Après l’élection présidentielle, avant les législatives 1/2

Droite et extrême droite : BILAN et PERSPECTIVES

L’élection présidentielle est passée, les législatives sont à venir. Si ces dernières confirment les tendances de la présidentielle, droite et extrême droite se trouveront dans l’opposition pour le proche avenir. Mais nous aurions tort de penser que les dangers, de ce côté-là, ne sont plus d’actualité. L’extrême droite a atteint un nouveau niveau record, comparé aux derniers 25 ans de son histoire. La droite, si elle a perdu le scrutin présidentiel, est restée à un niveau important, voire étonnamment élevé … tout en se radicalisant à grande vitesse. Ces deux forces n’hésiteront pas à exploiter la moindre erreur, la moindre reculade, la moindre contradiction du nouveau gouvernement. Le contexte de la crise économique et sociale risquant de s’aggraver, cela n’est pas du tout rassurant. En attendant, la droite extrême et l’extrême droite travailleront sur la question des alliances ou des passerelles entre leurs deux blocs respectifs.

Selon les résultats définitifs de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a obtenu 17,9 % des suffrages exprimés au premier tour (18,3 % pour la seule France hexagonale, sans les DOM-TOM où son score est inférieur). Ce pourcentage est le plus élevé jamais observé pour un(e) candidat(e) du Front National à l’élection présidentielle. Néanmoins il est nécessaire de le rapprocher des résultats électoraux antérieurs de l’extrême droite, et de comparer les chiffres aussi en termes de nombre absolu d’électeurs et électrices.

Un nombre record d’électeurs
La bonne échelle de comparaison ne se situe pas entre le scrutin de 2012 et celui de 2007, dernière élection présidentielle en date. Il y a cinq ans, le FN se trouvait dans une situation de crise avancée : son incapacité à résoudre la question de la succession de Jean-Marie Le Pen et ses impasses stratégiques rendaient « non crédible » la candidature du vieux dirigeant. C’était l’élection « de trop ». Dans le même temps, le bloc conservateur et libéral, fortement soudé autour de Nicolas Sarkozy, réussissait à être attractif pour un nombre important de sympathisants de l’extrême droite en donnant des gages symboliques et en émettant des signaux à destination de l’électorat du FN. Le candidat de l’UMP avait, par exemple, repris l’ancien slogan du FN (« La France, aime-la ou quitte-la ! »)… en le modifiant juste quelque peu au niveau de la formulation : « Que ceux qui n’aiment pas la France ne se gênent pas de la quitter ! » (Interview dans « Le Monde », 22 avril 06) En 2007, le FN tomba ainsi à 10,4 % au moment de la présidentielle, et même à 4,3 % aux législatives suivantes, son niveau le plus bas depuis son émergence en termes de parti électoral de masse, en 1983/84. Les scrutins de 2007 ne sont, à ce titre, pas représentatifs pour l’histoire du FN.

La bonne comparaison consiste à rapprocher les élections de 2012 de celles de 2002. A cette époque, Jean-Marie Le Pen, candidat du FN, avait recueilli 16,86 % des voix au premier tour et 17,79 % au second. Or, une particularité existait à l’époque : la présence d’un autre candidat d’extrême droite au premier tour, Bruno Mégret. Avec 2,34 %, il avait pu attirer 667.000 voix. Si l’on ajoute les voix de ce candidat, l’extrême droite totalise 19,2 % au premier tour de 2002. Cependant il est difficile de comparer les premiers tours de 2002 et de 2012 sur cette seule base. En 2012, un autre candidat d’extrême droite voulait se présenter à l’élection présidentielle : Carl Lang, pour « l’Union de la droite nationale » (regroupant plusieurs scissions du FN : le PdF de Carl Lang, le MNR anciennement présidé par Bruno Mégret, et la NDP de Robert Spieler). Mais ce dernier n’a pas obtenu les 500 parrainages nécessaires, (environ 450). Peut-être aurait-il pu attirer des électeurs voulant voter pour un programme d’extrême droite, mais réticents – pour un motif ou un autre – vis-à-vis de la famille Le Pen. Ainsi l’avait fait, en son temps, le candidat Mégret.

