VISA s’alarme de la situation de la Grèce.
Le pays est exsangue par la succession de plans d’austérité, auxquels s’ajoutent des réformes d’inspiration libérale visant à casser le peu de droits sociaux restants dans le pays.
Le combat des salarié-e-s de Grèce, nationaux ou étranger-e-s, et les actions concrètes menées par leurs syndicats, dans la rue, dans les urnes ou devant les tribunaux, contre les mesures d’austérité et la dette illégitime qui écrasent le pays, ne sont pas la préoccupation de l’extrême droite.
À l’instar de l’Aube Dorée, force politique dangereusement montante, celle-ci surfe sur les instincts xénophobes et une dénonciation strictement nationaliste des mesures d’austérité, sans proposer aux habitants de Grèce d’autres perspectives que la violence et un projet politique réactionnaire et xénophobe.
Crée dans les années quatre-vingt, sur la base d’une revue éponyme, L’Aube Dorée est inspirée par les doctrines nationales-socialistes.
Devenu parti politique en 1992, elle développe sa vision nationaliste de la Grèce et des positions radicalement anti-immigrés (plutôt Albanais dans cette période). Elle crée la surprise en 2010 aux élections municipales d’Athènes où elle obtient 5,3 % des suffrages. Cette formation a connu une progression fulgurante. Elle était créditée, il y a un an, de 0,29 % des intentions de vote.
En mai et juin dernier, lors des élections parlementaires, elle a obtenu presque 7 % des suffrages et envoie donc des députés au Parlement.
Les sondages les plus récents la donnent à 15 % des intentions de vote.
La popularité de l’Aube dorée s’est construite sur la crise économique et sociale produites par les politiques d’austérité. Son action militante relève de l’activisme classique de l’extrême droite : cocktail de violence envers les boucs émissaires et d’actions dites sociales dans les quartiers, accompagné d’une rhétorique nationaliste, xénophobe et traditionaliste.
En premier lieu, le parti est à l’image d’une certaine extrême droite européenne. Ses critiques les plus véhémentes se portent sur l’Union Européenne. Pour l’Aube Dorée, une sortie de l’euro s’impose. Elle porte parallèlement une vision nationaliste et protectionniste au niveau économique.
Mais, cette vision s’accompagne d’une fraternisation avec les états nations « purs » : à ce titre le député Stathis Boucouras a déclaré : « Nous devons avoir une Europe des nations avec l’Allemagne aux Allemands, la France aux Français etc. Il n’y a pas de place pour d’autres peuples en Europe ».
Ensuite, l’Aube Dorée se pose en défenseur actif du peuple grec. Ce « défenseur courageux » s’est illustré par de nombreuses attaques sur les étrangers ou assimilés comme tels.
Ceux-ci sont, selon eux, les principaux responsables de la criminalité en Grèce, et de la montée du chômage. Pour cela, l’Aube Dorée a créé des « brigades spéciales » patrouillant dans les villes et les quartiers.
Ils se disent être des supplétifs de la police : la presse a relayé de nombreuses images montrant des personnes âgées accompagnées à la banque, sur leur demande, par des membres d’Aube Dorée. Ces derniers, accompagnés par des députés du parti dans une grande opération de communication, se sont rendus sur le marché d’une ville balnéaire, contrôlant au faciès les étrangers et détruisant leurs étalages, du fait d’affaires supposées de contrebande et de concurrence déloyale avec les marchands grecs.
Plusieurs témoignages concordants, dans toute la Grèce, permettent de dire que ce rôle de supplétif est encouragé par certains membres des forces de polices : ceux-ci auraient conseillé aux victimes de certaines affaires de faire appel aux milices d’Aube Dorée. Certains témoignages anonymes de policiers grecs, et les actions des membres d’Aube Dorée alliées aux forces de police pour réprimer certaines manifestations d’étudiants, finissent de convaincre des complicités à l’intérieur même du corps policier.
