Le SNPES-PJJ/FSU contre l’extrême droite

Déclaration du Syndicat National des Personnels de l’Education et du Social, Protection Judiciaire de la Jeunesse (SNPES-PJJ/FSU) lors de son 48ème congrès, du 26 au 30 juin 2017.

Le Front National aux portes du pouvoir 

Les élections départementales avaient d’abord validé la stratégie de Marine Le Pen de s’ancrer dans les villes et les villages. Aujourd’hui, les élections présidentielles ont hissé le Front National au cap des 10 millions de voix au second tour. Estompant la figure sulfureuse du père fondateur pour laisser place à celle plus policée de la fille respectable, la candidate d’extrême droite a flirté avec l’accession suprême.

L’extrême droite, mal national à implantation locale, a repris le rythme des Présidentielles. Si l’élection de François Hollande en 2012 marquait le deuxième tournant du PS après les trahisons de 1983, celle d’Emmanuel Macron officialise la prise de pouvoir des forces libérales et l’ancrage du FN dans l’électorat. Marine Le Pen accède au second tour sans surprise, un renversement de paradigme avec la situation de son père en 2002 car l’extrême droite a depuis prospéré sur le terrain de la désespérance sociale et des promesses non tenues. Le FN digère les mécontentements pour désigner les boucs émissaires : l’immigré, le musulman, les partis politiques, l’Europe… La difficile émergence d’alternatives politiques aux politiques libérales, l’amalgame musulman/terroriste, l’aggravation de la situation sociale des travailleur.euse.s du privé comme du public, des chômeur.euse.s, des jeunes et des retraité.e.s fournissent un terreau idéal pour l’extrême droite.

Informer toujours …

Il est de la responsabilité des Organisations Syndicales de mettre les salariées et les salariés en garde contre l’imposture sociale du FN qui cultive le rejet de l’autre et la division. La progression de l’extrême droite n’est pas inéluctable et le premier rempart doit être l’action syndicale. Au sein de la FSU, le SNPES-PJJ lutte collectivement contre l’implantation et l’audience de l’extrême droite dans le monde du travail. Dans cette bouillie indigente, nous défendrons sans cesse la nécessaire solidarité entre toutes les travailleuses et tous les travailleurs, quelle que soit leur origine ou leur statut. Pour se faire, il faut informer sur les dangers et le développement de l’extrême droite en France, en Europe et dans le monde, analyser de manière critique les propositions dites sociales, dénoncer les discriminations sexistes et homophobes et s’inscrire dans les actions de solidarité avec les sans-papiers, les migrant.e.s et les réfugié.e.s. Cette absolue nécessité d’engagement dans la lutte historique du syndicalisme contre le fascisme se retrouve notamment dans l’appartenance depuis 1996 du SNPES-PJJ au réseau VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifasciste), association composée d’une cinquantaine de structures syndicales (dont la CGT, la CFDT, la CNT, l’UNEF et le SM) et la publication au sein de la FSU d’un quatre pages dénonçant les 144 mesures du programme présidentiel de Marine Le Pen. 

Combattre l’extrême droite par des victoires syndicales …

Les résultats du FN au deuxième tour de cette élection renforcent la sensation que notre champ professionnel n’est sans doute pas exempt de toute dérive extrémiste. L’extrême droite se développe sur un terreau que nous connaissons bien, celui de la précarité croissante des travailleuses et des travailleurs. Les défaites à répétition que nous, organisations syndicales, rencontrons depuis 2003 ont nourri l’amertume des salarié.e.s et des classes populaires. La précarité est désormais inscrite dans les politiques libérales des gouvernements de droite et comme de gauche : déclassé.e.s, relégué.e.s, bafoué.e.s, les travailleuses et les travailleurs se sont sentis trahi.e.s par les politiques libérales et abandonné.e.s. Les syndicats, sont considérés comme incapables d’endiguer les reculs sociaux et ne sont malheureusement plus perçus comme des alliés efficaces par les couches populaires. Pour combattre les idées du FN à l’intérieur et à l’extérieur de la sphère syndicale, il est urgent d’inverser le rapport de force avec le rouleau compresseur libéral. De notre place de militant.e.s syndicalistes, la première des conditions pour stopper l’ascension du FN serait la réussite d’une mobilisation sociale permettant la reconquête d’acquis sociaux détruits par les politiques d’austérité. La conclusion, amère, de la mobilisation contre la loi travail à l’approche de l’été dernier est un ultime rappel de notre faiblesse dans ce domaine …. et l’Extrême Droite se sert de nos faiblesses pour démontrer sa force. Le projet politique du FN vise à casser l’intégralité des syndicats pour les remplacer par des associations professionnelles. Il est urgent que nous renforcions les actions de lutte contre le fascisme : il est des batailles que nous ne devons pas perdre, coûte que coûte.

L’esprit de l’ordonnance de 45 contre l’extrême droite :

Notre lutte contre l’idéologie de l’extrême droite doit s’inscrire dans le quotidien des unités et des services. Portés par les médias, les thèmes de l’insécurité et de la stigmatisation des étranger.e.s suite aux attentats se sont insinués dans les discussions des équipes éducatives. Notre quotidien professionnel est désormais envahi par ces questions. A la PJJ comme ailleurs, les personnels sont parfois pris par des réflexes de replis et de peur accompagnés par une politique gouvernementale autoritaire en la matière. La DPJJ a mis en place une politique de formation spécifique sur la laïcité et le fait religieux et élaboré deux notes dont nous avons demandé le retrait : 

  • Note sur la neutralité des agents qui stigmatise essentiellement le fait religieux et les personnels de confession musulmane
  • Note sur la sécurisation des locaux qui présuppose que les mineur.e.s dont nous avons la charge et leur famille pourraient être une nouvelle classe dangereuse

Notre intervention syndicale a permis de faire reculer la DPJJ dans cette logique de stigmatisation mais l’idéologie portée continue de traverser tout le discours institutionnel. Notre rôle est de continuer à être vigilant.e.s et offensif.ve.s sur ces questions.

Des personnels peuvent être habités par un fort sentiment d’échec et le danger existe de se laisser abuser par des discours discriminants à l’égard des jeunes et des familles décrites comme non coopérantes (repérages de signes de radicalisation,  refus de prise en charge par peur du danger largement nourrie par les médias). La défense inconditionnelle de l’esprit de l’Ordonnance de 45 doit  permettre de sortir de ce cercle vicieux. Il est primordial de rappeler le sens de notre métier, la primauté de l’éducation sur la sanction et l’impérieuse nécessité d’un regard bienveillant sur les mineur.e.s et leur famille quelle que soit leur problématique. Assurer une mission d’éducation auprès de la jeunesse dans notre société libérale, c’est dénoncer les conséquences désastreuses des politiques sécuritaires, c’est dénoncer le racisme : c’est faire reculer l’extrême droite dans les esprits.

L’extrême droite n’est pas un simple adversaire du syndicalisme, elle est son ennemi historique.

Le SNPES-PJJ/FSU appelle les militant.e.s :

  • à porter au sein des équipes, en réunion et lors de discussions, les valeurs humanistes qui fondent notre action
  • à construire, réactiver et participer à tous collectifs visant à lutter contre toute discrimination
  • à se saisir du document d’analyse critique du programme du FN publié par la FSU
  • à s’inscrire dans le réseau intersyndical VISA