Regardons en terme de nombre absolu de suffrages exprimés, maintenant. Au premier tour de 2002, Jean-Marie Le Pen avait obtenu 4,805 millions de voix. L’extrême droite totalisait ainsi, Bruno Mégret y compris, environ 5,472 millions de voix. Au second tour en 2002, Jean-Marie Le Pen attirait 5,525 millions d’électeurs. Or, le 22 avril 2012, Marine Le Pen a obtenu 6,421 millions de voix. La participation était nettement plus forte qu’aux élections de 2002, surtout par rapport au premier tour. Cela fait presqu’un million de voix de plus. Certes, le nombre total d’électeurs et électrices inscrit(e)s sur les listes électorales a lui aussi augmenté passant de 41 à 46 millions. Cette croissance du nombre d’électeurs est due à trois phénomènes :
– l’arrivée à la majorité de personnes nées il y a 18 ans , mais il n’y a pas eu de boom de naissances particulier au début des années 1990.
– les naturalisations de personnes auparavant de nationalité étrangère.
– Et, les nouvelles inscriptions et votes de personnes jusque-là « non-inscrits ». Cette dernière tendance est en bonne partie liée au fait que des citoyens et des citoyennes français(es) avaient eu une « mauvaise conscience », après le scénario des élections de 2002 où Jean-Marie Le Pen avait pu accéder au second tour. En tout cas, les deux derniers phénomènes – naturalisations et inscriptions après 2002 – n’ont pas dû, en leur majorité, avantager électoralement l’extrême droite. L’augmentation du nombre de voix exprimées pour le FN résulte, donc, probablement d’autres facteurs que de l’accroissement global du corps électoral.

Répartition sociale et géographique du vote Le Pen
La carte géographique du vote Le Pen, en 2012, montre que la candidate du FN a obtenu ses pourcentages les plus élevés dans deux types de zones et de départements, qui correspondent à deux publics assez différents. Marine Le Pen réalise son score le plus élevé, à l’échelle d’un département, dans le Vaucluse avec 27,03 % des voix. Dans le département voisin du Gard, son résultat est légèrement inférieur (25,51 %), mais réussit tout de même à la placer en première position. En effet, entre Nîmes et Avignon, Marine Le Pen arrive en tête, devant Nicolas Sarkozy et France Hollande qui obtiennent respectivement 24 et 25 %. Dans tout le Sud-Est de la France et une partie du Sud, les résultats de la candidate sont supérieurs à sa moyenne nationale, des Alpes-Maritimes (23,50 %) jusqu’aux Pyrénées-Orientales (24,24 %).

Dans ces zones géographiques, il ne s’agit pas majoritairement d’un vote de pauvres ou d’électeurs « socialement révoltés ». Le vote FN dans les départements du pourtour méditerranéen combine plutôt un vote idéologique sur fond de guerre d’Algérie – émanant de Pieds-Noirs, de « rapatriés d’Algérie », parfois d’enfants de Harkis – avec un vote de retraités « installés au soleil ». La composante conservatrice, historiquement issue de la droite classique (avant l’émergence du FN sur le plan électoral) quoique souvent anti-gaulliste par attachement à l’ « Algérie française », y domine.

Plus surprenant, la candidate du FN réalise une percée importante en Corse (24,38 % en moyenne des deux départements), une terre où le FN avait jusqu’ici toujours fait des scores assez faibles, et où il fut toujours distancié par la droite classique et par les mouvements autonomistes ou nationalistes corses. L’explosion du chômage , notamment chez les jeunes , doit y être pour quelque chose.

L’électorat du FN dans ces départements du Sud-Est et du Sud de la France (surtout en Provence-Alpes-Côte d’Azur) partage avec les deux départements de l’Alsace, le fait que le vote FN affiche une certaine proximité avec la droite conservatrice. En 2007, au moment où la crise interne que traversait alors le FN se traduisait dans ses résultats électoraux, la baisse du vote Jean-Marie Le Pen y avait été très forte. En parallèle, les gains du candidat Nicolas Sarkozy par rapport aux résultats de Jacques Chirac en 1995 et 2002 (proches de 15 %) y étaient particulièrement marqués. Or, force est de constater qu’une bonne partie de cet électorat est aujourd’hui retourné au FN, en tout cas au premier tour du scrutin. Cela est vrai aussi pour l’Alsace, où le FN obtient des pourcentages élevés dans les deux départements, quoique inférieurs aux « meilleurs » résultats départementaux : 21,21 % dans le Bas-Rhin et 23,43 % dans le Haut-Rhin (contre 13,19 % et 14,07 % en 2007, année où cet électorat votait plutôt Nicolas Sarkozy).

