Un vent de solidarité avec les migrants sans papiers souffle dans le Pas de Calais

Norrent-Fontes est un village du Pas de Calais situé à proximité d’une aire de repos de l’autoroute A26 qui rejoint Calais. Depuis plusieurs années, des migrants ont fait de ce village une escale dans leur périple pour rejoindre l’Angleterre. Dans un premier temps, ils se retrouvaient au milieu des champs, sous des bâches dans des fossés, avant de se glisser à bord des camions qui s’arrêtent sur cette aire de repos. Principalement originaires d’Erythrée, les migrants sont devenus de plus en plus nombreux à cause de la fermeture du camp de Sangatte.

Très rapidement, des habitants ont commencé à leur apporter un peu de solidarité (nourriture, vêtements…).
Alerté et choqué par leurs conditions de vie insalubres dans ce campement, le maire écologiste de Norrent-Fontes, en coopération avec l’association Terre d’errance, a décidé de mettre à leur disposition un terrain municipal afin d’assurer un accueil un peu plus digne aux migrants de passage.

Et c’est là que les ennuis avec les autorités ont commencé : une retraitée qui rechargeait les téléphones portables des sans papiers a d’abord été convoquée au tribunal, condamnée dans un premier temps puis relaxée en appel. Puis, en décembre 2010, le préfet Pierre de Bousquet de Florian a sommé le maire de démanteler le camp pour la fin janvier 2011, délai de rigueur. Marc Boulnois, le maire de ce village de 1435 habitants, a décidé de ne pas céder. Le jour de la fin de l’échéance, ce 29 janvier, accompagné de 500 personnes (élus et citoyens), il a choisi de marcher symboliquement pour marquer son refus en évoquant un problème avant tout national et européen qui dépasse largement les frontières politiques. La manifestation de 7 kilomètres a emprunté le parcours qu’empruntent les migrants de la gare la plus proche au campement du village.

Si le temps de l’indignation n’est pas encore passé, il a fait place le 29 janvier à celui de l’unité avec l’engagement d’une trentaine d’élus locaux et régionaux (PS, PC et Verts). Les 500 manifestants ont dénoncé la politique sécuritaire instaurée par l’Etat contre les migrants, « dont les droits fondamentaux sur notre territoire et la dignité ne sont pas respectés ». Le maire de Grande Synthe a renchéri en déclarant que « toute la région est concernée, c’est un lieu de passage vers l’Angleterre. Nous refusons de voir mourir ces gens sur notre territoire. » La vice présidente du Conseil régional s’est quant à elle « indignée de voir qu’un maire hospitalier, qui ne souhaite tout simplement pas voir des gens dormir dehors dans sa commune, soit mis en demeure par le préfet. C’est inacceptable ! »

Cet élan de solidarité a encore renforcé le maire de Norrent-Fontes dans son combat pour un accueil digne des migrants: « C’est ubuesque ! Hier (le 28 janvier), on déclenchait de nouveau le plan grand froid dans le Pas de Calais. Les maires sont invités à mettre des salles à disposition pour les gens qui vivent dehors. Mais là, on me demande de faire le contraire ! Ça montre qu’il y a encore beaucoup de choses à faire ! »

VISA se réjouit de cette solidarité concrète et combative et apporte tout son soutien aux citoyens et élus engagés dans cette lutte en faveur de la dignité humaine. L’exemple donné par ce village mérite d’être connu et surtout reproduit dans beaucoup d’autres endroits du pays des droits de l’Homme.

VISA