Depuis 1996, VISA regroupe des militant-e-s de la FSU, de la CGT, de la CFDT, de SOLIDAIRES, du Syndicat de la Magistrature, de la CNT et de l’UNEF qui, recensent, analysent, dénoncent, les incursions de l’extrême droite et plus particulièrement du Front national sur le terrain social. Par différentes actions (relais sur notre site de déclarations syndicales, formations, brochures, articles, intervention dans des instances syndicales), nous voulons être un outil d’information et de réflexion pour toutes les forces syndicales qui le souhaitent afin de lutter collectivement contre l’implantation et l’audience de l’extrême droite dans le monde du travail.
Tout d’abord, nous voulons dire que nous nous réjouissons de cette journée et de la campagne unitaire qui s’annonce, et nous remercions les organisateurs de leur invitation.Les discussions en atelier qui démarreront tout à l’heure sont importantes car elles nous permettront, nous l’espérons, de continuer à élaborer concrètement les réponses syndicales face à la montée du FN et de l’extrême droite en général. Car il n’y a pas que le FN : Dieudonné et Soral, les réactionnaires, les intégristes et les identitaires finissent de compléter le tableau. Dès 2011, après l’apparition aux élections cantonales, des candidats FN syndiqués dans nos organisations, la réaction a été unitaire avec la déclaration commune du 17 mars 2011.
Mais il nous faut continuer à travailler sur le long terme ! Evidemment, pour nous, syndicalistes, la riposte syndicale à l’extrême droite se mène dans les boites ou les administrations, au plus près des salariés. Le débat collectif, dans le syndicat, et avec les salariés reste une nécessité : on sera certainement tous et toutes convaincues ici que parler des idées du FN et de l’extrême droite, convaincre de leur dangerosité, est une absolue nécessité. Et qu’au contraire, la politique du silence ne sert à rien. Le débat, les arguments, les explications prennent du temps mais sont aujourd’huiindispensablespour faire reculer les idées d’extrême droite. Nous n’avons aucune recette en la matière : nous sommes cependant persuadés que la provocation de ces débats, les discussions, l’expression syndicale en général sont l’unique façon de convaincre les salarié-e-s. Mieux qu’une vidéo sur internet, mieux qu’une émission de télé.
Evidemment, dans ces discussions, il n’est pas possible de s’adresser de la même manière à un militant d’extrême droite encarté et à un simple électeur potentiel. Pour les militants FN ou d’extrême droite, il est évidemment clair pour notre association que l’exclusion du syndicat, s’ils en sont membres, est la seule possibilité. La publicité de cette décision et son explication clarifie les positions publiques du syndicat.
Les expressions régulières contre le FN et l’extrême droite sont multiples. Pour ce qui nous concerne, nous, syndicalistes, elles sont d’abord en lien avec notre champ professionnel. Le travail de certains syndicats, dans les services publics, l’éducation, la fiscalité (les articles, déclarations publiques, textes de congrès..) sont des ressources : d’une part, car il permet à leurs militants de travailler leurs argumentaires syndicaux face à l’extrême droite. Mais aussi car ce décorticage est fait par celles et ceux qui connaissent le mieux le boulot, son organisation, les difficultés du secteur. Deux exemples : le tract cgt services publics sur les dégâts de la politique du fn pour les territoriaux ; la réponse de Solidaires Finances Publique à la « lettre aux fonctionnaires » du fn. Ces expressions régulières contre le FN et l’extrême droite peuvent aussi se faire sur des points particuliers, en réaction à un événement particulier(2002, affaires de syndicalistes débauchés par le FN) Elles peuvent aussi se décliner par la mise en avant de luttes concrètes, expression de solidarité, qui ont permis de dénoncer des situations d’inégalité au travail ayant des répercussions sur la vie des salariés. Certaines ont été abordées dans les ateliers de ce matin :
les luttes de travailleurs sans papiers qui ont permis la démonstration publique de la réalité de leurs cotisations sociales et du paiement de leurs impôts. alors même que les lois sur l’immigration les placent dans une situation d’exploités dans les entreprises et que l’extrême droite fait son miel en affirmant que ce sont eux qui sont responsables de la crise et que ce sont des fraudeurs. Seule leur lutte a permis de mettre en avant une partie de la réalité devant les discours xénophobes et la honteuse « préférence nationale »
les luttes de chômeurs démontrent qu’ils ne sont justement pas des chômeurs volontairesou des fraudeurs, mais des privés d’emplois, et qu’ils ont à ce titre des droits. Alors même que l’extrême droite tente de gagner leur confiance en discourant sur la préférence nationale et en faisant mine de s’apitoyer sur leur sort, et que, dans le même temps, un de leurs députés porte à l’assemblée un projet de loi visant à restreindre leurs droits
les luttes des femmes pour leur droit à disposer de leur corps, alors que l’extrême droite et la droite manifestaientle 16 janvier dernier, en nombre pour la première fois depuis des lustres, contre le droit à l’IVG
Certaines luttes concrètes ont fait reculer concrètement les idées d’extrême droite, ont permis de gagner quelques batailles politiques face à ce qui apparaît un rouleau compresseur. Rappelons la pertinence du slogan de l’association ras l’front, dont notre association est issue : Ce slogan, « leurs avancées sont faites de nos reculs » n’a pas perdu de son sens.
Sur le fond, aussi, car il faut sans cesser argumenter et convaincre, la riposte syndicale passe par la formation des militants et adhérents : diffusion des argumentaires syndicaux, formation syndicale, sur des points particulier du programme du FN, sur des thématiques en lien avec le champ professionnel, ou encore, comme par exemple celle retenue dans un atelier ce matin, sur le thème des villes occupées par l’extrême droite. Pour bien se souvenir des politiques mises en œuvre, de leurs conséquences sur les services publics municipaux et sur les agents qui les font fonctionner. Ces formations peuvent être intersyndicales, comme nous avons eu le plaisir d’en animer dans certaines régions.
N’oublions pas dans nos discussions en atelier que notre lutte ne saurait s’arrêter entre deux élections : l’objectif du FN est l’élection présidentielle de 2017, et il se sert des municipales et des européennes comme rampe de lancement. Nous sommes de nouveau au pied du mur et aussi face àdes politiques de destruction d’acquis et d’austérité menées par le gouvernement.
Sachons démontrer aux salariés que l’extrême droite ne leur permettra jamais ni de gagner des droits, ni de les défendre. Elle détruira ceux qui nous restent encore.