Or, au second tour du 6 mai 2012, le Sud-Est et l’Alsace demeurent parmi les régions où le vote Nicolas Sarkozy reste le plus fort, et le vote François Hollande le plus faible comparé aux moyennes nationales. Ainsi, dans le Bas-Rhin, le candidat Sarkozy obtient 63,44 %, et 63,33 % dans le Haut-Rhin (après avoir respectivement réalisé 33,61 % et 31,91 % au premier tour), soit en légère baisse par rapport à 2007. Pour les Alpes-Maritimes, le résultat de Nicolas Sarkozy, au second tour, sera de 62,23 % (contre 37,19 % au premier), là aussi en légère baisse comparé à 2007. Dans le Var, Nicolas Sarkozy obtient 62,64 %. Au premier tour, le même département avait voté à 34,83 % pour Sarkozy et à 24,83 % pour Marine Le Pen. Puisque dans ces quatre départements, la participation augmente d’environ un point entre les deux tours, cela signifie que le report de voix de Marine Le Pen vers Nicolas Sarkozy au second tour a généralement très bien fonctionné.

Ce n’est pas le cas pour les départements en situation de crise industrielle, où le vote FN a également été très fort au premier tour, mais qui restent des terrains difficiles pour Nicolas Sarkozy, sauf pour la Lorraine où il gagne au second tour, mais de peu avec 51,1 % (et où Marine Le Pen avait obtenu 23,66 % au premier tour).
Parmi les plus forts scores du FN, en dehors de la région PACA, se trouvent des départements en crise industrielle et sociale tels que l’Aisne (26,33 %), le Pas-de-Calais (25,53 %), ou encore les Ardennes (24,50 %). Or, ici, c’est nettement François Hollande qui gagne au second tour, même si le candidat du Parti socialiste ne réalise pas – et de loin – ses plus forts scores nationaux : 51,89 % dans les Ardennes socialement sinistrées ou 56,18 % dans le Pas-de-Calais. Relativement peu d’électeurs de Marine Le Pen semblent avoir voté, ici, pour Nicolas Sarkozy au second tour, surtout dans le Pas-de-Calais où François Hollande fait des scores élevés dans les agglomérations urbaines.

En tant que bilan provisoire, on peut faire le constat que le FN a, grosso modo, retrouvé ses deux électorats socialement différents qu’il avait réussi à gagner dans le passé : un électorat surtout venu de la droite, dans les années 1980 (Alsace et Sud-Est), puis en partie aussi de la gauche à partir du début des années 1990 (par exemple dans le Nord-Pas-de-Calais). Il y a cinq ans, aux scrutins de 2007, on avait pu observer une séparation plus nette entre ces deux électorats. Le premier public s’était alors provisoirement éloigné du FN au profit de Nicolas Sarkozy, alors que le second lui était resté majoritairement plus « fidèle ».

Les nouveaux espaces du vote FN
Mais il y a aussi des modifications importantes à observer en 2012, par rapport aux années précédentes et par rapport à tous les scrutins antérieurs. Le vote FN avait longtemps été un vote des grandes agglomérations urbaines et des concentrations industrielles frappées par la crise – telles que dans les Ardennes ou dans le Pas-de-Calais -. Les zones rurales étaient moins « touchées ». C’est de moins en moins le cas, en tout cas en ce qui concerne la répartition du vote FN entre « villes » et « campagnes ».

