ARTICLE VISA – Scrutin du 14 mars : Le FN, encore …

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L’extrême droite a-t-elle progressé, au premier tour des élections régionales, dimanche 14 mars 2010 ? La réponse à cette question est devenue un enjeu politique.

Non, répond en substance l’UMP. Selon elle, il faudrait comparer « entre deux élections comparables », et donc rapporter les résultats de l’extrême droite de dimanche dernier à ceux obtenus lors des élections régionales de 2004. Vus ainsi, ces résultats baisseraient légèrement, avec 15 % pour le FN en mars 2004 (plus un petit pour cent pour d’autres listes d’extrême droite), et un peu moins de 13 % pour l’extrême droite – dont 11,5 % pour le seul FN – dimanche denier.

Ce compte est faux, répondent l’opposition et la plupart des journalistes : il faudrait tenir compte de l’évolution du vote d’extrême droite dans le temps. Et, donc, inclure dans le calcul le fait que son parti principal – le FN – a traversé une crise (électorale et interne) profonde entre 2007 et 2009, lorsque Nicolas Sarkozy avait réussi à « siphonner » une partie de son électorat.

Pour VISA, il est évident que nul ne pourra faire comme si rien ne s’était passé en 2007. Le FN, dont les résultats électoraux s’étaient maintenus à un niveau stable depuis plusieurs années incluant une légère progression (15 % aux présidentielles de 1995, encore 15 % aux législatives de 1997, encore 15 % aux régionales de mars 1998, puis 17 % un certain 21 avril 2002, suivis de 15 % en mars 2004) a connu un véritable effondrement en 2007. Alors qu’un million de ses anciens électeurs avaient rallié le candidat Nicolas Sarkozy à la présidentielle, d’autres choisirent l’abstention (et l’attentisme vis-à-vis des résultats de la droite au pouvoir). Aux législatives de juin 2007, le FN se retrouva à son niveau le plus bas depuis 25 ans, à savoir 4,3 % des voix.

Cette crise-là est bien dépassée. L’UMP y a fortement contribué, à force de « débat sur l’identité nationale » – en fait de « débat », il s’agissait d’une véritable campagne idéologique du camp gouvernemental – et autres propos racistes tenus pendant la récente pré-campagne et campagne électorales. Propos sur la non-appartenance d’un candidat à la direction de la HALDE au « corps traditionnel français » (dixit Gérard Longuet), révélant une vision ethno-raciale de la société française. Propos sur un candidat à la couleur de peau noire, traité d’abord de « joueur de réserve du PSG » puis de « délinquant récidiviste chevronné » alors que son casier judiciaire, publié par le « Canard enchaîné », est vierge. Propos, enfin, sur les Afghans qu’il conviendrait d’expulser dans leur pays en guerre ; propos accompagnés d’actes, dans ce cas précis.

C’est parce qu’elle aura contribué à nourrir (de nouveau) le monstre, que l’UMP cherche à dissimuler la réalité : la remontée, encore en-dessous de son niveau antérieurement atteint mais pourtant réel, d’une extrême droite. D’un FN toujours aussi raciste, toujours aussi menaçant, toujours aussi anti-social et anti-démocratique… même si ce parti joue habilement sur les peurs, sur les colères sociales, sur les sentiments de revanche. Le FN demeure un parti à combattre, résolument et continuellement.

Nous reviendrons amplement sur notre site, au lendemain du second tour de ces élections régionales, sur l’analyse des résultats obtenus par l’extrême droite et sur ses causes.

VISA, le 19 mars 2010