Intervention de VISA à l’Agora de l’Humanité

« Le programme social de l’extrême droite : Elle hait l’égalité ». En plus de tenir un stand au village du livre, Visa était invité par le journal l’Humanité ce samedi pour co-animer ce débat à l’Agora en compagnie de Joël Gombin, membre de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès et de Fabienne Halaoui, conseilleère municipale d’opposition à Orange. Voici notre intervention introductive.

VISA est une association intersyndicale composée de plus d’une quarantaine de structures syndicales : la FSU et plusieurs de ses syndicats, l’union syndicale Solidaires et plusieurs de ses syndicats, des fédérations et des syndicats de la CGT, de la CFDT, de la CNT, de l’Unef, le Syndicat de la Magistrature. Les militants de VISA, depuis 1996, recensent, analysent et dénoncent, les incursions de l’extrême droite et plus particulièrement du Front national sur le terrain social.

VISA se veut être un outil d’information et de réflexion pour toutes les forces syndicales qui le souhaitent afin de lutter collectivement contre l’implantation et l’audience de l’extrême droite dans le monde du travail.

Vous pourrez retrouver sur notre site Internet visa-isa.org nos analyses, nos brochures argumentaires et nos outils militants contre le FN (en vente sur notre stand au village du livre de la fête de l’Humanité), notre module de formation syndicale mais aussi les expressions de plusieurs organisations syndicales confrontées à l’extrême droite dans leur champ professionnel.

L’intervention de Visa illustrera concrètement l’idéologie inégalitaire (c’est un doux euphémisme) de l’extrême droite en partant du dernier programme officiel du FN (présidentielles 2012) et de sa charte d’action municipale (printemps 2014) sur 5 thèmes : dans le monde salarié, en matière de protection sociale, de fiscalité, de genre et de logement social.

Oui, il faut sans cesse le rappeler, l’extrême droite ne se contente pas de mépriser l’égalité (thème de notre débat), elle la hait, elle la déteste, elle la combat. « Liberté – Egalité – Fraternité » est une devise radicalement opposée à ses idées.

Il faut également rappeler et prouver aux salariés que les questions programmatiques sont accessoires pour le FN : les programmes présentés ont été et sont toujours à géométrie variable et leur rapport à la vérité (utilisation de statistiques notamment) est le plus souvent très lointain (exemple des 10 millions de fraudeurs à la carte vitale).

Pour le FN, ce qui compte uniquement, c’est sa capacité à emporter l’adhésion des gens. Cohérence et incohérence volontairement entretenues permettent ainsi de défendre tout et son contraire (exemple en matière de retraites, une fois pour 65 ans, une fois pour 60, une fois pour la capitalisation, une fois pour la répartition…).

Le FN énonce des idées simples, voire simplistes, à grands coups de communiqués de presse, il dit ce que les gens ont envie d’entendre. Ses dirigeants ne tiennent pas le même discours devant les chômeurs du Pas de Calais et les riches commerçants du Var. 

Cela dit, si aucun programme cohérent ne caractérise le fascisme et ses descendants d’extrême droite, l’idéologie du FN repose sur un certain nombre de fondamentaux identitaires et nationalistes dont le rejet de l’autre et la stigmatisation de boucs émissaires sont les piliers. Le fn déteste l’égalité et la combat.

 Inégalités dans le monde salarié

– Les salariés contre les chômeurs. « Le non respect par un demandeur d’emploi des obligations imposées par pôle emploi sera plus sérieusement vérifié ». Le chômeur est toujours soupçonné d’être un fraudeur et un fainéant, toujours enclin à ratiboiser le systèmes d’indemnisation.

– Les français contre les immigrés. « la priorité, à compétence égale, à l’emploi des personnes ayant la nationalité française est affirmée et fera l’objet d’une loi pour contraindre pôle emploi à appliquer cette priorité »

– Les fonctionnaires, vous savez, ceux qu’on appelle les nantis, contre le privé : « cesser de traiter de façon uniforme l’ensemble des agents publics ». C’est la fin revendiqué par le FN du statut général de la FP et donc de l’égalité de traitement des fonctionnaires et des usagers par voie de conséquence.

Inégalités en matière de protection sociale

– Dans son programme de 2012, le FN propose de « financer une diminution des charges des employeurs » plutôt que de traquer ceux qui ne les payent pas (13 milliards d’euros selon un rapport parlementaire) et surtout de « désactiver les 10 millions de cartes vitales » censées générées une gigantesque fraude responsable du trou de la sécu. La sécurité sociale quant à elle ne recense que 250 000 fraudes dues à la carte vitale.

