Voici un nouvel exemple des capacités de nuisance de l’extrême-droite. A l’approche d’une échéance décisive, VISA souhaite apporter tout son soutien au combat exemplaire mené par Xavier Verdejo, professeur d’Histoire-Géographie d’un lycée de Narbonne, calomnié par le FNJ local. Merci de diffuser largement cette information.
Attention, danger !
En mai 2011, j’ai été victime d’une « dénonciation » sous la forme d’une lettre (1) envoyée par M. Loïc Bouzat, secrétaire départemental du FNJ de l’Aude (2) au Proviseur de l’établissement où j’exerce la fonction de Professeur d’Histoire-Géographie (3). Suite à cela j’ai porté plainte auprès du procureur de la République pour « dénonciation calomnieuse ». J’ai été à l’époque soutenu par l’ensemble de la classe de terminale concernée par les faits qui m’étaient reprochés, par ma hiérarchie (Proviseur et Recteur de l’époque), par d’anciens élèves, par des parents, des citoyens, des élus, des amis, par un très grand nombre de collègues des deux lycées (toutes catégories confondues) et, « last but not least » (4), par mes camarades cégétistes et communistes et ma famille.
Cette affaire a été très médiatisée (presse locale, FR3, Médiapart). Elle a été d’autre part relayée via les réseaux sociaux par la nébuleuse nauséabonde de l’extrême droite. Cela figure toujours sur la plupart des sites, avec des commentaires pour le moins haineux et orduriers.
Plus de 4 ans après les faits – et notamment parce-que je n’ai jamais cédé malgré plusieurs « suggestions » d’abandon des poursuites qui m’ont été faites… – M. Bouzat est enfin cité à comparaître devant la justice. Je serai entendu à cette occasion en tant que victime. Le procès qui aurait dû avoir lieu le jeudi 2 avril après-midi au tribunal de Narbonne a été renvoyé au jeudi 17 septembre.
Plus de 4 ans, c’est long… on oublie, on croit que c’est fini, que l’affaire est classée… Non, elle ne l’est pas ! Et l’actualité politique nous explose à la face pour nous rappeler que l’oeuf du serpent est toujours là, cajolé par la misère et la désespérance, par la perte de confiance en une classe politique qui se détourne de ceux qui, en détresse, ne comprennent plus. Alors, ceux-là ne vont plus voter ou alors ils votent pour l’horreur, pour cette extrême-droite fascisante qui, avec la complicité de certains médias et de certains tout court, parade, décomplexée et « dédiabolisée »… Certes, ils ont tort mais n’avons-nous pas, nous aussi, une part grandissante de culpabilité à trop imiter l’autruche ?
Souvent, ces derniers temps, j’ai répondu, amusé, à une gentille question : « Au fait, elle en est où ton affaire ? ». Loin d’en vouloir à ceux qui ont bien voulu me la poser quand d’autres avaient fini par ignorer « l’affaire », je voudrais toutefois préciser qu’il n’y a pas d’ « affaire » Verdejo. Ce qui m’est arrivé peut arriver à n’importe quel collègue, notamment ceux qui enseignent l’Histoire, matière sensible s’il en est. L’enjeu dépasse la simple condamnation – si condamnation il y a – du prévenu Bouzat. Elle met en lumière tous les dangers que représente l’extrême droite pour la société, l’enseignement, la liberté d’expression, la démocratie… Elle met en lumière l’extrême ignorance de ce qu’est l’Histoire, et de ce que sont ses exigences, au nom d’une hypothétique objectivité que je n’ai jamais su comprendre. L’Historien, de mon point de vue, ne peut jamais être objectif. En revanche, il se doit d’être honnête. Je crois l’avoir toujours été en essayant, tout au long de ma carrière, d’apprendre à mes élèves à penser par eux-mêmes et à développer leur sens critique.
Je vous demande donc, une fois encore, votre soutien. Votre soutien aux valeurs républicaines, à l’éducation, la fonction publique, la liberté, au refus de l’obscurantisme et de la dictature. Pour cela il faut à nouveau être nombreux devant le Tribunal de Narbonne, Jeudi 17 septembre à 13h30. Il serait inquiétant que nous le soyons moins que ceux qui, se sentant pousser des ailes après les calamiteuses élections du printemps, seront très certainement là, eux-aussi, pour nous insulter de leur morgue et de leur suffisance.
Et, peut-être aurons-nous alors contribué à pouvoir encore affirmer : « Et demain nos matins chanteront… »
Xavier Verdejo, Professeur d’Histoire-Géographie au Lycée Louise Michel de Narbonne
1 Voir en fin de document
2 Par ailleurs candidat aux élections départementales dans le canton de Villemoustaussou, 33 % au premier tour, Sera opposé au second au PS (36, 4%)
3 Lycée Diderot, Narbonne
4 « derniers mais pas les moindres »
Lettre de Loïc Bouzat du 25 mai 2011 (L’orthographe a été respectée) :
Monsieur le proviseur,
Je me permets d’attirer votre attention, suite à la sollicitation de plusieurs élèves de votre établissement au sujet de Monsieur VERDEJO professeur d’histoire géographie.
En effet, j’ai été informé à plusieurs reprises que ce professeur tient des propos, durant ses cours, diffamant et insultants à l’égard du Front National, de ses représentants et de ses électeurs.
Sous prétexte de contextes historiques, d’amalgames et de confusions il diffuse une propagande politique, certes conforme avec ses engagements politiques, mais pas avec la réalité, ni avec son obligation de neutralité dût à son métier.
Il pourrait par exemple enseigner que Georges BIDEAULT, le successeur de Jean MOULIN à la présidence du Conseil National de la Résistance, a été un des fondateurs, avec Jean Marie LEPEN, du Front National en 1973.
Je vous demande donc d’intervenir pour que les convictions politiques de ce professeur restent à la porte de votre lycée, mais qu’il ne perde pas de vue que son travail est de transmettre des connaissances sans influencer ses élèves avec ses opinions politiques.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le proviseur, l’expression de ma considération distinguée.
Loïc Bouzat Chargé de mission du FNJ de l’Aude