(Article paru dans l’hebdo du SNUI, le 13 mai 2008)
Ce 1er mai 2008, à Paris et en province, les cortèges syndicaux étaient bien plus fournis que les années précédentes, les décisions gouvernementales ayant favorisé la mobilisation.
Il faut voir là une première réponse à l’extrême rigueur de la politique salariale du gouvernement, à la violence de ses attaques contre le statut des fonctionnaires, au cynisme de sa réforme des retraites, sans parler de ses propositions de gestion des chômeurs.
Ce regain de combativité a aussi été favorisé par le renouveau de l’unité syndicale, unité fortement réclamée par les salariés, et notamment par les fonctionnaires, dans le cadre de leur lutte contre le projet de loi sur la mobilité subie.
Sur tous ces sujets qui pèsent sur la vie quotidienne, la responsabilité des organisations syndicales était effectivement de s’unir pour agir et agir vite. Un consensus, certes fragile, existe, nous nous en félicitons.
Le 1er mai a aussi été marqué par la présence dans le défilé parisien de plus d’un millier de travailleurs sans papiers. Cette grande première est en fait le fruit d’une longue mobilisation à laquelle le SNUI a apporté sa modeste pierre, au côté d’autres organisations.
En septembre 2007, l’association Droits Devant et la CGT 91 avaient organisé une manifestation et avaient été reçues au ministère du Travail juste avant l’adoption de la loi sur la maîtrise de l’immigration. Cette loi prévoyait la régularisation des travailleurs sans papiers ayant une promesse d’embauche dans un des 152 «métiers sous tension», ceux qui ne sont pratiquement acceptés que par des étrangers.
Suite à la publication de cette liste des 152 métiers par Bercy, et le fait qu’ils soient réservés aux seuls ressortissants des pays de l’ex-Europe de l’Est, une réunion a lieu au siège du SNUI pour organiser une nouvelle manifestation le 30 novembre.
Lors de celle-ci, 1 000 travailleurs sans papiers ont brandi leurs avis d’imposition devant le ministère et une délégation composée, notamment, de représentants de foyers, de militants de Droits Devant, de la CGT et du SNUI avait été reçue par le conseiller «emploi» de Christine Lagarde.
Le 21 décembre, c’est vers Matignon que s’est dirigée la manifestation et deux travailleurs sans papiers ont fait partie de la délégation qui a rencontré un membre du cabinet de François Fillon.
Le symbole était historique, la reconnaissance était en marche !
L’engagement du SNUI dans cette mobilisation a reposé sur deux éléments :
• Le SNUI considère que dans une démocratie le lien entre le citoyen et la société s’effectue par l’impôt. Or, comme les citoyens réguliers, les travailleurs sans papiers contribuent par les impôts, taxes et cotisations qu’ils payent, au fonctionnement de la société.
• Le SNUI dénonce l’exploitation économique et sociale des travailleurs, qu’ils aient ou non des papiers. Installés depuis plusieurs années en France, ne rechignant pas à exercer les métiers les plus pénibles, des immigrés participent au développement de notre pays. Ils participent à la vie sociale de leur quartier, de leur ville, ils sont intégrés, leurs enfants sont scolarisés, ils ont droit à considération.
Aujourd’hui, licencier ces travailleurs et les expulser de France pour les remplacer par des ressortissants européens, régularisés pour l’occasion, serait une injustice phénoménale.
Dans leur champ professionnel, les agents de la DGFiP peuvent s’impliquer dans ce juste combat.
En effet, à l’occasion de la saisie des déclarations de revenus, certains directeurs (dans les régions où les préfets reçoivent des consignes particulières de la part du ministre de l’immigration et de l’identité nationale) seront tentés de rédiger des notes de service mais le SNUI appelle ses adhérents à prévenir le Bureau National de la publication de toute instruction visant à ne pas taxer des déclarations de revenus sur la base de la présomption que le déclarant est un travailleur sans papiers qui, de par sa nationalité, ne peut pas être régularisé.
C’est le moment de rappeler que l’indépendance du droit fiscal ne doit pas jouer à sens unique.