Solidarité avec les syndicalistes kanaks

Vingt-trois militants de l’USTKE, la première organisation syndicale en Nouvelle-Calédonie, condamnés lundi 21 avril, à des peines de prison ferme pour des violences provoquées à la mi-janvier par la destruction au bulldozer d’un piquet de grève, lors du conflit social toujours en cours chez Carsud, une filiale de Veolia, à Nouméa. Parmi eux, un dirigeant de premier plan, absent des lieux lors des affrontements avec les policiers qui tiraient des Flash-Ball et des grenades lacrymogènes à hauteur d’homme : Gérard Jodar, le président du syndicat, condamné comme « instigateur » pour « incitation à attroupement armé » à un an de prison, dont six mois avec sursis.

Malencontreuse cerise sur ce gâteau : ces condamnations interviennent vingt ans, jour pour jour, après l’assaut, le 22 avril 1988, de la grotte d’Ouvéa. « La mémoire est très vive là-bas » avertit Corinne Perron, porte-parole de l’USTKE en France. « Dans ce contexte, les tensions sociales provoquées par les forces de l’ordre, l’État français et de nombreux patrons peuvent mener à des violences que nous ne souhaitons pas. » Lundi soir, à la Bourse du travail de Paris, un meeting contre la criminalisation des syndicalistes de l’USTKE a rassemblé 400 personnes. Au-delà des expressions de solidarité émanant de Solidaires (« On veut mettre des syndicalistes en prison, c’est élémentaire pour nous d’être à leurs côtés », lance Annick Coupé), des collectifs antilibéraux (« Sarkozy prétend vouloir un syndicalisme fort, mais, là, on a un syndicat majoritaire, capable de mobilisation considérable, et ce qu’on met en pratique, c’est la provocation et la répression antisyndicale », rappelle Yves Salesse), de la LCR (« Le jour où toute la classe politique se rassemble pour célébrer la mémoire d’Aimé Césaire, le gouvernement inflige ces peines de prison », fait observer Olivier Besancenot), du Syndicat des travailleurs corses (« Le peuple kanak est victime d’une double oppression, celle du capitalisme et celle du colonialisme », accuse Alain Mosconi, qui risque jusqu’à trente ans de prison pour la « réquisition » du navire Pascal-Paoli lors du conflit à la SNCM), des Verts, de la CNT, du MIB et du collectif Bellaciao, plusieurs compagnons de route des luttes sociales et politiques kanaks ont livré de précieux témoignages sur la situation sur le « Caillou » : luttes sociales chez Veolia, « recolonisation » qui ne dit pas son nom avec les arrivées massives de métropolitains, omniprésences des multinationales exploitant les ressources minières . (…/…)

« Dans ces circonstances, aux yeux de la puissance coloniale et du patronat local, le syndicat gêne énormément  » , considère Jacky Fourau, un syndicaliste de la fédération CGT de l’énergie qui, depuis vingt-cinq ans, accompagne et soutient l’USTKE au nom de la confédération. « C’est un empêcheur de faire du fric en rond et, je veux le dire sans froisser personne, par rapport au FLNKS aujourd’hui, c’est un empêcheur de somnoler. Il y a depuis longtemps une violence verbale et physique contre les Kanak, mais depuis l’élection de Sarkozy, fêtée dans les commissariats, la droite coloniale est décomplexée. » Présent à Nouméa lors du procès, José Bové se déclare « guère étonné par le verdict » : « Quand on entend un président de tribunal expliquer à des syndicalistes qu’ils doivent mettre en place des formations plutôt que de faire des piquets de grève, la vérité, c’est que l’État français et la droite colonialiste ne respectent pas les accords passés depuis 1988. On sait qu’il n’y aura pas de transfert de compétences : le processus, c’est pour enfermer la Kanaky dans le système colonial. Or l’USTKE est la force sociale qui mène ce combat. C’est pour cela que tout le monde veut l’abattre. »

d’après L’Humanité vendredi 25 avril 2008 

Laisser un commentaire