Déjà lors du scrutin présidentiel de 2002, on avait pu observer que le vote Jean-Marie Le Pen avait commencé à toucher des espaces plus ruraux. On avait attribué ce fait, alors, à un « effet télévision ». Cela concernait des espaces où vivent très peu d’enfants d’immigrés et où les problèmes sociaux des zones urbaines « difficiles » (concentration de pauvres, économie parallèle, faits de violence…) – vrais ou fantasmés – sont inexistants, ou quasiment. La présentation  des problèmes (« problème des banlieues », « ghettoïsation ») par les médias de masse y avait néanmoins créé un sentiment de peur. Cela avait pu alimenter une volonté de distanciation, afin de « garder ces problèmes loin de chez nous ».

Les changements sociologiques intervenus, depuis dix à quinze ans, ont depuis lors modifié la donne. Les centres des grandes agglomérations urbaines se sont encore plus fortement vidés, dans la dernière période, des couches sociales populaires. Cela est le résultat d’un niveau exorbitant et proprement hallucinant des loyers, et/ou des prix d’achat des appartements. Le FN ne fait plus que 6,4 % au niveau de la ville de Paris : cela est aussi dû, parmi d’autres facteurs, au fait que les populations rencontrant des problèmes dans leur vie quotidienne, des problèmes sociaux ou financiers, sont de plus ou plus obligées matériellement de quitter la capitale. Mais le vote FN a aussi nettement baissé dans quasiment toutes les banlieues , y compris les plus populaires. Désormais, il se concentre de plus en plus dans des zones que les sociologues et politologues décrivent maintenant comme l’espace « péri-urbain », et qui se situe à la périphérie extérieure des grandes agglomérations urbaines. Or, celle-ci est repoussée de plus en plus loin.

Aujourd’hui, en parallèle à cette modification sociale et urbaine importante, le vote FN culmine dans un espace situé à une distance de 30 et 50 kilomètres, des centres urbains. En région parisienne, par exemple, il trouve son pic en Seine-et-Marne (département « semi-urbain » et « partiellement rural ») avec 19,65 % des voix pour Marine Le Pen, score supérieur à la moyenne nationale de la candidate FN. Alors que dans tous les autres départements de l’Ile-de-France, ses résultats sont inférieurs à sa moyenne nationale.

Dans un passé récent, on avait provisoirement « résolu » la question des populations en difficulté financière, en les éloignant (par la pression des prix et des loyers accablants) des grandes villes comme Paris ou Lyon et en remplissant les « banlieues populaires » autour de ces villes. Or, les pouvoirs publics ont modifié leur politique. Ils considèrent, aujourd’hui, la concentration de populations « à problème » qu’ils avaient ainsi créée comme « dangereuse ». Ainsi on privilégie une méthode qui consiste à éloigner un certain nombre d’habitants encore plus des centre-ville. Mais cette fois-ci non pas pour les concentrer dans des « grands ensembles » (désormais analysés comme socialement explosifs et « criminogènes) », mais dans des petites unités. Ceci en leur faisant miroiter un accès à la propriété, une « tranquillité retrouvée » – ils se retrouveraient quasiment à la campagne -, « plus d’espace », et un éloignement « des nuisances ».

Or, pour une partie des nouveaux habitants de ces zones, cette nouvelle vie est parfois cauchemardesque. Alors que les villes et les banlieues « populaires » n’offrent pas que des « nuisances », mais aussi des avantages – un accès à la vie culturelle, un tissu social, un vivre-ensemble -, même si on en profite mieux si on ne subit pas la misère économique, tout cela s’éloigne pour eux. Dans un espace qui n’est ni réellement la ville (avec ses avantages indéniables) ni réellement la campagne avec ses avantages propres (proximité de la nature), certains d’entre eux ont le choix entre la solitude, leur téléviseur, et/ou de longs trajets pour se rendre à leur travail. Un travail qui s’éloigne parfois de plus en plus, la disparition de certaines petites industries sous l’effet de la crise et des services publics (sous l’emprise des réductions des budgets de l ‘Etat) augmentant leurs difficultés.

Cette transformation des espaces urbains ou « péri-urbains » n’est pas seulement un problème écologique (parce qu’elle consomme de l’espace et augmente la dilapidation de richesses naturelles épuisables – pétrole, carburants – ainsi que la pollution). Elle dégrade aussi le cadre de vie pour une partie des populations concernées, surtout dans l’hypothèse où le travail et les services publics, la Poste, l’hôpital,  s’éloignent. Ce phénomène  frappe aussi les populations des « vraies » campagnes, des « vrais » espaces ruraux, où le FN progresse aussi, comme en Dordogne avec + 4,8 % ou dans la Creuse avec + 5,1 %.)

