Quand l’Esprit saint descend sur l’UMP…

LE RAPPORT AU FRONT NATIONAL, FACTEUR DE CRISE AU SEIN DE L’UMP

Comme les utilisateurs de notre site le savent, la Pentecôte est ce moment où l’Esprit saint est descendu sur les apôtres de Jésus qui se sont mis à parler dans toutes sortes de langues, y compris des langues qui n’existent pas. Et bien on peut dire que la Pentecôte de l’an 2013 après la résurrection du Sauveur aura été l’occasion pour les dirigeants de l’UMP de parler plusieurs langues pour exprimer ce que doivent être leurs rapports avec le Front National et ses électeurs !

Quand Peltier attaque NKM et se fait taper sur les doigts

En effet, le lundi 20 mai 2013,lundi de Pentecôte donc, Guillaume Peltier, vice-président de l’UMP et principal dirigeant du courant de la Droite forte a souhaité publiquement, sur RTL, que « ce ne soit pas » Nathalie Kosciusko-Morizet « qui soit désignée » candidate de l’opposition à la mairie de Paris lors des primaires UMP dans la capitale. Il justifiait sa prise de position en arguant que NKM n’avait pas  pris la position juste, selon lui, sur la loi  légalisant le mariage pour tous  en s’abstenant lors du vote à l’Assemblée Nationale au grand désappointement des opposants à cette loi rassemblés sous le slogan de « La Manif pour tous ».

La prise de position de Peltier entraînait aussitôt des réactions virulentes des partisans de NKM, seule candidate de droite apte à battre la gauche aux prochaines municipales à Paris, qui contraignaient le Bureau Politique de l’UMP le mercredi 22 mai à adresser à l’unanimité un rappel à l’ordre à Guillaume Peltier (ce dernier étant absent).Certains se déchaînaient contre ce dernier, un dirigeant jugé illégitime parce que non élu, trop jeune, n’hésitant pas à se pavaner dans les médias…On peut observer que ces derniers n’ont pas obtenu tout à fait gain de cause car c’est l’exclusion de Peltier qu’ils réclamaient. La tête de ce dernier fut en effet sauvée par le président de l’UMP, Jean-François Copé. Ce n’est pas que ce dernier ait apprécié la sortie de l’un de ses vice-présidents mais Copé a vite compris que la question dépassait la simple appréciation du vote de NKM et même la question du mariage ou celle des Primaires.

Comme l’écrit justement Alexandre Lemarié dans Le Monde du 23 mai, « la prise de position de M. Peltier contre NKM est un révélateur du débat qui traverse la droite sur l’attitude à adopter vis-à-vis des électeurs tentés par le Front National et de la fracture idéologique, jamais réduite, qui mine le premier parti d’opposition depuis la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012 ». En vérité les apôtres de Nicolas de Neuilly ne parlent pas ici plusieurs langues mais deux : d’un côte la langue humaniste au vocabulaire essentiellement économique et social (libéral) bien faite pour parler au peuple du centre ; de l’autre la langue dite buissonnienne en raison du nom de son créateur, Patrick Buisson, structurée par des références aux valeurs identitaires de notre beau pays, supposée agréable aux oreilles du peuple d’extrême-droite.

Or, non seulement Peltier s’est affirmé au sein de l’UMP depuis 2011 comme un disciple zélé de Patrick Buisson mais il a remporté une victoire très nette et inattendue lors du dernier congrès de l’UMP où sa motion dite de la Droite forte est arrivée nettement en tête avec 28% des voix des adhérents de l’UMP ayant participé au vote (ou pas), loin devant la motion de la droite libérale et humaniste (avance encore plus nette si on additionne à son score celui de la Droite populaire qui pour sa part a connu un net recul) pourtant largement favorite. Et il a apporté un soutien décisif à Jean-François Copé dans sa lutte fratricide avec François Fillon pour le leadership de l’UMP après la mise en retrait de Nicolas Sarkozy. On comprend donc pourquoi le maire de Meaux ne pouvait accepter une exclusion de Peltier…qui est son principal soutien pour rester à la tête du parti et avec lequel il partage beaucoup de la ligne Buisson. On comprend aussi l’attaque de Peltier contre NKM : c’est dès juin 2012 que cette dernière, ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle (Peltier était son adjoint!), déclare que la droite a perdu l’élection présidentielle et les législatives qui ont suivi parce qu’elle a adopté la ligne fixée par Patrick Buisson dont elle considère que l’objectif politique premier était de vouloir « faire gagner Charles Maurras » plutôt que Nicolas Sarkozy !

