Alter sommet d’Athènes : Assemblée thématique du 8 juin 2013 consacrée à l’extrême droite

L’Assemblée thématique consacrée à l’extrême droite dans le cadre de l’« Alter Summit », le 08 juin au matin, a réuni environ 200 personnes de différents pays, allant de la Grèce à la Biélorussie en passant par la France.

La conférence a été ouverte par Walter Baier (Autriche, institut « Transform ! ») comme représentant des organisateurs de l’Alter Summit,
Il a rappelé la violence des mouvements fascistes en Europe en évoquant la mort de Clément Méric.
W. Baier a souligné que partout en Europe, les politiques d’austérité imposées par la Troïka et l’absence de crédibilité d’une alternative politique alimentent les « succès » de l’extrême droite. La riposte doit éviter le sectarisme.
Les organisateurs de l’Alter Summit proposent de réfléchir à une action commune d’envergure à l’échelle de l’Europe, sur le thème de l’antifascisme, notamment sous la forme d’une grande conférence en 2014.

Ensuite, les intervenant-es ont décrit la situation dans leurs pays respectifs, relative à la montée et aux activités de l’extrême droite ; des actions concrètes ont été proposées.

Une représentante de Syriza (Grèce) a ainsi décrit la situation relative au parti néonazi grec « Aube Dorée ». Ce parti est ouvertement impliqué dans des crimes, notamment à caractère raciste, mais prône aussi une violence contre d’autres groupes que les migrant-es : les Roms, les homosexuel-les… « Aube Dorée » est ouvertement négationniste, et ses militants traitent les migrant-es de « déchets ».

L’intervenante a fait état d’affrontements réguliers et d’une « terreur quotidienne » dans certains quartiers, « surtout à Athènes ». Les néonazis se filment eux-mêmes lorsqu’ils commettent des actions racistes ou violentes, et publient ensuite les vidéos sur Internet. « Ils jouissent d’un climat de tolérance » de la part de la police. Le gouvernement laisse aussi, bien souvent, le terrain libre à « Aube Dorée ». Lorsqu’un député de ce parti a posé une question au parlement, demandant « pourquoi les enfants des migrants peuvent être inscrits dans les écoles maternelles », le gouvernement a répondu en faisant distribuer un questionnaire aux maternelles visant à faire connaître le nombre d’enfants d’immigrés inscrits. Mais bon nombre de maternelles ont refusé de répondre. (…)

Selon l’intervenante, il est « indispensable de former un front commun regroupant églises, partis politiques, syndicats etc. » contre les fascistes. (…)

L’intervention de VISA qui a suivi a été surtout consacrée à des propositions concrètes d’actions pour les mois à venir autour du Manifeste Européen Antifasciste ( voir article ).

Puis s’est exprimé un militant du « Réseau Printemps de Prague II » (Prague Spring II Network) et d’Atac venu de Hongrie. Ce réseau a été formé il y a trois ans, et a tenu plusieurs conférences : à Prague, à Kiev, à Oslo, et plus récemment une réunion de discussion à Vienne en Autriche. L’intervenant a décrit la situation en Europe centrale et de l’Est, telle qu’il l’analyse. Selon lui, cet espace, en ce qui concerne la situation de l’extrême droite, se divise en trois sous-régions. Premièrement, des pays ayant des gouvernements ou régimes autoritaires en place : Russie, Ukraine, Biélorussie… Deuxièmement, des pays comme la Hongrie et la Pologne « et aussi la partie Ouest de l’Ukraine », où des gouvernements autoritaires coexistent avec une extrême droite fasciste qui monte (dans l’opposition). En Hongrie, le gouvernement de droite autoritaire vient de modifier la constitution – avec une majorité des deux tiers au parlement -, et « a introduit des mécanismes semi-dictatoriaux ». Enfin, dans le troisième groupe, on trouve des pays comme la Slovénie et la République Tchèque où « les tendances fascistes sont moins visibles ».

L’intervenant a précisé que le « Réseau du Printemps de Prague II » soutient l’idée d’une conférence européenne, et appelle à un travail d’analyse théorique sur l’extrême droite ainsi qu’au partage des connaissances à ce sujet. Il faut, selon lui, « élargir le front ».

A la suite, un intervenant de la République tchèque (tout en adhérant globalement à son propos) le contredira sur la situation précise dans son pays. Il soulignera que le pire exemple des tendances autoritaires et d’extrême droite dans la région est, en effet, la Hongrie. Néanmoins, il dira aussi que « la situation dans mon pays est aussi dangereuse que dans les autres ».

La situation générale en République tchèque est marquée par des coupes drastiques dans les dépenses publiques, mais aussi par la loi la plus extrême – parmi les anciens pays du bloc soviétique – d’indemnisation et de restitution de biens au profit de l’Eglise, pour purger « le passé communiste » entre guillemets. L’ancien gouvernement sous Vaclav Klaus (droite ultralibérale) avait attisé le chauvinisme, notamment en s’opposant à une solidarité financière au sein de l’Union européenne : « Pourquoi viendrons-nous en aide des Grecs fainéants, qui ne font que boire de l’Ouzo ? » Des immigrés installés de longue date dans le pays – p.ex. Indiens et Bangladais – perdent leurs emplois, ce qui est vu par beaucoup comme une « protection des travailleurs blancs », alors que ces derniers « ne comprennent tout simplement pas que la même chose leur arrivera par la suite ». Un racisme particulièrement violent existe à l’encontre des populations Roms. Un membre du « Parti ouvrier » (néonazi) a été identifié comme l’auteur d’un jet de cocktail molotov à travers une fenêtre derrière laquelle dormait une famille de Roms.

