Au delà des péripéties de la lutte pour la succession de Jean Marie Le Pen à la tête du Front National et de ses déboires financiers, le parti d’extrême droite a commencé sa campagne pour les européennes de juin 2009 . Un enjeu vital pour lui : faire revenir au bercail son électorat parti en « Sarkosie » en 2007…
d’Arras à la Guadeloupe
Le discours du Chef le 15 mars dernier à la convention de préparation des européennes d’Arras est le coup d’envoi de la campagne du FN. On y trouve bien sûr les thèmes habituels :
– L’Europe mondialiste qui s’oppose à l’Europe des Nations
– L’Euro qui a appauvrit la France contrairement au Franc
– La dénonciation de la liquidation de l’industrie « française« , des paysans et des pêcheurs
– La dénonciation des » banksters » qui ont conduit à la faillite
– La dénonciation des « mondialistes de gauche et de droite«
Mais surtout le retour en force du thème de l’immigration qui serait la source de tous les maux et que Sarkozy , loin de l’endiguer … favorise !
Mais aussi , une dénonciation violente de la grève en Guadeloupe et du LKP devant laquelle l’Etat se serait couché, en favorisant ainsi la contagion à la Métropole …
La crise , Jaurès et Salengro
La crise économique se traduit par une radicalisation et une extension des conflits sociaux ; cela n’a pas échappé aux FN qui essaye de trouver un message spécifique destiné aux couches populaires qui après avoir voté Le Pen, se sont laissés séduire par le discours sarkozyste. Durant ces derniers mois , Marine Le Pen et Bruno Gollnich ont multiplié les communiqués et les tractages aux portes des usines (Renault Douai et PSA notament) pour défendre les « ouvriers français » victimes des « euromondialistes » ; la Dauphine allant jusqu’à dire que les ouvriers qui séquestraient les patrons « se trompaient de cible » et qu’ils feraient mieux de séquestrer … les députés
Dans un autre registre, la Direction du parti, par la voix de Louis Alliot puis de Marine Le Pen essaye de « récupérer » Jean Jaurès et Roger Salengro, le premier pour ses références à la « nation« , le scond pour avoir fait adopter en 1932 une loi honteuse de « préférence nationale«
Bien sûr ce qui intéresse le FN, c’est que ce sont deux figures populaires du socialisme français. Le fait que le premier fut assassiné et le deuxième poussé au suicide, après une campagne de la presse d’extrême droite, n’est pas pour lui déplaire et ajoute à la confusion volontairement entretenue par le parti frontiste .
Toutes ces gesticulations traduisent les contradictions dans lesquelles se débat le front : A quelle frange de son ex- électorat s’adresser dans cette période de résistance populaire face aux dégats de la crise du capitalisme ? Sur quoi miser ?
Les clins d’oeil à des figures historiques de la Gauche, les « conseils » aux grévistes visent à faire croire que le FN défend les couches populaires. Mais la réalité est tout autre. On la trouve dans la charge de JMLP à propos de la grève générale en Guadeloupe : Le fascisme déteste par dessus tout les grèves victorieuses qui redonnent espoir au peuple. Il montre à ces moments son vrai visage du parti de l’Ordre qui postule à devenir le dernier rempart de l’ Etat et du Patronat .
Le 7 Juin et après..
Les derniers sondages du CSA voient un certain frémissement à la hausse des intentions de vote aux Européennes pour le FN : autour de 8% ( + 1,5 ) et surtout, 18% chez les primo-votants ( 18-24ans). Il faudra vérifier dans les prochaines études si cette tendance inquiétante se confirme ; mais il est clair que, comme nous l’avions déjà affirmé dans nos précédents articles, une telle éventualité n’a rien d’impossible. Certes, la conjoncture de mobilisation sociale n’est pas favorable au Front (qui peut croire aujourd’hui que ce sont les immigrés qui sont responsables de la crise !) mais un enlisement ou une défaite des mouvements de résistance populaire pourrait accroître le fatalisme, l’amertume et la recherche de bouc-émissaire, toutes choses sur lesquelles prospère le fumier fasciste.
Le désespoir social qui touche déjà les couches les plus paupérisées, y compris chez les jeunes, peut aussi trouver un exutoire dans l’extrême droite si la crise perdure sans que des alternatives à la politique libérale de Sarkozy-Fillon s’affirment.
Nous n’en sommes pas encore là ; le dernier cortège maigrichon des frontistes le 1er mai en témoigne ; mais les années 2009 et 2010 seront décisives si nous voulons éviter un « retour du balancier » qui mettrait de nouveau le FN au coeur de la vie politique.
C’est bien ce qu’ont compris les leaders du front. Même une « petite » remontée le 7 juin serait un acquis précieux pour eux avant leur congrès de 2010 ; d’autant que deux élections municipales « porteuses » se profilent dans la foulée : à Perpignan (suite à l’invalidation du scrutin pour fraude) et peut-être à l’automne à Hénin-Beaumont ( suite à l’incarcération du maire pour corruption). Cette dernière mairie, dans une circonscription « labourée » par Marine Le Pen en 2007 et 2008, serait un tremplin de choix pour la fille du vieux Chef ..
A nous syndicalistes, militants du mouvement associatif, salariés ou simples citoyens, par nos luttes et notre vigilance, de faire mentir les derniers sondages et de renvoyer Le Pen et ses affidés dans la grande poubelle de l’Histoire, couvercle bien fermé .
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