VISA publie ci-dessous des larges extraits d’un 4 pages sorti par le syndicat CGT du livre (SGLCE) en novembre 2013
En cent cinquante ans, l’extrême-droite en Europe aura pris des formes bien différentes. Mais toujours contre les travailleurs, contre leurs syndicats, contre les partis ouvriers, contre les grèves. Toujours en défense des privilèges des riches. Jusqu’aux crimes ultimes du nazisme avec l’extermination scientifiquement programmée des juifs et des Roms par le régime hitlérien et ses amis dans toute l’Europe occupée.
Pour la première fois dans l’Histoire, Hitler fait massacrer deux peuples (les juifs et les Roms) non pas pour gagner une bataille, non pas pour gagner une guerre, ni même pour imposer une domination coloniale, mais juste au nom du principe qu’ils seraient « nuisibles ». Gardons en mémoire, pour commencer notre propos, que le trio infernal Le Pen (père et fille) – Dieudonné –Alain Soral ont pour amis communs les quelques illuminés, avec à leur tête le nommé Robert Faurisson, qui nient ou relativisent ces génocides.
Tous les partis d’extrême-droite ont en commun un socle idéologique qui repose sur trois pieds : le patriotisme, l’autoritarisme et le racisme (avec une place particulière pour l’antisémitisme).
Ils sont en revanche divisés sur les religions. Certains s’appuient sur la religion dominante de leur pays pour mieux rejeter « l’étranger ». Certains combattent toutes les religions bibliques à cause de leurs origines judaïques. Et d’autres cherchent à rester prudents sur la question pour tenter de recruter plus largement. Les plus malins, comme Soral, proposent un bloc politique des chrétiens et des musulmans au nom de valeurs communes dont l’antisémitisme est le ciment.
Tout le programme du FN tourne autour de la notion de « préférence nationale ». C’est-à-dire qu’il veut affaiblir les travailleurs en les divisant entre « vrais » et « mauvais » Français. Comme si les problèmes de chômage, de logement ou de salaire pouvaient se régler sur le dos des Français issus de l’immigration ou des immigrés ! Comme si c’était dans leurs poches qu’on pourrait trouver l’argent pour « les vrais Français » !
Présenter les immigrés et leurs descendants français comme un danger permet en fait au Front national de masquer la culpabilité des patrons et des grandes fortunes exilées en Suisse. Car l’argent pour les salaires, la Sécu, les retraites, le logement, il existe en effet, mais il est dans les caisses des patrons (français ou pas). Et c’est là qu’il faut aller le prendre pour résoudre les soucis de toutes celles et ceux qui vivent et travaillent ici.
À quoi sert le FN ? À protéger les coffres forts des riches. Il suffit d’écouter Marine Le Pen parler des grèves et des syndicats pour comprendre qu’elle défend les riches et les petits patrons contre les travailleurs. Sa proposition visant à « simplifier » le Code du Travail qui étoufferait les patrons ( !) fait d’ailleurs écho aux exigences du Medef.
Le « patriotisme » économique, c’est l’autre cheval de bataille du FN, sa réponse aux misères bien réelles causées par l’Europe capitaliste et la mondialisation. Là encore, il s’agit d’une réponse qui couvre les intérêts de nos patrons dans leur rivalité avec les patrons « étrangers ». Mais qu’y gagnent les travailleurs ? Le repli sur les frontières est évidement un leurre, un impossible retour en arrière. La seule réponse conforme aux intérêts des travailleurs, c’est la mondialisation des luttes ouvrières, la mondialisation des acquis sociaux que nous avions arrachés par la lutte contre nos patrons français. Plus le salaire d’un ouvrier chinois se rapprochera du nôtre, plus tôt les patrons recommenceront à construire des usines en France. Nous devons donc être solidaires, non pas de nos patrons, mais des travailleurs de tous les pays !
