pas à se mélanger par voie de métissage. La « non-mixité » de l’ancien mouvement de « Kémi Séba » avait, d’ailleurs, constitué l’un des points d’achoppement entre lui et Dieudonné. Certes, il existait des liens certains entre les deux hommes – des hommes de la « Tribu K » auraient servi de gardes de corps à Dieudonné lors de son apparition (non désirée par les organisateurs) dans une manifestation des « Indigènes de la République » du 8 mai 2005, et leur mouvement se réunissait souvent dans la Théâtre de la Main d’Or, propriété de Dieudonné. Cependant ils se trouvaient en conflit, sur la question de la « non-mixité », notamment. Désormais, l’approche de « Kémi Séba » a changé ; des hommes et des femmes de toutes les origines (ou toutes les prétendues « races ») peuvent être admis au « Mouvement des damnés de l’impérialisme » ( ?!). Cependant la relation entre les fans de Dieudonné et ceux de « Kémi Séba » reste, en partie, conflictuelle. Si ce dernier a bien pu montrer, en septembre 2007, sa pièce de théâtre intitulée « Sarkophobe » au Théâtre de la Main d’Or, la conversion du mouvement des fans de « Kémi Séba » au principe de la mixité a été jugée comme non crédible sur le site Internet « Les Ogres » (proche de Dieudonné et, lui aussi, vecteur de la diffusion de contenus clairement antisémites qui font actuellement l’objet d’une plainte).

Reste, par ailleurs, qu’une partie de l’extrême droite française a longtemps rêvé d’un mouvement sur des bases racistes, mais transcendant les clivages entre groupes de population. Les intellectuels de la Nouvelle Droite des années 1960 et 1970 appelaient cela  « l’ethno-pluralisme » : chaque « race » (ou, comme ils diront quelque temps plus tard, chaque « culture ») restant chez elle et ne se mélangeant pas. Aujourd’hui, pour la première fois, l’embryon d’un véritable mouvement raciste (et surtout, antisémite), « ethno-pluraliste » cherche à se constituer. Force est de constater que de telles « expériences » d’alliance (en apparence  contre nature) peuvent être menées, aujourd’hui, au sein de l’extrême droite française parce que la crise de son parti principal – le FN – laisse la place libre à l’émergence de mouvements plus marginaux, plus « anti-système ».

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