Emploi, salaires, temps de travail : les vieilles recettes antisociales du FN

  
J.M. Le Pen, dans son discours inaugural de la nouvelle mandature de la région PACA, le 26 mars 2010, revenait sur l’aspect « grandeur et décadence » : « Au niveau économique : L’abandon des contrôles humains, financiers et commerciaux dans une Europe sans frontières, entraînant la ruine de l’industrie et de l’agriculture. Au niveau social, en conséquence, et aggravés par la crise, un chômage structurel, provoqué par les fermetures et les délocalisations d’entreprises ruinées par la concurrence sauvage des pays du Tiers-Monde. »

Le FN et l’emploi : l’impasse du protectionnisme

Les principaux arguments du FN sont devenus une petite musique bien connue :
Le « mondialisme », incarné par l’économie globalisée et les politiques de l’Union Européenne, rend la France dépendante des politiques européennes et du FMI. Le FN préconise un retour au protectionnisme, la sortie du FMI, de l’euro, le rétablissement de droits de douanes forts.
La réponse frontiste est imprégnée d’une conception nationaliste et identitaire, rendant l’extérieur auteur de tous les maux d’une patrie à sauver.
Syndicalistes, nous luttons a contrario contre les ravages d’une politique néolibérale : appauvrissement et développement « encadré » par le FMI et les « grandes puissances » pour les pays du Sud, politiques de réduction des déficits des Etats, de réduction des coûts en terme de masse salariale (tant dans les entreprises privées que dans les entreprises et la fonction publiques) et leurs cohorte de casse des acquis sociaux, les licenciements en masse, la précarité…

Une politique protectionniste,  n’est pas une solution car elle ne règle pas les problèmes sociaux au fond. Face à la globalisation de l’économie, le protectionnisme entraine un pays vers un repli : l’augmentation des droits de douanes n’empêcherait aucune entreprise de délocaliser et favoriserait l’inflation, donc la paupérisation. De plus, cela impliquerait des mesures de rétorsion de la part des autres pays, et par conséquent une guerre économique mondiale.
La sortie du FMI n’empêcherait pas le FN, s’il était au pouvoir, de pratiquer une réduction des budgets de l’Etat, entrainant de fait des suppressions d’emplois publics, dégradant les conditions de travail et de vie des salariés du public, mais également du reste de la population du fait de la raréfaction et de l’éloignement de l’ensemble des services et administrations des lieux de résidence. En outre, un programme protectionniste n’empêcherait nullement de réduire les services publics au minimum, renvoyant l’Etat à de simples prérogatives « régaliennes » (police, justice, défense) et aux collectivités locales, voire aux associations, le soin d’assurer la « couverture sociale ».
Enfin, une politique protectionniste ne règlerait aucunement les problèmes des contrats précaires et des droits sociaux (protection sociale : assurance maladie, assurance chômage, revenu minimal…).
 
Les immigrés ne sont pas responsables de la crise

Combinée à ce protectionnisme, la préférence nationale est l’argument principal du Front National envers les travailleurs. Inlassablement répétée, la préférence nationale à l’emploi, au logement et aux prestations sociales est sensée être la solution-miracle aux problèmes de logement, d’emploi, de précarité. Pour le FN, les immigrés ne sont pas des salariés ayant les mêmes droits dans l’entreprise ou au regard de la protection sociale : le fait même de leur nationalité leur est opposée. Ce serait donc un coût, un poids pour les nationaux. Pire encore, ils seraient innombrables, inassimilables.
Si le FN n’a pour argument que leur nationalité, c’est en raison de la vieille conception nationaliste et ethniciste: on se rappellera, durant les régionales 2010, de la campagne menée par les troupes frontistes sur l’interdiction des minarets, ou bien les multiples déclarations publiques, depuis 20 ans, de J.M. Le Pen, sur la prétendue « invasion étrangère ». L’argument, notamment en période de crise, peut faire mouche : il présente un bouc émissaire, assimilé à une épine au pied de la Nation.
La vision du FN est non seulement fantasmatique mais aussi raciste.
La question de l’immigration reste l’obsession et le fond de commerce du FN. Les immigrés seraient à l’origine de tous les maux que connaissent les travailleurs français. Contre-vérités sur le coût supposé de l’immigration vont de pair avec un racisme sous-jacent contre les Français d’origine étrangère (les premiers visés étant les Maghrébins et les noirs).

