Intervention de VISA Congrès de Solidaires Finances Publiques 14 juin 2016

VISA (Vigilance et initiatives Syndicales Antifascistes) est un réseau de syndicalistes qui regroupe des militants et des sections syndicales (et des organisations nationales) de la CGT, CNT, CFDT, FSU et Solidaires et qui depuis 1996, date de sa création, lutte contre l’incursion du FN et de l’extrême droite sur le terrain social et dans le monde syndical. 

Nous tenons ici à saluer le syndicat Solidaires Finances publiques qui fait partie des tout premiers syndicats à avoir participer à la création de VISA, et qui nous héberge et nous accompagne depuis 20 ans !

 

Les initiatives et les actions

 

L’objectif de VISA est de fournir aux syndicalistes des outils et des arguments pour briser et déconstruire le pseudo-discours social du FN, mais aussi pour éviter la propagation de ses idées au sein même des organisations syndicales. 

 

Cela passe par  :

– Informer: décortiquer les propositions dites sociales du FN et dénoncer la démagogie sociale.

 

– Elaborer des outils adaptés aux syndicalistes (brochures, argumentaires, proposer des  formations aux équipes syndicales)

 

– Dénoncer toutes les discriminations racistes, sexistes et homophobes dans ou en dehors des entreprises.

 

– Relayer, participer ou impulser des initiatives les plus unitaires possibles contre l’extrême-droite

 

Des principes de bases essentiels

 

VISA repose sur des analyses et des principes de base militants solides et clairs qui peuvent se résumer en 4 points:

 

1. Le FN est un parti fasciste. Pas seulement un parti populiste mais il a sa propre forme de fascisme, peu importe son discours, ses propositions, son but c’est de prendre le pouvoir et d’instaurer un Etat autoritaire. Les questions programmatiques sont pour le FN secondaires. 

 

2. Il faut combattre toutes les idées et tous les discours aux tournures fascisantes, quelques soient celles et ceux qui les expriment. Dénoncer tout discours raciste, sexiste et homophobe.

 

3. Limiter les prises de positions à certains aspects essentiels (pas de consignes de votes évidemment). On essaye pas non plus de trancher sur certains positions qui ne font pas consensus ou qui peuvent être trop clivantes.

Ex: la question de l’euro et de l’UE. 

Ex: On peut aussi prendre la question de la laïcité (en particulier dans l’éducation). 

 

4. L’unité est un principe essentiel. L’unité passe par la réunion de toutes les forces progressistes désireuses de combattre le fascisme, car les fascistes, eux, ne feront pas de détails.

 

L’intervention du FN sur le terrain social

 

Depuis quelques années, le FN revient sur le devant de la scène médiatique à travers son changement de présidence et opte pour une stratégie de gouvernement et de prise de pouvoir. Pour cela il brouille les lignes et avance masqué derrière une vitrine dite « sociale ».

Le monde du travail est clairement devenue une cible privilégiée. Les fonctionnaires sont eux aussi devenus une cible privilégiée. Le FN se présente comme le seul défenseur des « petits » contre les « gros ». Cette tentative n’est pas nouvelle, mais aujourd’hui ces discours portent, se banalisent et sont de plus en plus repris par les salariés. 

 

N’oublions pas que dans l’Histoire, le fascisme s’est toujours illustré par un opportunisme programmatique. Lorsqu’il entre dans une phase de conquête du pouvoir, il avance toujours masqué et tente de se faire l’allié des travailleurs. Les fascistes et Mussolini ont par exemple élaboré un programme destiné à conquérir les larges masses, en 1919, seulement 3 ans avant leur prise de pouvoir. Dans ce programme on ne trouvait rien de moins que «  l’extension du suffrage universel aux femmes, un salaire minimum pour les travailleurs, une assurance chômage et une assurance-maladie obligatoire, la participation des ouvriers aux bénéfices etc.  ». La suite des événements ne s’est pas exactement déroulé de cette façon  !

On peut aussi citer l’exemple du parti Nazi qui créa en 1928 et sous l’impulsion de Goebbels, le NSBO (Organisation des Cellules d’Entreprises National-Socialistes, un pseudo-syndicat) afin de s’implanter dans les entreprises. Le NSBO déclara avoir participé à 117 grèves entre avril 1932 et janvier 1933  !

 

Il n’est pas question ici de faire des raccourcis, mais de montrer que les fascistes, à travers l’histoire ont eu recours à des méthodes et des chemins tout aussi tortueux qu’opportunistes, chemins qu’empruntent aujourd’hui, en l’adaptant à la période, le FN comme d’autres organisations d’extrême droite. Le but étant de semer la confusion parmi les larges couches de la population pour en séduire une majorité et conquérir le pouvoir.

 

L’objectif de VISA est donc justement de fournir aux syndicalistes des outils et des arguments pour briser et déconstruire le pseudo-discours social du FN mais aussi pour éviter la propagation de ses idées au sein même des organisations syndicales. 

