
Un département français, la Guadeloupe, est paralysé par une grève générale depuis le 20 janvier. Cette grève est totale et bloque toute l’île. Ce mouvement social – d’une ampleur jamais égalée dans l’histoire de notre île – mobilise un collectif de quarante-neuf syndicats, partis politiques, associations d’horizons divers. Le 26 janvier, une manifestation a réuni 25 000 personnes dans les rues de Pointe-à-Pitre. Les stations-service sont fermées depuis le 19 janvier, suivies le lendemain par tous les établissements scolaires, les commerces, les entreprises, les administrations. Pour le moment, le collectif réussit à canaliser les manifestations, mais des «électrons libres» ont déjà brûlé des voitures. Des barrages sont érigés sur les routes. Le préfet a fait venir des renforts importants de forces de l’ordre.
Plusieurs citoyens ont, dès le 20 janvier, alerté les médias de métropole : le Monde, Libération, le Nouvel Observateur, Rue 89. Ceux-ci ont rempli leur rôle en donnant l’information. Par contre, les télévisions sont restées mystérieusement muettes. Nous estimons que ce silence relève d’une discrimination de nature coloniale. En effet, imaginons qu’un quelconque département français, de la Lozère au Pas-de-Calais, connaisse un mouvement social de cette ampleur, les télévisions appliqueraient-elles la même loi du silence ? Il faut que vous sachiez que la population guadeloupéenne est très choquée, humiliée, par cette forme de néantisation. De même, les commentaires des lecteurs métropolitains sur les journaux en ligne expriment un profond étonnement, si ce n’est une colère. Faut-il que des morts viennent entacher ce mouvement populaire pour que les médias daignent traiter l’information ?
D’aucuns en arrivent à penser que ce silence, ce bâillonnement de la presse télévisée est ordonné par le gouvernement. D’autres en viennent à dire que ce silence pourrait préparer une répression sanglante comme celle du mois de mai 1967, qui s’était soldée par une centaine de morts tués par les forces de l’ordre dans le silence total en «métropole». Ce silence de la presse télévisée rappelle donc à plus d’un les plus belles heures de l’histoire coloniale de la Guadeloupe.
En conséquence, nous demandons au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) d’user de son autorité pour mettre un terme au black-out télévisé sur les événements de Guadeloupe. Evénements, nous insistons, d’une ampleur considérable, historiques. Au nom de la liberté totale d’information à laquelle le peuple français et antillais a droit.
Lettre de Max Céleste membre du Collectif de syndicats et d’associations LKP.