C’est donc à l’intérieur de l’UMP elle-même que le lien est fait entre la ligne Buisson/Copé/Peltier/Sarkozy et l’extrême-droite française (Maurras étant le principal dirigeant de « L’Action Française » la plus puissante organisation d’extrême-droite ayant existé dans ce pays…avant le Front National).

Les animateurs de la ligne BCPS (qui n’est pas BCBG) n’ont pas tous la même fonction, ni les mêmes objectifs. Sarkozy s’est mis en réserve de la République attendant pour revenir en sauveur une situation chaotique (dont nous ne pouvons cacher que les éléments se mettent en place). Copé est officiellement président de l’UMP malgré les tricheries de l’automne 2012 validées par le vote des adhérents de l’UMP du 30 juin mais doit donner l’impression que son fragile leadership est impartial. Surtout, en tant que président, il est porteur de l’intérêt général du parti et sait qu’il ne redorera son blason que si l’UMP remporte des succès électoraux l’année prochaine ; de ce point de vue la candidature de NKM sur Paris est incontournable si bien qu’attaquer cette dernière c’était attaquer le parti en tant que tel, ce qu’il ne pouvait laisser passer. Buisson, lui, a adopté depuis toujours la position de conseiller du Prince, un pied dedans, un pied dehors par rapport à l’UMP. Reste Guillaume Peltier pour faire vivre la ligne dans le parti. Et en attaquant NKM, une des adversaires les plus résolus de la ligne BCPS, il était finalement pleinement dans son rôle de chef de courant. Peltier et Copé ont donc bien joué leurs rôles et la sanction de Peltier doit être relativisée.

Mais ce sont finalement les adhérents parisiens de l’UMP qui ont sanctionné le vice-président de leur parti et infligé une défaite à la Droite forte ainsi qu ‘à « la Manif pour tous ». NKM a en effet été désignée candidate officielle de l’UMP dès le premier tour de la Primaire avec 58% des voix et ses opposants ont reconnu la légitimité de sa victoire. Ces adhérents de l’UMP, majoritairement issus des quartiers les plus bourgeois de la capitale, ont ainsi rappelé que la radicalisation du discours n’était acceptable que dans la mesure où elle n’est pas incompatible avec la perspective d’une victoire électorale, seule cette dernière comptant en dernière instance. Et finalement tout le monde s’est félicité de la victoire de NKM, à l’exception de Buisson, le véritable stratège de la Droite forte, qui n’a pas hésité à déclarer à L’Express début juin que NKM « n’est pas la meilleure pour gagner, mais la meilleure pour perdre. Elle n’a strictement aucune chance de reconquérir Paris ».  Avec un humour involontaire, il a  soutenu son pronostic en avançant que NKM « est trop clivante » ! Elle serait également « trop bling-bling » (il doit confondre avec bobo) et « trop mariage gay pour l’électorat conservateur ». On lui conseille de se poser une question : l’électorat de droite à Paris est-il plutôt libéral ou plutôt conservateur tendance réac ? Visiblement Buisson n’a pas encaissé l’élection de NKM et l’absence de mobilisation d’un quelconque électorat conservateur au cours des Primaires qui se déroulaient pourtant alors que la dynamique de la « Manif pour tous » n’était pas encore totalement épuisée et alors que certains militants de ce mouvement social de droite décidaient d’adhérer à l’UMP Paris pour peser sur le vote (d’après l’hebdomadaire de droite « Valeurs Actuelles », en général bien informé) !

La montée du FN, facteur de crise au sein de l’UMP

Il est clair que l’UMP n’est pas sortie de sa crise résultant de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy et de sa défaite. Deux blocs s’opposent. Pour un premier bloc, le bloc BCPS, la droite ne peut arriver au pouvoir qu’en affaiblissant électoralement le FN par une radicalisation droitière de ses propres positions sur les questions sociétales et les valeurs traditionnelles de la droite d’avant le gaullisme (le travail, la famille, la patrie). Si cette stratégie a échoué en 2012 c’est selon eux qu’elle s’est déployée trop tardivement et incomplètement.

