La CFTC est, pour VISA, une organisation syndicale, qui, quelles que soient les appréciations que chacun peut avoir sur son orientation, défend des valeurs antagonistes avec l’idéologie et les projets du Front National concernant la défense des ouvriers et des salariés. Dès le 15 novembre 1940, alors que le gouvernement de Vichy, par décret, interdisait les Centrales Syndicales, Gaston Tessier, le secrétaire général de la CFTC, signait, avec la CGT, « Le Manifeste du syndicalisme libre », texte contestant la dissolution des organisations syndicales et enjoignant à continuer la lutte de manière clandestine.
Aujourd’hui, c’est la même opposition aux organisations syndicales qu’on retrouve, ripolinée sous un discours soi-disant social et revendicatif dans le programme du Front National. Quand Marine Le Pen déclare : « Je suis intimement persuadée qu’il n’y a aucune opposition entre les entrepreneurs et les salariés, et les ouvriers », cela fait échos aux temps sombres où le régime de Vichy avec sa Charte de Travail du 4 octobre 1941, décrite comme un instrument de paix et de concorde sociale par tous les régimes fasciste (Italie, Espagne, Portugal, Allemagne), a interdit les syndicats et pourchassé les syndicalistes.
Les syndicalistes ne doivent pas être dupes face à la démagogie et aux non-dits du Front National. Ce parti contient dans son ADN une véritable haine contre ceux qui défendent les salariés et prônent la solidarité. Arrivée au pouvoir, il est certain que l’extrême droite chercherait très vite à limiter les droits syndicaux et à empêcher toute forme d’action syndicale indépendante. Mais au-delà du danger mortel que représente l’extrême droite pour toutes les tendances du mouvement syndicale, c’est le projet liberticide, discriminatoire du Front National que les directions syndicales doivent combattre avec la plus extrême fermeté.
Cela passe par les prises de positions unitaires, comme celle à laquelle a participé la CFTC en signant, avec la quasi-totalité des organisations syndicales, l’appel, après les attentats du 13 novembre 2015 : « Agir contre le racisme, l’antisémitisme, les discriminations, le fondamentalisme et toutes les formes de totalitarisme » qui déclarait : « La montée des populismes, des idées d’extrême droite, de la xénophobie, des sectarismes et des fondamentalismes est une réalité extrêmement inquiétante dans toute l’Europe et notamment en France. En effet, ces dérives n’apporteront aucune solution à la grave crise financière, économique, sociale et politique que nous traversons. Bien au contraire, l’Histoire nous enseigne que l’exclusion, le rejet de l’autre, le repli de la France sur elle-même ou la fermeture des frontières, la désignation de boucs émissaires, la dénonciation de l’immigration comme responsables de tous les maux, sont des attitudes qui ne peuvent conduire qu’à la division, l’affrontement et l’échec ».
Mais cela passe aussi par une lutte, sans merci, contre les tentatives du Front National et de l’Extrême Droite, à l’intérieur de chaque syndicat, de diffuser son idéologie nauséabonde et ses projets réactionnaires, discriminatoires et antisociaux.
Concernant cette question, depuis plusieurs années, VISA s’interroge sur la réelle volonté, de la direction de la CFTC, de mener le combat contre les infiltrations, au sein de son organisation syndicale, de militants d’extrême droite et contre ceux qui, quelles que soient leurs responsabilités syndicales affichent, par leur action ou leurs déclarations sur des questions sociétales, leurs convergences avec l’extrême droite.
