VISA dans la Note de l’espace international CGT : Macron déroule un tapis rouge à l’extrême droite

Le 7 mai 2017 au soir, Emmanuel Macron, nouvellement élu Président de la République, déclarait dans son discours au Louvre : « Je veux enfin avoir un mot pour ceux qui ont voté aujourd’hui pour madame Le Pen, je ferais tout durant les cinq années qui viennent pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes. ». Cinq années plus tard, le RN obtiendra plus de 13 millions de voix soit près de 3 millions de plus qu’en 2017.

Nous pourrions parler d’échec lamentable si Ma- cron avait, dans son attitude et dans ses actes, réellement eu la volonté de s’attaquer à la mon- tée de l’extrême droite et à ses causes. Or, non seulement il n’en ait rien, mais bien pire, ces 6 dernières années ont avant tout été marquées par une casse accélérée du monde du travail et de ses droits, et un autoritarisme grandissant.

Un dirigeant aux idées d’extrême droite sur les Champs-Élysées

L’invitation faite à Narandra Modi, Premier Ministre Indien nazi ayant fait ses « classes » politiques au sein du parti nazi RSS, pour le 14 juillet 2023, n’est qu’un élément de plus de la politique de Macron qui fait passer prioritairement les intérêts du patronat, au détriment des droits humains et sociaux, et de la démocratie. Modi, d’extrême droite ? Peu importe, la priorité est de lui vendre nos avions !

Cette invitation pourrait paraitre grotesque si depuis son accession au pouvoir, Macron ne cessait de multiplier les ambiguïtés et courtes échelles à l’extrême droite.

En 2018, Macron s’était aventuré à défendre l’hommage à Pétain sous prétexte qu’il n’avait pas seulement été un dirigeant collaborationniste, rhétorique largement usitée à l’extrême droite.

En 2019, Macron décidait de donner un interview au journal réactionnaire Valeurs Actuelles pour parler immigration, « laïcité », islam, etc.

En 2020 c’est le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin qui invite Marine Le Pen afin de recueillir son avis sur son projet de loi « contre le séparatisme », puis, en 2021 les 2 mêmes se re- trouvent sur un plateau TV lors duquel le ministre annonce à la cheffe du 1er parti d’extrême droite de France qu’il la trouve trop molle sur le sujet de l’immigration.

De plus, certains ministres macronistes ont régulièrement et ouvertement donné des gages à l’extrême droite en évoquant « l’ensauvagement » d’une partie de la société, ou en stigmatisant un pseudo « islamo-gauchisme » notamment à l’Université, ou encore en laissant l’extrême droite multiplier les cas de harcèlement du per- sonnel enseignant et des élu·e·s lors de projets sur les conditions de personnes exilées.

La politique autoritaire et antisociale de Macron

Le durcissement radical de l’attitude de plusieurs membres du gouvernement, et surtout du prési- dent Macron, n’est pas une nouveauté dans l’his- toire de la Vème République, mais il n’aura jamais caractérisé aussi fortement une action politique.

Si les agissements des gouvernements successifs, y compris celui-ci, ne font pas d’eux des fascistes, il n’en demeure pas moins qu’ils ont contribué à banaliser et systématiser la répression des manifestations qui perturbaient leurs plans.

La militarisation des « biens nommés » forces de l’ordre (dont le vote massif à l’extrême droite n’est plus à démontrer) entraînant des mutilations, tout comme les stratégies de nassage et de charges gratuites faisant dégénérer des manifestations, se sont développées en parallèle de « réformes » et de lois extrêmement régressives pour notre camp social. Loi travail, contre la Réforme des retraites, casse de l’assurance chômage, gel des salaires,casse des services publics, de l’hôpi- tal…tout cela constitue des violences sociales qui s’ajoutent aux violences policières.

Concernant la contre-réforme des retraites de 2023, l’utilisation du 49-3 est une véritable atteinte à la démocratie et une preuve supplémentaire de l’autoritarisme macronien dénigrant le rôle de l’Assemblée nationale et niant complètement la volonté d’une population dont personne ne peut ignorer l’opposition massive à cette contre-réforme.

L’extrême droite se sent pousser des ailes…

L’augmentation des violences perpétrées par divers groupes fascistes, nationalistes identitaires, royalistes ou néo-nazis est un fait majeur de ces dernières années et qui ne sont que le corollaire de la montée en puissance de l’extrême droite sur le plan électoral : Assassinat de Federico Martin Aramburu l’année dernière par un ancien cador du GUD, menaces et incendie criminel au domicile du maire de la ville de Saint Brévin, où un Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA) est en construction ou encore les raton- nades perpétrées dans plusieurs villes lors du match France-Maroc pendant la coupe du monde. Ajoutons à cela toutes et tous nos camarades, syndicalistes, militants et militantes du mouve- ment social, qui se font presque chaque semaine agresser physiquement, dégrader leurs locaux, attaquer leurs piquets de grève, etc. La montée de la peste brune ne devrait plus être à démon- trer.

Le pari de Macron de tout faire pour que l’ex- trême droite se retrouve au second tour face à lui pour être réélu « facilement » a été un jeu dan- gereux et mortifère. En ne répondant aux questions sociales que par l’autoritarisme, il ouvre la voie au fascisme…comme l’a montré l’arrivée historique de près de 90 député·es d’extrême droite à l’Assemblée nationale en juin 2022.

Face à cela la réponse de l’État et du gouvernement de Macron est plus qu’hypocrite en ne dénonçant l’extrême droite que par un miroir grossier avec « l’extrême gauche ». Il en ressort que le gouvernement est partie prenante, avec certains médias, de la normalisation de l’extrême droite.

Après avoir laissé faire une manifestation de nervis d’extrême droite à Saint-Brévin à peine un mois après l’incendie au domicile du maire, et après avoir laissé faire une marche de plusieurs centaines de néo-fascistes en plein Paris juste avant la date du 8 mai célébrant la victoire contre les nazis, tout en ayant interdit (ou tenté d’interdire) des manifestations contre la réforme des retraites, on peut légitimement se demander à quel jeu dangereux jouent Macron et son gouvernement !

Jamais une présidence n’aura autant permis à l’extrême droite de bomber le torse. Les syndicats, dans l’unité, doivent tout mettre en œuvre pour lui barrer la route.

Cédric Bottero pour VISA