Et la chef frontiste en rajoute en déclarant « une carte vitale donne plus de droits qu’un passeport » Vive les inégalités et la stigmatisation.

– La « vente de médicaments au détail » est préconisé par le FN, à l’instar de ce qui se pratique aux USA et en Angleterre, pays égalitaires comme chacun sait en matière de santé. Par contre, le FN n’envisage aucune mesure contraignante contre les laboratoires pharmaceutiques et les prix exorbitants qu’ils imposent aux plus pauvres qui aujourd’hui ne se soignent plus.

Inégalités en matière de fiscalité

– Le FN veut « rendre la TVA plus progressive pour qu’elle dégage plus de recettes ». Mais la TVA est l’impôt le plus injuste et le plus inégalitaire, en plus d’être relativement indolore : un salarié au smic va avoir l’ensemble de son salaire taxer à 20%, plus l’impôt éventuel sur le revenu puisqu’il va le dépenser en totalité dans la consommation alors qu’un couple aisé va pouvoir épargner et percevoir à l’inverse quelques intérêts.

De plus, l’inégalité se conjugue avec incohérence car à part présenter sa fiche de paye au supermarché, comment appliquer une progressivité au taux de TVA dû ?

Inégalités en matière de genre

– Même si certains jeunes cadres actuels du FN revendiquent leur homosexualité, le programme du parti est clair : « la famille doit se fonder exclusivement sur l’union d’un homme et d’une femme et accueillir des enfants nés d’un père et d’une mère ». Le FN s’oppose clairement « à toute demande de création d’un mariage homosexuel et / ou d’adoption par des couples homosexuels ».

Inégalités en matière de logement social

Dans sa charte d’action pour les municipales de 2014, le FN promet « d’assurer la transparence totale des critères et des procédures d’attribution des logements sociaux ». En fait, cette affirmation vise à appliquer concrètement la préférence nationale, raciste et discriminatoire, en matière de logement social aussi.

Cela augure d’un durcissement des critères de sélection fondés sur la ségrégation au sein des classes populaires. En plus, c’est un appel rendu possible à la délation entre voisins.

Enfin, la diminution des budgets des centres sociaux de 50 à 60 % à Fréjus est un triste exemple de leur politique antisociale quand ils tiennent des mairies…

Alors, face à la démagogie du FN, voici une bonne réaction syndicale parmi d’autres :

En réaction aux déclarations du FN soutenant soi-disant les grévistes lors de la dernière grève au rail, les syndicats CGT et SUD Rail ont publié un communiqué commun intitulé « nos luttes ne sont pas récupérables ».

En voici quelques extraits :

« Lors du mouvement de grève des cheminot-e-s du mois de juin pour la défense du service public et contre la casse de la SNCF, l’extrême droite a donné une nouvelle illustration de sa stratégie démagogique du double discours… selon à qui elle s’adresse.

En direction des usagers, via le journal « Présent » notamment, l’extrême droite dénonçait la « prise d’otages » que constituait cette grève.

En direction des cheminot-e-s, le FN a condamné, dans un même élan, la réforme et les syndicats…

D’autres groupes d’extrême droite ont tenté, notamment sur Internet, de se réapproprier le mouvement des cheminot-e-s, utilisant des interviews ou des images de salarié-e-s en lutte.

Cette manipulation montre que l’extrême droite recherche un alibi « social » à ses manoeuvres démagogiques et dangereuses. Nous ne l’acceptons pas.

Lutter contre les offensives patronales, contre la casse des acquis sociaux et pour des services publics de qualité, c’est aussi lutter contre l’extrême droite. »

Enfin, rappelons-nous la réaction du FN suite à l’évacuation par la police le 22 octobre 2010 du piquet devant la raffinerie de Grandpuits :

« La réquisition cette nuit de la raffinerie de Grandpuits est l’occasion pour le gouvernement de plastronner… Mais il aurait du intervenir dès les premiers blocages… Ceux-ci dépassent en effet le simple droit de grève. Ils consistent à empêcher les salariés qui le désirent de travailler et de susciter le chaos et l’arrêt de l’économie de notre pays… Voilà deux semaines que la France s’installe dans le chaos entre grèves, manifestations et blocus. »

Au-delà d’être profondément capitaliste, le programme et les discours du FN sont avant tout anti sociaux et révèlent que ce parti est le pire ennemi des salariés et de l’égalité. Alors, face au Congrès du FN à Lyon les 29 et 30 novembre, nous organisons, avec d’autres associations, syndicats et organisations, un week-end de contre offensive avec manifestation, concert et forum.

Au plaisir de nous y retrouver, dans l’unité et la combativité la plus forte !

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