En effet, différents sondages montrent le poids du FN dans les OS. Certes ce ne sont que des sondages mais ils reflètent un état de fait bien réel  !

 

VISA se veut être un aiguillon des syndicats. Son but est donc de faire en sorte que les structures syndicales prennent à bras le corps cette question. C’est d’ailleurs pour cela que VISA privilégie les adhésions par organisation syndicale.

 

VISA est un outil de lutte antifasciste unitaire et politique

 

Certaines organisations syndicales, certains camarades estiment qu’il n’est pas forcément nécessaire de mener une lutte spécifique sur l’antifascisme. Elles font l’analyse que le fascisme se nourrit de la désespérance sociale et qu’il ne faut donc lutter que contre les injustices de ce système économique. Cette analyse est en partie vraie.

 

Il suffit d’observer la phase de lutte actuelle contre le projet de Loi Travail, où le FN n’a pas grand chose à dire, où il disparaît du paysage médiatique. En effet, la lutte sociale et politique, lorsqu’elle atteint un niveau de mobilisation tel que nous le connaissons aujourd’hui, est le meilleur des remparts contre le fascisme, c’est une évidence  !

 

Mais c’est une erreur de penser que seul ce combat contre les inégalités et pour la transformation sociale amènera à la disparition du fascisme. C’est une erreur notamment car nous ne pouvons pas prédire l’issue d’un combat, quelle que soit son ampleur. Le FN se nourrit de la désespérance sociale, mais il se nourrit aussi de nos défaites.

 

Certaines organisations syndicales considèrent le syndicalisme comme apolitique et à ce titre refusent de s’impliquer dans le combat antifasciste, parfois par crainte de s’aliéner une partie de leur auditoire, ou carrément par peur de brusquer une partie de leurs militants. Parfois même, il s’agit tout simplement d’un sentiment de désemparement face aux discours de certains collègues. 

 

Or, si le syndicalisme doit être indépendant des partis politiques, cela ne veut pas dire qu’il ne fait pas de la politique. Ses idées, ses valeurs, ses combats et les conséquences de ses combats sont politiques (au sens noble du terme). Lorsqu’on s’oppose à un projet de loi, à des conditions de travail délétères, lorsqu’on se bat pour la défense des intérêts moraux et matériels des travailleurs, lorsqu’on revendique la réduction du temps de travail hebdomadaire, on fait de la politique, dans le sens où on porte un projet de société. Qui pourrait affirmer que le mouvement actuel contre la Loi Travail n’est pas politique ?

 

Le FN et la destruction du syndicalisme  

 

Pour finir, il est important de comprendre que le FN s’inscrit dans la droite ligne des partis fascistes et nazis, dans sa haine du syndicalisme. Cette haine s’accompagne d’une volonté de transformer le syndicalisme tel que nous le connaissons, en syndicalisme corporatiste, tel qu’il fut mis en place, avec quelques différences, par Pétain avec sa Charte du Travail, Mussolini ou encore Hitler. L’objectif est toujours le même  : arriver à une société sans classe sociale, où patrons et travailleurs se retrouveraient au sein d’un même organisme avec comme intérêt commun le bon fonctionnement de l’entreprise dans l’intérêt de la nation.

 

Cette vision est écrite noir sur blanc dans leur projet  : 

«  Une grande réforme des syndicats sera mise en œuvre avec comme objectif principal d’assurer une meilleure représentation des salariés. Le monopole de représentativité institué après la Libération sera supprimé, et les modalités d’élections des représentants des salariés seront revues. Des syndicats plus représentatifs travailleront mieux à la réelle défense des intérêts des salariés  : ils seront en effet plus à même d’entrer dans des logiques de concertation constructives et moins tentés de recourir à un rapport de forces (grève, manifestation) pour pallier leur manque de légitimité.  »

 

Le FN et l’extrême droite c’est la mort du syndicalisme et de la possibilité même des travailleurs de pouvoir se défendre.

 

Il y a va de la responsabilité des syndicalistes et des syndicats de lutter contre le fascisme et d’être à l’avant-garde de cette lutte.

Cette lutte doit être unitaire et VISA a pour ambition de construire une unité au delà même de la seule question antifasciste. En se faisant rencontrer des camarades de différents syndicats, en les faisant travailler ensemble, il y a fort à parier qu’une confiance et des réflexes communs vont se mettre en place et permettront, par la suite, d’agir de façon unitaire sur des sujets sur lesquels nous étions moins enclins à nous faire confiance (VISA comme laboratoire de l’unité syndicale). 

 

Voilà tout le sens de VISA, et de ses autres déclinaisons départementales. 

 

Nous appelons donc les structures syndicales à prendre à bras le corps cette question, en formant ses militant-e-s, en faisant appel à VISA pour organiser des formations, et pourquoi pas à créer des antennes départementales de VISA, prioritairement dans les localités les plus touchées par la montée de l’extrême droite. 

 

Solidaires Finances Publiques, comme il le fait depuis 20 ans, a un rôle majeur à jouer dans cette bataille.

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