La dernière grande affaire du FN, c’est l’installation d’un pouvoir fort, le culte du chef, le principe supérieur d’obéissance. Tout ce dont rêvent les patrons pour mieux nous exploiter ! Il va sans dire que là encore notre vision de l’émancipation humaine débarrassée de l’exploitation capitaliste est à l’exact opposé de cet État dictatorial que le FN nous propose. Les travailleurs n’ont pas besoin de « chefs » mais de démocratie réelle pour discuter et décider de leur avenir ensemble, au travail comme à la ville.
Parmi les principaux fondateurs du FN, on trouve d’ex-collaborateurs nazis et d’anciens tueurs de l’OAS, des militaires nostalgiques de la France coloniale et des catholiques intégristes.
La propagande raciste du FN a l’inconvénient de repousser instinctivement les jeunes issus de l’immigration. C’est ici que Dieudonné et Soral jouent un rôle complémentaire au FN : attirer ces jeunes vers les thèses de l’extrême-droite. Au nom de l’insolence, l’un fait passer les pires provocations racistes pour de bonnes blagues et l’autre joue à l’intellectuel en mélangeant tout et n’importe quoi dans des vidéos sur Internet hélas très suivies par des jeunes en quête de sens.
Comme le FN, ces deux imposteurs prospèrent sur le désarroi politique des travailleurs qui subissent la mondialisation capitaliste et qui constatent que les gouvernements de droite et de gauche qui se succèdent mènent des politiques identiques.
Ils utilisent habilement les réseaux sociaux pour se cacher, masquer leurs faiblesses numériques, multiplier certes leurs délires, mais aussi leurs discours en les adaptant au désarroi, aux troubles de nombreux jeunes, de nombreux travailleurs qui cherchent des réponses aux questions qu’ils se posent sur l’état du monde en général et celui du travail en particulier.
C’est dans les luttes sociales réelles et en avançant un projet de rupture avec ce capitalisme pourrissant qu’il sera possible de stopper l’expansion de l’extrême-droite. Pour celles et ceux qui ont oublié que le fascisme des années 30 a permis d’écraser les révolutions ouvrières qui menaçaient les patrons en Allemagne, en Italie ou en Espagne, l’exemple des milices fascistes (« Aube dorée » en Grèce) aujourd’hui est suffisamment parlant : l’extrême-droite sert à faire taire les travailleurs et leurs organisations révoltés contre les mesures d’austérité.
L’alliance européenne des fascistes ?
Patriotes et ultra-nationalistes dans leur pays respectif, les partis d’extrême-droite peinent à s’entendre. Leur logique politique nous mènerait d’ailleurs rapidement à la guerre contre telle ou telle nation « concurrente » s’ils prenaient le pouvoir ici ou là en Europe. Les travailleurs devront-ils, comme en 1914 ou en 1940, repartir se faire trouer la peau pour défendre la patrie de leurs patrons, des actionnaires et des rentiers ? Les tentatives de fédération européenne existent mais elles sont chaque fois minées par le désir des uns et des autres d’être « le Chef » européen de l’extrême-droite.
Dernier exemple en date : l’implosion du groupe des parlementaires européens d’extrême-droite à Bruxelles. Les élus FN avaient construit un groupe unifié avec les indépendantistes flamands (fascistes notoires) et Jobbik, le parti hongrois qui organise des milices en uniforme contre les Roms. Mais suite à une déclaration de la petite fille de Mussolini, élue italienne, contre « les Roumains, tous des voleurs », le parti roumain d’extrême- droite quitte le groupe qui est alors dissout par manque de combattants.