En réalité, ces salariés payent des impôts, des cotisations sociales, consomment, participent à la vie de la cité. Ils sont soumis aux mêmes problèmes de précarité, de chômage, de dégradation des conditions de travail. Les récents mouvements de travailleurs sans-papiers l’ont démontré : ils travaillent ici, souvent dans les métiers les plus pénibles, assurant des fonctions réelles.
, Pour nous syndicalistes, les travailleurs sont égaux, quelle que soit leur nationalité. Aux discours racistes, nous opposons la réalité sociale : ils bossent ici, payent des impôts, participent avec nous aux luttes sociales.

Le retour au Franc, une solution ?

De manière régulière, et notamment lors de la campagne des régionales 2010, le FN a eu l’occasion de revenir sur ces deux propositions, intimement liées dans son programme : « La véritable révolution viendrait de l’arrêt du dumping social des pays où la concurrence de la main d’œuvre ruine des pans entiers de nos industries. Elle viendrait du rétablissement de nos frontières qui permettrait de réguler ces dumpings sociaux, économiques et environnementaux, ce qui stopperait enfin la mise au chômage de centaines de milliers de nos compatriotes. La révolution viendrait de la fin de l’immigration massive qui pèse à la baisse sur les salaires des travailleurs Français au seul profit des grands patrons-voyous… ».

Ainsi, le F.N. lie les deux « maux », revenant au protectionnisme économique et aux frontières-barricades physiques ; il préconise aussi régulièrement le retour au Franc comme solution à la crise.
La sortie de la zone Euro aurait des conséquences dramatiques au vu de l’imbrication de la France dans cette zone. Si le FN appliquait une politique de retour au franc, outre les rétorsions économiques, lors d’une crise financière majeure comme celle des subprimes qui peut toujours se reproduire, la spéculation sur les monnaies, et le franc en particulier, irait bon train, entrainant des dévaluations de monnaies en chaine… Et à terme une paupérisation… Ainsi, la volonté obstinée du FN de sortir de la zone euro,  est une fausse bonne idée.

  « Libérer le travail »

Ces deux mesures sont les arguments préférés du FN aux portes des entreprises. Mais, concernant l’emploi, il développe peu les propositions indiquées dans son programme, plus libéral et certainement moins populaire.
La ligne directrice, parallèlement au protectionnisme et à la préférence nationale, est de « libérer le travail ».
Le FN retrouve ici une vision plus « libérale » : l’Etat est accusé de « prendre à la gorge » les entreprises, et notamment les PME. Celles-ci sont, selon le FN, victimes des taxes, notamment de la TVA, de l’impôt sur les sociétés mais aussi et surtout d’une législation du travail pesante et empêchant toute souplesse.
Ce discours est mensonger car la TVA est payée uniquement par les consommateurs, l’entreprise n’étant que « collectrice » de cette taxe. De même, l’impôt sur les sociétés  est quasiment exclusivement acquitté par les  grosses entreprises, et non par les PME, ces dernières étant de plus  étranglées par les banques via des crédits rares et chers, ce que le FN, curieusement, dénonce peu.