Néanmoins, il faudra distinguer entre différents cas de figure : il y a autant de situations choisies que subies. Dans certaines situations, les intéressés n’ont pas choisi de s’éloigner de la ville, mais y ont été purement et simplement contraints par le niveau des prix et des loyers. Ils vivront donc les changements comme négatifs. Dans d’autres cas, la situation est plus « choisie », mais ce choix va de pair avec une dévalorisation idéologique de la vie dans les centres urbains. Il inclut une recherche délibérée de la distance vis-à-vis de groupes sociaux plus pauvres, et/ou d’origine immigrée.

Jérôme Fourquet de l’institut de sondages Ifop le décrit en ces mots, pour la région parisienne élargie (dans « Libération » du 28/29 avril 2012) : « Les électeurs qui vivent mal la cohabitation avec des communautés issues de l’immigration ont voté avec leurs pieds. Les plus riches sont parties habiter dans l’ouest parisien, qui vote de plus en plus à droite. Ceux qui n’ont pas les moyens sont repoussés plus loin, en Seine-et-Marne, dans l’Oise ou le nord du Loiret. Ils ont acheté leur maison, craignent que la ville ne les rattrape et sont sensibles au discours de Le Pen. Enfin, dans l’Est parisien restent ceux qui se sont accommodés du mode de vie urbain et du mélange des populations, qui votent à gauche. »

Peut-être que du point de vue d’une gauche urbaine « culturelle », « bobo », qui serait peu sensible aux questions sociales, ce constat peut rassurer en apparence… puisque cette ségrégation de fait éloigne les personnes plus « hostiles au mélange » de la ville . Mais en même temps, ce phénomène risque d’incruster les idéologies ségrégationnistes, xénophobes, inégalitaires pour longtemps dans la société française. Du fait de la désagrégation, du « dé-mélange », et du fait qu’une certaine partie de la population ne sera liée que par les médias de masse interposées avec une autre partie de la société, il sera difficile de supprimer ces lignes de clivage. En attendant, il serait d’ores et déjà important de stopper une politique qui cherche à « résoudre » les problèmes des espaces urbains en poussant les problèmes « plus loin » ; une politique qui dévalorise idéologiquement les villes et leurs banlieues populaires au lieu de s’attaquer  aux problèmes sociaux concrets. A cet égard, il serait urgent de résoudre les problèmes immenses de l’école (qui produit une image négative des espaces urbains « de mélange » : les parents craignant « la prise de retard scolaire » pour leurs enfants, les violences etc..) en y attribuant des moyens matériels et humains conséquents. Tout le contraire de la politique poursuivie depuis un certain nombre d’années.

Depuis la parution du livre « Fractures françaises » du géographe Christophe Guilluy, en 2010, les stratèges  de la droite sarkozyste se sont emparés du phénomène afin d’élaborer un discours idéologique qui colle au maximum à cette évolution. L’auteur du livre, lui-même progressiste, analyse la transformation de l’espace urbain, et tente d’expliquer un « besoin de frontières » que ressentiraient en particulier les habitants des nouvelles zones « péri-urbaines ».  Au lieu d’admettre qu’il s’agit là de l’exposition d’un problème pour la société française, les stratèges de la droite sarkozyste ont voulu y découvrir la recette pour une nouvelle alchimie électorale. D’où l’accent mis pendant les dernières semaines de la campagne sur « le besoin de frontière », thème qu’on retrouvait explicitement dans la bouche du candidat Sarkozy. Le discours de Nicolas Sarkozy au rassemblement de Toulouse, le 29 avril 2012, y était par exemple en grande partie consacrée. Malheureusement, rien ne permet de prédire que ce thème perde de sa pertinence – du point de vue de la droite et de l’extrême droite -, au cours des années qui viennent. Probablement ce sera le cas ni du constat sociologique qui en constitue le fondement, ni du discours idéologique qui l’accompagne et qui tente de coller à cette transformation sociale.

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