Suite à la participation et à la prise de parole de Bernard Thouvenel, Vice Président Confédéral de la CFTC, le 16 octobre 2016, à la Manif pour Tous, nous faisions parvenir, à la veille du Conseil Confédéral du 15 décembre 2016, un courrier aux dirigeants nationaux de la CFTC. Dans ce courrier, après avoir exprimé notre condamnation du positionnement complice vis-à-vis de l’Extrême Droite intégriste de ce dirigeant de la CFTC, nous écrivions : « Le danger mortel que représentent l’extrême droite et le Front national pour le syndicalisme, nécessite la plus extrême vigilance des organisations syndicales. Pour notre part, nous pensons que la CFTC doit, tout comme la FSU, la CGT, la CFDT, Solidaire et l’UNSA, prendre les mesures nécessaires chaque fois qu’un adhérent, un militant, et à fortiori un dirigeant de son organisation affiche son accord, son adhésion au sein d’une organisation d’extrême droite ou du Front national. ».
Nous avons par la suite appris, à la lecture d’un article du Blog social du Journal Le Monde que lors de ce Conseil National, la CFTC allait se doter d’une Charte Ethique. Cette décision a été votée à l’unanimité des 45 membres de direction de la CFTC, y compris par monsieur Thouvenel (?). Dans cette charte est affirmé : « que la CFTC se réclame et s’inspire dans son action des principes de la morale sociale chrétienne. Des principes qui visent le triomphe d’un idéal de paix en faisant prévaloir l’esprit de fraternité et les exigences de la justice. Cette ambition, les revendications qui en découlent ainsi que les moyens de leur concrétisation se déterminent en toute indépendance des groupements extérieurs politiques ou religieux » et « toute prise de parole d’un dirigeant CFTC, quand bien même elle s’afficherait « privée », engage inévitablement la CFTC, il est attendu d’un dirigeant confédéral qu’il suspende momentanément, le temps de son mandat, toutes formes de contributions actives et à titre privé, à des organismes d’envergure nationale ou internationale et/ou dont les missions et domaines d’intervention recoupent ou interfèrent avec ceux de la CFTC », enfin « Que la CFTC ne saurait toutefois accepter l’adhésion ou le soutien à des organismes dont l’action conduit directement ou indirectement à favoriser les systèmes totalitaires ou xénophobes et racistes »
Si la troisième partie citée nous paraît aller dans la bonne direction, demander précédemment à un dirigeant « le temps de son mandat de suspendre toutes formes de contributions actives et à titre privé » au sein d’organisations ou de mouvement extérieur à la CFTC est une façon de ne pas se questionner sur le fait que Monsieur Thouvenel, puisse être à la fois vice président de la CFTC et se retrouver, à l’issue d’une manifestation à laquelle participaient des mouvements d’extrême droite, à la même tribune que Marion Maréchal-Le Pen. C’est avec cette ambiguïté que la CFTC doit rompre, alors que depuis plusieurs années, l’extrême droite infiltre la CFTC sans que sa direction prenne les décisions qui s’imposent.
Pour VISA, lutter contre les idées d’extrême droite nécessite de la part des organisations syndicales, au-delà des déclarations, une lutte sans merci contre les militants déclarés ou repérés en leurs seins et (ou) ceux qui défendent une idéologie d’extrême droite. Cela nécessite, chaque fois qu’un militant du FN est identifié, d’autant plus s’il a des responsabilités syndicales, d’entamer une procédure d’exclusion de manière publique. Cette attitude intransigeante empêcherait, que, régulièrement, la direction de la CFTC se trouve dans l’obligation de « faire le ménage » et de dissoudre des syndicats totalement phagocytés par le FN et l’Extrême Droite. La décision du bureau confédéral, fin janvier 2017 de «ne pas continuer la collaboration avec la FPIP – Fédération Professionnelle Indépendante – » qui avait signé, en janvier 2016 une » convention d’association » avec la Fédération des fonctionnaires et des agents de l’Etat FAE-CFTC, » arguant qu’ «on ne peut pas accepter qu’une organisation associée à la CFTC défende des valeurs contraires aux nôtres » en est un exemple récent.