Une frange de la population grecque semble se satisfaire de ces vengeurs : Mais, la justice expéditive à la sauce Aube Dorée, basée non pas sur l’enquête et la recherche des délinquants mais sur la simple dénonciation, laisse la porte ouverte à la répression de personnes, pour le simple motif d’avoir un faciès inadéquat ou des idées contraires aux leurs.
Au-delà de la police, l’Aube Dorée prétend remplacer l’État sur le volet social. Il organise des distributions de vêtements et de vivres, des soins et ouvre même une agence de recherche d’emploi. Ces « prestations » sont évidemment réservées aux Grecs.
Pour organiser ce volet social, l’extrême droite grecque reprend une vieille recette : la charité, à laquelle elle rajoute la condition ethnique.
Cette charité, par définition, n’est pas créatrice de droits et ne vise pas à prendre des mesures de justice sociale et à s’attaquer aux responsables réels de la crise.
Elle sert simplement à calmer le bon peuple, le détourner, vers des bases ethniques et politiques, des injustices sociales et des responsables réels de la crise.
Aube Dorée n’a jamais cherché à redistribuer les richesses des catégories les plus aisées industriels, banquiers, armateurs, qui continuent à profiter de la crise.
Sur le plan politique, l’Aube Dorée utilise aussi toute la palette de la violence de l’extrême droite. Les opposants à ses idées, et en premier lieu les militants de gauche, font les frais de leur violence.
À la télévision grecque, en juin dernier, le chef de file de ce parti, devenu par la suite député, Ilias Kasidiaris gifle puis frappe Liana Kanelli, une députée communiste, avant de quitter le plateau.
En décembre 2012, c’est Dimitris Stratoulis, syndicaliste et député du parti de gauche Syriza, qui est roué de coups par un groupe de sympathisants du parti néonazi Aube dorée, en marge d’un match de football.
La vision « sociale » et charitable de l’Aube dorée est aussi eugéniste. Le programme de l’organisation prévoit « l’élimination des handicapés physiques, des malades mentaux, des toxicomanes et des alcooliques incurables et des porteurs de gènes viciés ».
Les homosexuels, victimes récemment d’attaques par les milices du parti, sont aussi les victimes du projet réactionnaire de l’Aube Dorée.
Au-delà, cette formation s’allie régulièrement avec des partis d’extrême droite religieuse d’inspiration orthodoxe et empêche, par des actions physiques, la production de pièces de théâtre jugées blasphématoires. Cependant, aucun observateur n’a vu ou entendu de dénonciation ou d’attaque de l’Aube Dorée contre les biens et avantages de l’Église orthodoxe…
VISA affirme sa solidarité à la fois avec le peuple grec, victime des politiques d’austérité, et avec les militants antifascistes et toutes les victimes de l’Aube Dorée.
Ce parti, comme tout parti d’extrême droite, n’est pas une solution aux problèmes et ne vise qu’à détourner les habitants de la Grèce vers de fausses solutions. Celles-ci, profondément réactionnaires et xénophobes, ne résoudront en aucune façon ni la dette, ni les mesures d’austérité, ni les injustices sociales.
Seul le combat du peuple Grec lui permettra d’obtenir des droits et un système politique libéré de la corruption et des vrais responsables et des bénéficiaires de la crise.
Ce combat ne peut être que collectif et organisé par les forces vives du mouvement ouvrier (syndicats, partis, associations de quartier, de locataires, mutuelles de secours, bourses du travail.).
Il doit être mené aussi dans l’unité contre un parti néonazi qui attaque les militants syndicaux et politiques de gauche, place la charité comme supérieure aux droits, n’apporte aucune solution concrète à la crise et désigne des boucs émissaires pour mieux protéger le système et ses bénéficiaires. Dans toute l’Europe les militants antifascistes doivent exprimer leur solidarité avec ce combat qui est aussi le nôtre. VISA y prendra sa part.
V.I.S.A.