VISA et SYLLEPSE : un dimanche de débats fructueux

VISA a organisé, avec les Editions Syllepse, le dimanche 9 décembre 2012 au café-restaurant le Lieu-dit, 6 rue Sorbier dans le 20° arrondissement de Paris, un après-midi de réflexions  « AUTOUR D’UN P’TIT ZINC ANTIFASCISTE ».
Cette après-midi se déclinait en deux débats et un film et un stand de librairie proposait des livres dans le prolongement des thèmes abordés.

Le premier débat, -Le Front National rupture et continuité-, avait pour invités Michel SOUDAIS (Politis) et Jean Paul GAUTIER, (historien) ;
Il s’est déroulé autour de trois questions :
– Le FN dans le contexte économique et social. La récente déclaration de Marine Le Pen en faveur de la nationalisation de l’usine métallurgique de Florange peut faire croire à un « tournant social » du F.N. Il s’agit en réalité de surfer sur la vague du moment  quitte à renier cette volonté interventionniste de l’Etat dans six mois si besoin est. Le F.N peut exprimer tout et son contraire, dans sa volonté d’engranger des voix, car à part la sortie de l’Euro et la fermeture des frontières, il n’a pas de programme économique.
– Le F.N et ses relations au Parlement Européen. Le parti fasciste semble vouloir se démarquer des partis les plus extrémistes comme l’extrême droite hongroise de même que, à l’intérieur de son parti, Marine Le Pen a banni les propos antisémites ou  favorables à Vichy, mais sa participation au bal de l’extrême droite à Vienne qu’elle ne pensait pas voir « médiatisé » montre qu’il s’agit d’un comportement de façade.    
– Une femme à la tête du F.N, peut-elle changer la prise en compte des problèmes de société ? Certes l’arrivée à la tête du F.N d’une femme divorcée, vivant avec son compagnon sans être mariée s’apparente à une modernisation  du parti. Mais les propos contre l’avortement « de confort »  et le déremboursement de celui-ci vont à l’encontre de l’émancipation des femmes. La position de ce parti contre le « mariage pour tous » montre que sur le fond rien n’a changé.   

Le second débat, – L’extrême droite grecque dans la crise-, avait pour invités deux représentants des grecs résidants à Paris dont certains se sont constitués en groupe de réflexion et de diffusion des graves évènements qui secouent la Grèce. 
Le premier exposé de Nicholas KOSMATOPOULOS, chroniqueur antifasciste grec, a montré comment la crise grecque tant dans son versant européen que dans son versant interne avec la pauvreté qui s’est installée dans le pays a fait tomber la Grèce de son rêve démesuré d’être les Etats Unis des Balkans. Il a montré aussi comment cette humiliation a fait le terreau de l’extrême droite, de même que le traité de Versailles pour l’Allemagne nostalgique de l’Empire, réduite à la misère, avait favorisé l’éclosion du parti nazi. L’hubris alimente le désir de vengeance et le besoin de bouc émissaire.
Le second exposé commentait les dérives xénophobes et criminelles de toute une frange entraînée par l’extrême droite grecque avec l’incendie de commerces d’émigrés, des blessures graves et invalidantes, et des assassinats, sans que la police intervienne quand elle ne prête pas main forte. Ces agissements criminels se répandent dans tout le pays. Les partis politiques démocrates, dont la gauche et les syndicats sont trop divisés pour agir.  Certains syndicalistes subissent maintenant des menaces de mort.

Le troisième temps fort était la projection très attendue du film de Bernard RICHARD : Mains brunes sur la ville programmée à 18 heures et qui vit arriver un public nombreux.
Le film de 90 minutes relate la main mise du couple BOMPARD sur la ville d’Orange (1984) et celle plus petite de Bollène.(2008) C’est un documentaire incisif qui décortique les situations et détruit les clichés de campagne du Front National. Tournage qui connut quelques difficultés avec l’interdiction de filmer et l’agressivité des BONPARD dont le fond de commerce est de se dire persécutés. Beaucoup de scènes – meetings ou déclarations- sont tournées en caméra cachée. Le cinéaste montre le mépris voire l’insulte infligées aux opposants au sein du conseil municipal. Il démonte le cliché du péril maghrébin qui envahirait le centre ville en filmant le scandaleux abandon et délabrement des cités, la pénurie d’autobus reliant précisément les cités au centre ville, l’été. Il montre comment au contraire les deux maires s’appuient sur une population  de retraités, pour la plupart des rapatriés d’Afrique du Nord pour lesquels le centre ville est rénové. Le film dénonce une régression et un mépris de la laïcité, par la création de fêtes  coûteuses qui font référence à un Moyen Age mythique, temps des croisades anti-maghrébines et d’un fort catholicisme, et par l’attitude des Bompard qui, avec une communauté religieuse intégriste, ont mis leurs villes sous la protection de Dieu… 

Dernier point, et non des moindres, il dépeint l’incroyable fonctionnement municipal : l’infrastructure des services de reprographie de la mairie sert à toutes sortes de travaux propagandistes tout autant qu’au journal de la ville ; tous les ressorts associatifs sont rompus par la fin des subventions. Le maire d’Orange se vante d’économie budgétaire alors que l’on voit que la ville a un trésor de guerre considérable sans qu’aucun investissement ne soit réalisé, ce qui n’a lieu nulle part ailleurs et est le contraire d’une gestion municipale au service de la population. A cela vient s’ajouter la fin de logements ouvriers bien situés, peu à peu rasés, avec l’idée de revendre les terrains à des promoteurs immobiliers et de changer durablement la population d’Orange.  Après le film, les questions ont fusé pendant plus d’une heure.

Cette après-midi a été suivie par un large public, venu en fonction de ses centres d’intérêt. Les questions étaient nombreuses et pertinentes. Il sera certainement profitable de renouveler cette expérience de café-débats.

VISA