VISA considère comme une victoire l’annulation du vol charter du 6 octobre mais appelle surtout à rester particulièrement mobilisé sur cette question. En effet, l’extrême brutalité dont fait preuve le gouvernement envers les sans papiers ne va pas cesser du jour au lendemain et de nouvelles tentatives d’expulsions massives par charter auront sûrement lieu dans les prochains jours. Forts d’un appui populaire évident et grâce à la mobilisation de plusieurs dizaines de militants et d’associations, nous pouvons encore mettre en échec la politique odieuse orchestrée par MM Sarkozy, Besson, Hortefeux et leurs collaborateurs.
Retour sur l’annulation de l’expulsion du 6 octobre, interview au Post.fr de Claire Rodier, membre du Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés), qui pense que l’argument avancé par Éric Besson pour expliquer l’annulation de ce vol est « réchauffé« .
– Éric Besson dit qu’un souci diplomatique avec l’Azerbaïdjan a compliqué l’organisation de ce vol. Quand pensez-vous ?
« C’est un argument réchauffé puisqu’en novembre 2008, quand le gouvernement français avait dû annuler une opération similaire à la dernière minute, Éric Besson avait déjà utilisé cet argument. Il disait que la France n’avait pas passé d’accord avec l’Azerbaïdjan pour faire atterir des avions. »
– Pensez-vous que le ministre de l’Immigration a plié sous la pression médiatique, et grâce à l’action des associations ?
« Oui, il est clair qu’Éric Besson a plié sous la pression des associations. Mais d’autres facteurs peuvent également expliquer ce recul, notamment le fait que le parlement européen a été saisi. Par ailleurs, ces expulsions par ‘vol groupé’ sont assez compliquées à organiser sur le plan matériel. »
« Surtout, le gouvernement a dû avoir du mal à réunir assez de clandestins afghans pour remplir l’avion. En effet, en France, il est difficile d’expulser des gens qui seraient en danger s’ils revenaient dans leur pays d’origine. On ne peut que s’en féliciter… C’est difficile à cause de la jurisprudence des tribunaux français. Pour chaque personne susceptible d’être expulsée, les tribunaux vérifient si cette personne ne risque rien en retournant dans son pays. »
« Quelques chiffres suffisent à illustrer cette jurisprudence des tribunaux français. Sur les 276 personnes arrêtées au moment de la fermeture de la ‘jungle’ de Calais, 140 ont été placées en centre de rétention. Le gouvernement projetait de les expulser. Une semaine après, 132 personnes ont été remises en liberté par les tribunaux. Sur les 8 sans-papiers qu’il restait, 7 ont été libérés hier grâce à la cour européenne des droits de l’Homme, qui a demandé à la France de suspendre la décision d’éloignement. Résultat : il ne reste plus qu’une personne en centre de rétention. Les autres sont dans la nature. »
– Pourquoi le gouvernement a-t-il voulu fermer la jungle de Calais, alors ?
« Pour envoyer un message aux Afghans qui auraient envie de stationner en France, avant de passer en Angleterre. L’objectif du gouvernement, c’est de dissuader les candidats à l’exil de venir en France. »