Le FN, les salaires et le temps de travail: travailler plus pour gagner moins

Pour le FN, les 35 heures ont été une source de « désorganisation des entreprises et d’augmentation injustifiée de la masse salariale ». Dans son programme, il préconise que la durée du travail soit négociable par branche. Ainsi, la préoccupation du FN n’est pas la durée du travail des salarié-e-s, mais bien le temps  passé au service de l’entreprise, en fonction de ses « besoins » supposés.
Le Front national fait sienne la fameuse valeur du « travailler plus pour gagner plus ». Peu importe si des durées du travail importantes annihilent les possibilités de vie sociale à l’extérieur de l’entreprise. Peu importe si une durée du travail importante est source de risque accru au travail (fatigue engendrant des accidents, des maladies…).
Le Front National reprend la vieille idée libérale de la valeur travail, le gain au prix des efforts, de la sueur. L’augmentation générale des salaires, la baisse de la durée du travail pour profiter de la vie sociale, de la vie tout court, l’amélioration des conditions de travail, valeurs collectives et progressistes, sont loin d’être sa préoccupation: là encore, à la protection collective et égalitaire, il préfère le corporatisme collant aux désirs du patronat et l’individualisation des revenus, ce qui revient de fait à la loi du plus « méritant », en fait du plus fort.

Le FN et l’emploi public : diviser les salariés

Malgré les récentes affirmations publiques de la nécessité de l’aide de l’Etat aux plus pauvres (retraité-es, salarié-es, licencié-es), et la déclaration de Thierry Gourlot (tête de liste FN aux régionales en Lorraine, et militant CFTC) décrivant le service public comme une « valeur nationale », le parti frontiste n’en dénigre pas moins l’emploi public à travers son programme et nombre de ses déclarations.

Pour le FN, le service public doit être minimal : il s’agit de  maintenir les services publics « stratégiques », et touchant aux fonctions régaliennes, dans le giron de l’État. 
Le FN a multiplié ces derniers temps les appels du pied aux policiers, justifiant leur embauche et leurs augmentations de salaires. Pour les autres fonctionnaires, c’est économies, et réduction drastique des emplois publics. En effet, les fonctions régaliennes décrites par le Front National seraient principalement les activités liées à la justice et à la sécurité. Les autres fonctions seraient dévolues aux collectivités territoriales, avec les disparités et inégalités régionales que l’on connait, réservant de fait aux régions « riches » la possibilité de créer ou maintenir des emplois publics, et aux régions pauvres, un service public a minima. Et ce malgré les promesses (qui n’engagent que ceux qui les reçoivent…) de réaffirmation du maintien des services publics sur la totalité des territoires.

Le programme du FN envers les fonctionnaires ou assimilés est clair:
* Assurer à terme l’égalité des travailleurs du public et du privé par la modification des statuts de la Fonction publique et l’abolition de certains privilèges, en matière principalement de protection sociale.
* Améliorer la qualité des services publics et obtenir des économies budgétaires en réorganisant la Fonction publique, par l’introduction du principe de mobilité et le non-remplacement d’une partie des départs en retraite.

Le parti frontiste, sur ce point, se place donc en chantre de l’idéologie néolibérale : les fonctionnaires sont des « nantis », leur statut « privilégié » doit être refondu. Outre cela, il préconise un dégraissage massif, comme l’a réaffirmé son Président lors du CN du 13 février 2010 : « L’État, fondateur et constructeur de la Nation française, progressivement paralysé par la masse arthritique des fonctions publiques hypertrophiées, véritables troupeaux de mammouths, n’est plus à la hauteur de sa mission. »

Au delà de cette vieille argumentation, c’est la casse généralisée des statuts et des  protections de tou-te-s les salarié-e-s, du privé comme du public : à l’amélioration des statuts et des conditions de travail de tou-te-s par le haut, il oppose le non-remplacement des fonctionnaires et pour les salarié-e-s du privé, la casse du code du travail et le renvoi vers les accords de branches et d’entreprise.

Paradoxalement, le Front National ne dit jamais comment sera assuré le service public sans ses agents, et surtout, il s’aventure rarement à décrire quels services publics seraient conservés…
Marine Le Pen a accusé Nicolas Sarkozy de vouloir « supprimer la fonction publique progressivement pour la privatiser« , et s’est dite «  favorable à l’embauche de fonctionnaires, notamment dans la police et les tribunaux. » La police et les tribunaux, voilà bien résumé ce à quoi se réduit  la fonction publique dans l’idéologie du  Front National.

V.I.S.A.