Un intervenant de Moscou est ensuite venu réclamer un soutien à des militants politiques ou des mouvements sociaux, emprisonnés pour des raisons politiques en Russie (actuellement 32). Parmi eux se trouvent des militants antifascistes. Les autorités russes, avec l’aide d’organes de police spéciaux, fabriquent des « preuves » à leur encontre.

Le député allemand au parlement européen, Helmut Schultz du parti « Die Linke », évoqua ensuite la situation en Allemagne. Celle-ci est particulièrement marquée par la récente ouverture du procès, à Munich, des membres et soutiens logistiques du NSU (« Maquis national-socialiste »). Cette cellule terroriste néonazie a commis, entre 2000 et 2007, dix assassinats d’immigrés d’origines turque et grecque. Des services de renseignement intérieur sont impliqués dans l’affaire, ayant laissé librement agir cette cellule pendant une douzaine d’années, en accumulant les « erreurs » au point que certains se demandent s’il n’y a pas là même un soutien actif… Par ailleurs, le parti néonazi NPD voit le nombre de ses adhérents stagner (au même niveau depuis 2006, avec environ 6.000 militants) et est présent dans des parlements régionaux, notamment dans la partie Est de l’Allemagne. Il n’y a pas de représentation parlementaire de l’extrême droite au niveau national (fédéral).

Par ailleurs, ce député européen a insisté sur la présence active de l’extrême droite au parlement européen, où il est lui-même confronté surtout à Marine Le Pen. La campagne des prochaines élections européennes (mai 2014) devant servir à donner conscience aux électeurs-électrices de ce danger-là.

Deux intervenant-es insisteront, par la suite, sur l’importance de l’implication des forces de répression notamment en Grèce. Un intervenant (allemand vivant en Grèce) évoqua p.ex. l’opération « Coup de balai » lancée par la police grecque, ciblant les migrant-es et notamment les sans papiers, « en réponse » à la montée du parti « Aube Dorée » et ses « revendications ».

L’opération de « kidnapping » d’un réfugié – militant révolutionnaire turc, a été évoquée. Il avait déposé une demande d’asile politique en Grèce ce qui lui avait été refus. Il fut « extradé » en Turquie sous forme d’une arrestation extra-légale, « enlevé » dans un véhicule de police et remis aux services secrets turcs. L’intervenant a appelé de ses vœux « un grand réseau anti-répression en Europe » (…)

Un intervenant d’Autriche insista sur le fait que « tous les chats ne sont pas gris (dans la nuit) », et qu’il y a des différences entre démocratie bourgeoise, « forces conservatrices » et fascisme. « Depuis six mois maintenant, nous avons en Autriche un nouveau phénomène politique : un parti purement populiste dirigé par un milliardaire, qui a réussi à entrer dans des parlements régionaux, mais qui n’est pas raciste. Son score a fait baisser celui de l’extrême droite populiste. » Par ailleurs, il existe des forces d’extrême droite – notamment néonazies – qui se voient elles-mêmes plutôt comme une « opposition au système ». L’intervenant autrichien a par ailleurs soutenu l’idée de la nécessité d’un échange renforcé de connaissances en Europe, mais aussi d’une « capacité à agir très vite » dans le cadre de la solidarité (lors d’un événement tel que l’assassinat de Clément Méric en France). Il soutient l’idée d’une conférence internationale.

Une représentante italienne du « Réseau féministe pour une autre Europe » souligna, par la suite, l’importance de la défense du principe de laïcité, « comme l’un des piliers de la lutte ».

Giorgios MITRALIAS (Grèce) rappelle les raisons de la montée du néofascisme en Grèce et ailleurs en Europe, ainsi que la nécessité de les analyser en profondeur.
Mais il y a urgence, et « tout sectarisme est criminel ».

Le député communiste israélien Dov Khénine a ensuite relaté la mobilisation de groupes d’extrême droite à Tel Aviv contre la présence de migrants africains. Plusieurs dizaines de milliers de réfugiés, notamment soudanais et érythréens, se sont installés ces dernières années dans des zones pauvres autour de Tel Aviv. Des mouvances d’extrême droite ont tenté de mobiliser la population contre eux. Mais une contre-mobilisation patiente, impliquant la population sous forme de discussions et de réunions, a fait capoter leur initiative. La tentative de l’extrême droite de transformer le rejet des migrants africains lors des élections législatives s’est soldée par un flop dans les zones concernées. L’intervenant a insisté sur la nécessité de séparer les forces fascistes de leur potentielle base sociale.

La fin du débat a essentiellement été consacrée aux propositions d’actions concrètes pour étendre et renforcer les luttes antifascistes menées dans chaque pays européen, avec leur spécificité.
Nous renvoyons pour cela à l’article précédent, qui relate les décisions prises en la matière. 

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