Pour l’autre bloc, beaucoup plus hétérogène puisqu’il court de Laurent Wauquiez et sa Droite bizarrement sociale qui déclare au BP de l’UMP le 19 juin qu’il faut « taper » aussi sur le FN et pas seulement sur le PS jusqu’à Jean-Pierre Raffarin et la droite humaniste en passant par Fillon (pour lequel le rapport au FN fait partie du droit d’inventaire de l’héritage sarkozyste précisant que l’UMP n’a pas « à courir derrière le FN ») et Juppé, cette stratégie d’imitation du FN est vouée à l’échec comme le prouve les élections du printemps 2012 car elle a pour conséquence de se couper de l’électorat centriste. Pour eux, l’UMP doit réaffirmer ses positions traditionnellement républicaine (telle que refondée par de Gaulle), libérale et pro-européenne (voir la dernière prise de position en ce sens d’Alain Juppé le 1er juillet demandant que la droite soit ferme sur ses positions pro-européenne si elle veut empêcher le FN d’arriver au pouvoir ce qui serait pour lui une « catastrophe » économique et sociale). Il faut noter que des élus UMP du sud sont aujourd’hui sur cette position, sans doute marqués par le laminage de la Droite populaire aux dernières législatives. Ainsi, un élu du Gard membre du Bureau politique déclare-t-il lors de la réunion du 19 juin qu’il faut être « très ferme vis-à-vis de ceux qui voudraient s’allier avec le FN. Sinon on a un grave risque de contagion, notamment dans le sud-est » (cité par Alexandre Lemaryé dans Le Monde du 19 juin).

Ces deux lignes ont chacune leurs faiblesses. La seconde, principalement portée par Fillon qui prépare déjà sa candidature présidentielle, peut sembler peu en prise avec la crise économique et sociale et ne pas offrir de réponses aux problèmes que vivent les classes populaires et moyennes, autrement dit être incapable de contrer la démagogie sociale de Marine Le Pen. La première, incontestablement plus inquiétante d’un point de vue antifasciste, semble bien buter sur une contradiction fondamentale : face à un FN dédiabolisé au leadership renouvelé et au discours social démagogique, la radicalisation droitière de l’UMP pousse des électeurs, des militants et des élus locaux de droite à désirer l’alliance avec une extrême-droite en nette progression électorale pour parvenir au pouvoir. Au nord comme au sud du pays, certains élus ou militants ont déjà conclu ou souhaiteraient conclure des accords avec le FN pour les municipales. Ainsi le 17 juin l’ancien maire de Saint Gilles dans le Gard, Olivier Lapierre, se déclare prêt à être le numéro deux d’une liste conduite par Gilbert Collard le député apparenté FN. Un mois auparavant c’était un jeune militant de Gamaches dans la Somme qui décidait de nouer une alliance avec le FN en vue de ces mêmes élections. Ce militant, Arnaud Cléré, savait qu’il courait le risque de se faire exclure mais disait préférer sa ville (dirigée par une équipe d’union de la gauche avec un maire communiste), à son parti. On peut noter deux choses concernant cette situation locale: d’abord qu’Arnaud Cléré se dit proche des idées de Philippe de Villiers et ensuite la déclaration du secrétaire départemental de l’UMP selon laquelle Gamaches ne peut faire exception à la règle du refus des alliances sous prétexte que le maire est communiste (voir « Le Figaro » du 13 mai) ! Serait-ce, pour cette droite, que le Parti Communiste et les forces à gauche du PS ne sont  pas finalement de même nature que le FN contrairement à ce que répète en permanence Jean-François Copé, y compris lors de ses commentaires de la mort de Clément Méric ? Un reste de gaullisme peut-être…

Dans les deux cas, Jean-François Copé a sévi et les candidats à l’alliance ont été exclus de l’UMP, Copé déclarant le 19 juin « qu’aucun accord d’aucune sorte ne sera accepté avec le Front National et que tout membre qui viendrait à passer un accord avec le FN ou qui soutiendrait une candidature se placerait immédiatement en situation d’être exclu de l’UMP ». Mais quand sera-t-il si cette dynamique à la base prend de l’ampleur ? On pourrait alors voir se fissurer le bloc en question  car si Copé et Sarkozy ont toujours rejeté la perspective d’alliance avec le FN, il n’en est pas de même de Buisson dont c’est en réalité l’objectif, le positionnement de Peltier manquant de clarté sur cette question pourtant décisive.

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