Commnuiqué du SNJ-CGT
Laure Lavalette, députée Rassemblement national (RN) de la 2e circonscription du Var, habituée des plateaux télévisés parisiens, a déménagé en début d’année de Toulon, ville qu’elle espère pourtant
conquérir aux prochaines municipales. Elle s’est installée dans un village du département, mais elle refuse que ça se sache.
La cible : un journaliste de « Var Matin »
Ce 3 octobre, le quotidien varois (propriété de Xavier Niel) publie un article sur les différentes personnalités politiques qui veulent diriger une ville qu’elles n’habitent pas. Pour Toulon, elles sont donc deux : Laure Lavalette et Michel Bonnus, candidat de la droite. Evidemment, leurs adresses ne sont pas publiées mais le nom des communes, si. Et le journaliste questionne logiquement la cohérence de ces choix.
Les relais : le préfet et le procureur
Le Canard Enchaîné, dans son édition du 15 octobre, raconte que la députée RN est furieuse à la lecture de l’article de Var-Matin (1). Elle appelle alors le préfet pour lui demander d’intervenir et ce
dernier fait pression sur le directeur des rédactions, qui retirera le nom de la commune de l’article en ligne, dans les deux heures après sa publication. Un caviardage en faveur de Laure Lavalette mais pas pour Michel Bonnus, l’un de ses futurs adversaires dans la course à la mairie de Toulon.
Le comble : cela n’empêche même pas Laure Lavalette, qui avance des questions de sécurité, de porter plainte contre le journal et le journaliste. Le directeur et le journaliste sont convoqués prochainement au commissariat et le procureur a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire. Pour rappel, la députée RN avait déjà qualifié Var-Matin de « torchon » et l’avait rebaptisé « Var-Mytho », après la publication d’un sondage en mai dernier.
Le SNJ-CGT dénonce cette grave atteinte au journalisme, à la liberté de la presse et à la liberté d’être informé dans une démocratie.
De son côté, la Codex 83 (Coordination départementale du Var contre l’extrême droite), dans laquelle est impliqué le SNJ-CGT, a publié un tract (lire ici) qui rappelle des dispositions légales et
de jurisprudence qui rendent légitimes la publication de telles informations.
Laure Lavalette, comme beaucoup de membres du RN, ne s’interdit aucune manœuvre. Elle a ainsi su convaincre – mais peut-être n’a-t-elle pas eu trop d’efforts à faire ? – un directeur des rédactions
d’un journal régional, un préfet et un procureur qu’elle et sa famille méritaient un traitement spécial.
A Fréjus (Var), Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) ou dans d’autres villes dirigées par l’extrême-droite, les journalistes locaux sont ou ont déjà été harcelés, publiquement moqués, empêchés de
travailler, voire pour certains menacés. La nouveauté plus qu’inquiétante dans le cas présent, c’est que la députée RN a trouvé des relais empressés à ses demandes, quand les autorités ne
sanctionnent jamais, ou si peu, les appels à la haine quotidiens dans les médias d’extrême-droite et préfèrent interdire certaines mobilisations plutôt que garantir la liberté d’expression et de
manifester.
L’extrême-droite déteste les journalistes qui font leur métier. Les deux prochaines années, qui constitueront une séquence de campagne électorale quasi continue, demanderont du courage et de la
ténacité aux journalistes qui refusent ces diktats et estiment qu’en démocratie, lecteurs, auditeurs et téléspectateurs ont simplement le droit d’être correctement informés.
(1) L’affaire a également fait l’objet d’articles de Médiapart, La Marseillaise, Var-Matin, France 3 Provence…
Montreuil, le 17 octobre 2025
CODEX 83 : A Toulon (comme ailleurs) le RN menace la presse locale ! Soutien au journaliste de Var Matin visé par Laure LAVALETTE
La CODEX 83 (coordination départementale contre l’extrême droite dans le Var) assure la rédaction de Var-Matin, et particulièrement le journaliste pris pour cible par la députée RN Laure LAVALETTE, de son soutien moral et lui adresse ses encouragements sincères à poursuivre son travail avec sérénité.
Dans de très nombreuses (grandes) villes de France, les habitant·es savent où vit leur maire, même gratifié·e d’une grande notoriété. Ils et elles ne font pas mystère de leur adresse, n’ayant pas de raison d’avoir peur des citoyen·nes !
Alors la CODEX 83 s’étonne. Pourquoi, dans l’ère toulonnaise, le fait qu’un article cite la commune d’habitation d’une élue probable future candidate à la mairie de Toulon – sans même mentionner son adresse – déclenche-t-il une plainte, une convocation par la police, une injonction du préfet à modifier l’article en retirant le nom de la commune, une auto-saisine du procureur ? Et puis quoi encore ?
Peut-être ces rappels que les juges connaissent mieux que personne, sachant qu’en matière de presse la jurisprudence est prédominante :
– Les éditeurs de presse et journalistes sont protégé·es par la liberté d’expression et d’information inscrite à l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’Homme.
– Une personne publique ne peut s’opposer à la diffusion à la télévision de l’adresse et de l’image de l’une de ses propriétés lorsque cette diffusion est justifiée par le droit à l’information du public (Cass. 1e civ. 10-10-2019 n° 18-21.871 F-PB).
– Il a déjà été jugé que la diffusion de l’image d’une personne publique est possible lorsque le public a un intérêt légitime à être informé (Cass. 2e civ. 8-7-2004 n° 02-19.440 FS-PB : Bull. civ. II n° 389). Il en est de même lorsqu’il s’agit de divulguer des informations sur un bien appartenant à une personne publique.
– Les déclarations de situation patrimoniale des parlementaires peuvent être consultées auprès des Préfectures par les électeurs/trices inscrit·es sur les listes électorales (article LO 135-2 du code électoral).
Dans cette affaire, une autre question s’impose : quel est le sens d’une démarche qui consiste à quitter une ville pour en convoiter la mairie un an après son déménagement ?
La presse locale, en particulier dans un contexte de campagne électorale, ne doit rien lâcher sur la nécessité d’informer les citoyen·nes en toute transparence, en toute liberté, en toute légalité bien sûr, en respectant la vérité des faits et la déontologie de leur métier, sans censure ni auto-censure concernant les personnels politiques qui sollicitent leurs suffrages !
C’est pourquoi la CODEX 83 transmet ses encouragements à tou·tes les journalistes concerné·es par la couverture de la vie politique nationale, régionale, départementale et locale. Celles et ceux chargé·es de nous informer pour éclairer nos choix électoraux doivent avoir les mains libres pour travailler sans pression.
C’est une question de respect de la démocratie !