Ce n’est pas la première fois que la CFTC doit condamner les dérives fascisantes d’un syndicat policier affilié ou associé à la CFTC. Déjà en 2006, les dirigeants de la CFTC Police avaient dû être suspendus par la direction confédérale de la CFTC. La direction de la CFTC doit s’interroger sur le fait que l’extrême droite et le Front National ciblent particulièrement leur syndicat dans leur entreprise de noyautage du syndicalisme. Nous pensons, pour notre part que le silence qui a prévalu et prévaut toujours concernant Thierry Gourlot, conseiller municipal à Metz, qui se présente comme militant syndical et ancien délégué du personnel pour la CFTC Cheminot sur le son blog municipal, est significatif d’une certaine politique de l’autruche.
Thierry Gourlot qui est aussi co-fondateur avec Louis Aliot du Cercle National des Travailleurs Syndiqués (CNDTS), petite machine de guerre antisyndicale censée servir de réceptacle à des syndiqués « victimes » de la « chasse aux sorcières » des confédérations. Il peut toujours, sans réaction à notre connaissance de la CFTC, continuer à se prévaloir de son statut de militant syndicaliste. Le 4 février 2017, le Parisien Libéré diffusait l’information suivante : « En voyant la vidéo de l’expulsion de journalistes de l’émission « Quotidien » de Yann Barthès (TMC) du salon des entrepreneurs, mercredi, alors qu’ils tentaient d’interviewer Marine Le Pen, des convoyeurs de fonds d’Aubervilliers ont manqué de s’étrangler. « C’est un représentant syndical de chez nous ! » réagissent plusieurs employés. Ils ne parlent pas des deux agents de sécurité qui ont sorti sans ménagement l’équipe télé, mais d’un homme aux cheveux ras, porte-cartes rouge autour du cou. Quelques instants plus tôt, ce dernier semble donner l’ordre aux vigiles d’expulser les journalistes. Pour eux, il s’agit de Serge P., 50 ans, représentant syndical CFTC au sein de Loomis. Sollicité à trois reprises par notre journal, l’intéressé n’a pas donné suite. ». (http://www.leparisien.fr). Que compte faire la direction de la CFTC pour vérifier ces derniers faits et prendre les mesures qui s’imposent ?
Au delà des positions de chaque organisation syndicale concernant les luttes syndicales et les revendications, l’objectif de VISA est qu’elles rejoignent le combat de VISA contre le FN et l’Extrême Droite en adhérant à notre association et/ou en dénonçant dans leur presse syndicale, leurs congrès, auprès de leurs adhérents et militants, le programme du FN et de l’Extrême Droite. VISA demande à toutes les directions syndicales, quelles qu’elles soient, d’exclure les adhérents, mais surtout les syndicalistes ayant des mandats syndicaux qui s’affichent militants du FN et/ou d’extrême droite et développent les arguments, l’idéologie et le programme de ces organisations d’extrême droite. Pour cela, VISA s’efforce, à chaque fois qu’elle est informée d’une infiltration de l’extrême droite dans une structure syndicale, d’informer et d’interpeller par courrier le syndicat concerné en demandant qu’il enquête et réagisse de manière adéquate à cette infiltration.
VISA, sur cette base, a fait et fait cette démarche auprès de toutes les organisations syndicales. La position de VISA est de continuer à interpeller ces directions syndicales dans le but d’aider et de soutenir tout adhérent/militant/dirigeant, qui, comprenant que le FN et l’Extrême Droite constitue un danger mortel pour le syndicalisme, mène un combat sans merci contre les idées d’extrême droite et les pseudo syndicalistes qui les défendent. Le but de VISA est de favoriser tout ce qui peut participer à la lutte contre le possible silence, l’éventuelle inertie, au sein des organisations syndicales à l’égard de l’extrême droite.
Contre le FN et l’Extrême Droite, la direction de la CFTC, par sa signature de l’appel intersyndical, par la décision prise lors de sa réunion nationale le 15 décembre 2016, a fait la moitié du chemin, il lui faut maintenant prendre toutes ses responsabilités et radier de ses sections et fédérations ceux qui veulent instrumentaliser leur pseudo-syndicalisme au service du projet politique de l’extrême droite et du FN.
VISA