La quenelle de Dieudonné
Symbole de « l’insolence » supposée de Dieudonné, la quenelle est un geste à mi-chemin entre le salut nazi et le bras d’honneur. Il marche comme un code de reconnaissance, un clin d’oeil complice. Ceux qui s’y prêtent ne sont naturellement pas tous de dangereux nazis mais participent à la banalisation des propos antisémites et délirants d’un « humoriste » dont les spectacles sont autant de meetings politiques. Pour la petite histoire, Dieudonné qui se proclame victime des élites a pour productrice la fille du producteur de Sardou et de Johnny Hallyday…
Antisionisme et antisémitisme
L’extrême-droite joue habilement des deux termes pour semer la confusion. Le sionisme est une doctrine politique visant à un regroupement des juifs dans un État juif autour de Jérusalem, capitale historique des juifs. Cette doctrine est restée très minoritaire dans les communautés juives jusqu’à l’extermination de 6 millions de juifs européens pendant la Seconde Guerre mondiale. La construction de cet État, après 1945, s’est réalisée au détriment des habitants palestiniens ; et ces derniers subissent toujours la politique Israélienne.
Encore faut-il préciser que bien des juifs sont opposés à cette politique. L’extrême-droite utilise cette situation pour réveiller le vieil antisémitisme français (Soral réédite les livres de Drumont !) et pour lancer des passerelles vers les jeunes issus de l’immigration légitimement sensibles à la cause palestinienne. Pour faire passer le message, on fait du problème israélo-palestinien le conflit central de la planète.
Mais l’extrême-droite n’a peur d’aucune contradiction. Dans les années 30, le juif était pour l’extrême-droite en même temps « péril bolchévique » et « capitaliste apatride »…
Soral anti-impérialiste ?
Le parcours du personnage, passé par le PCF puis le FN, est à l’image de la confusion de son propos.
Aujourd’hui, il prétend réconcilier « la gauche du travail » et la « droite des valeurs » ; c’est-à-dire faire basculer les résistances ouvrières du côté de l’extrême-droite. Il tient des conférences mensuelles sur Internet et publie de nombreux livres où il mélange tous les concepts et tous les vocabulaires, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite.
Par exemple, l’anti-impérialisme. Voilà un concept juste qui évoque la solidarité internationale des travailleurs en lutte contre les puissances capitalistes dominantes. Mais Soral le détourne au profit d’une lutte prioritairement tournée contre Israël, comme si ce pays dominait le monde ! En revanche, l’essayiste soutient sans hésiter les dictateurs les plus sanglants, comme en Syrie, sous prétexte de lutte contre la domination judéo-américaine.
Candidats pour les élections ?
Un pacte antifasciste avait été conclu entre la CGT, la CFDT, la FSU et Solidaires. La CFDT semble s’en éloigner, mais il est bon de le rappeler : il n’est pas tolérable qu’un militant syndical digne de ce nom se retrouve candidat d’extrême-droite aux élections politiques. Parce que le programme du FN est directement contraire aux intérêts des travailleurs. Parce que l’action de l’extrême-droite vise à briser les grèves et les organisations qui luttent pour la défense des salariés. Ces syndicats, dans leur diversité, ont annoncé qu’ils excluraient tout candidat FN de leur organisation. Ils appellent également les autres confédérations à faire le ménage chez eux.
Les Roms : des immigrés comme les autres
Environ 20 000 personnes vivent dans des bidonvilles depuis quelques années. La majorité vient de Roumanie et de Bulgarie et est d’origine rom, minorité violement discriminée dans ces pays. Bien qu’ils soient membres de l’Europe, leurs ressortissants sont interdits de travail (jusqu’en janvier 2014). Comme toutes les immigrations précédentes, ils veulent une vie meilleure pour leurs enfants.
Comme toutes les immigrations précédentes, ils subissent les pires conditions sociales et le pire des racismes. Et dans quelques années, ils seront intégrés, comme cela s’est toujours passé pour les autres groupes d’immigrés !
Où trouver plus d’infos ?
Un site d’informations intersyndical :
www.visa-isa.org
Des informations, des formations, des brochures… tout ce qui peut être utile aux militants syndicaux contre l’extrême-droite.
http://droites-extremes.blog.lemonde.fr
http://www.mondediplomatique.fr/2013/10/PIEILLER/49683
(Le Monde diplomatique d’octobre 2013)
http://www.ldh-france.org/
(site de la Ligue des Droits de l’Homme)