Depuis 2022, la Fondation Résilience, située à Brénod, multiplie les projets de collaboration pour réinsérer des blessé·es de guerre et des jeunes en difficultés. Elle organise des stages, formations et moments de cohésion, encadrés par des vétérans des armées. Après avoir organisé le stage annuel du lycée privé sous contrat Robert Keller (94) pour 140 élèves en octobre 2024, la Fondation semble prévoir de travailler de plus en plus avec des établissements scolaires.
Adhérentes de l’association VISA (Vigilance Initiatives Syndicales Antifascistes), nos organisations CGT Educ’action de l’Ain, Sud Education de l’Ain, FSU de l’Ain, qui dénoncent l’entrée progressive de l’extrême-droite dans l’Éducation Nationale et la militarisation de l’école, déconseillent formellement aux personnels de l’Éducation de se rapprocher de la Fondation Résilience.
Le président de la Fondation Résilience, Geoffrey Hodicq, affiche son projet dans diverses interviews et articles : il évoque les valeurs de “dépassement de soi”, “courage”, mais aussi de “culte du mérite”, de vie “en meute”, d’abnégation comme savoir “suivre son chef, en tout temps, tout lieu, au péril de sa vie”… En opposition radicale avec l’objectif d’émancipation et de construction d’un esprit critique que nos organisations donnent à l’École. Le vocabulaire militaire est omniprésent pour qualifier les attendus des stages proposés. Nous dénonçons cette vision viriliste, autoritaire et asservissante: elle est dangereuse pour les jeunes, pour la plupart vulnérables, participant à ces stages, en situation de handicap, jeunes de classes populaires, en insertion professionnelle dans des centres institutionnels tels que l’EPIDE de Lyon-Meyzieu…
Sous le prétexte de prôner la mixité sociale et l’inclusion, des discours qui pourraient facilement être qualifiés de racistes sont prononcés : dans une interview au média indépen-
dant Limitless Project (qui par ailleurs promeut du contenu ultra-libéral, misogyne, ciblé sur le développement personnel, le mérite, le culte du muscle, le post-humanisme, sans aucun fondement scientifique), G. Hodicq a déclaré à propos de celles et ceux qu’il appelle “les jeunes des quartiers” : ”il leur manque juste le bon cadrage pour pouvoir servir la société au lieu de plutôt la desservir”. La jeunesse “des quartiers”, qu’il aspire à envoyer au “combat, au plus près du feu” est alors présentée comme de la chair à canon qu’il faut formater en passant par le cadre militaire. Selon lui, “il n’y a pas de meilleur modèle d’inclusion que l’institution militaire”. Si ce n’était pas encore clair, on aperçoit ici l’effrayant projet éducatif de l’extrême-droite.
Les liens de G. Hodicq avec l’extrême-droite sont nombreux. Aton, un influenceur possédant la webTV d’extrême droite “de réinformation” TVLibertés, interviewé en 2019 par le média de propagande russe Sputnik, a rédigé la préface du livre qui retrace le parcours de la vie de G. Hodicq. Le même influenceur a été le parrain de l’association SEALS Teams, association-mère de la Fondation Résilience, créée en 2016 par G. Hodicq également. En mars 2024, SEALS Teams a collaboré avec Papacito, youtubeur d’extrême-droite masculiniste dont la chaîne a été fermée en juin 2023 pour cyberintimidation, reconnu coupable en avril 2024 par le tribunal correctionnel de Paris d’injures publiques homophobes et provocation à la haine. La collaboration de SEALS Teams et de Papacito a consisté en l’organisation d’une “bagarre caritative” filmée dans le but de soutenir l’association. Frédéric Lafont, un des cofondateurs de la Fondation Résilience, a fait fortune dans les importations d’armes et travaille dans la sécurité privée en Côte d’Ivoire. Et ce ne sont que des exemples au sein d’une longue liste.
Nos élèves n’ont rien à faire dans une telle association qui représente une nouvelle intrusion de l’extrême-droite dans l’Éducation nationale, censée être garante d’émancipation par la réflexion critique et en lutte contre l’asservissement de la jeunesse à des valeurs réactionnaires. Nos organisations considèrent que tout projet mené par cette association auprès de mineur·es présente un risque pour la santé et la sécurité des enfants et des adolescent·es qui seraient concerné·es. Nous invitons tout personnel de l’Education constatant qu’un projet de collaboration avec la Fondation Résilience existe au sein d’une école ou d’un établissement à signaler ce projet auprès des services de la Protection de l’enfance et, si nécessaire, à prendre contact avec nous afin de pouvoir être guidé·e dans les démarches dans ce sens.
Nos organisations alertent donc les membres de la communauté éducative mais aussi le Rectorat de l’académie de Lyon et la Préfecture de l’Ain, ainsi que les services de la protection de l’enfance, afin que soient prises les mesures de protection appropriées pour préserver la santé et la sécurité de nos élèves.
Bourg-en-Bresse, le 04 avril 2025