Il y a soixante-dix ans, les femmes votaient pour la première fois. Aux élections régionales, ne gâchons pas cet anniversaire : les idées du FN ne sont pas compatibles avec l’émancipation des femmes !
De façon systématique, les élu(e)s FN votent contre tous les rapports ayant trait à l’égalité entre les femmes et les hommes. Le dernier en date, rapport « sur les progrès accomplis en matière d’égalité entre les femmes et les hommes dans l’Union en 2013 », présenté au Parlement européen en janvier 2015 par M. Tarabella, n’a pas fait exception. À cette occasion, le chef de la délégation FN au Parlement est intervenu en ces termes : « Le rapport Tarabella n’est qu’une nouvelle expression du matérialisme, de l’utilitarisme et de l’égalitarisme qui sévissent ici. »
Une femme à la tête d’un parti… n’en fait pas un modèle ! Marine Le Pen s’affiche en femme libre, active, divorcée, mère de famille, avocate, qui lutte sur tous les plans, vivant avec son compagnon en concubinage, mais elle est aussi celle qui, pendant la campagne présidentielle de 2012, a affirmé, en prônant le salaire parental, que « le progrès pour les femmes, c’est de rester à la maison » (« Des paroles et des actes », France 2, le 24 février 2012).
Et que dit le projet du FN ? …
– Égalité professionnelle
Les inégalités salariales : Dans le projet du FN… rien ! Alors que les femmes gagnent en moyenne 24 % de moins que les hommes dans le secteur privé, 9 % à travail égal, pas une ligne dans le programme du FN ! Mais Marie-Christine Arnautu, vice-présidente du FN chargée des affaires sociales, s’est exprimée sur le sujet dans le magazine Causette : « Qu’est-ce que vous voulez ? Qu’on égalise les salaires alors que tant de gens sont au chômage ? »
L’emploi des femmes : Dans le projet du FN… rien ! Alors que le taux d’emploi féminin est inférieur de 9 % à celui des hommes, rien sur la partition du marché du travail ni sur la mixité des métiers alors que les femmes sont sous-représentées aux postes d’encadrement, occupent plus souvent des emplois peu qualifiés, dans des secteurs non mixtes et moins rémunérateurs. Pas une ligne non plus sur les temps partiels alors que 80 % des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes.
Décryptage : La question de l’égalité professionnelle n’est pas un sujet pour le FN. Inutile de s’occuper des inégalités salariales, des conditions de travail et de l’emploi des femmes puisque, de toute manière, les femmes devraient rester à la maison…
Il a dit :
Dominique Martin, député FN (en commission de l’emploi et des affaires sociales du Parlement européen, le 24 mars 2015) : « Égalité des chances et de traitement entre hommes et femmes. Évidemment, pourquoi pas, difficile de s’y opposer. Mais à aucun moment je n’entends parler d’égalité à la liberté. Et notamment de la liberté des femmes à ne pas travailler. J’aimerais bien que l’on développe la possibilité, que l’on laisse la liberté aux femmes de s’occuper de leur foyer, notamment par un salaire parental d’éducation… À égalité avec les hommes, si vous voulez… Ça aurait l’avantage de libérer des emplois, ça aurait l’avantage de donner une meilleure éducation à nos enfants, ça aurait l’avantage de sécuriser nos rues parce qu’ils ne traîneraient pas dans nos rues et ne seraient pas soumis à la drogue ».
– Femmes et Société
Avortement, droit à disposer de son corps : Dans le programme du FN, au chapitre Santé : rien sur la santé sexuelle et reproductive (santé maternelle et infantile, prévention et prise en charge des grossesses non désirées, lutte contre les infections sexuellement transmissibles, prévention de la transmission mère-enfant du VIH …).
Elles ont dit :
Marion Maréchal-Le Pen, députée frontiste du Vaucluse, à propos du remboursement de l’IVG : « Ce n’est pas à l’État de réparer les inattentions des femmes » (entretien au Mouv’, 12 octobre 2012). Alors que 72 % des femmes qui avortent sont sous contraception.
Marine Le Pen : « J’assumerai la responsabilité de dérembourser l’avortement s’il faut que j’augmente la capacité de remboursement de ceux qui aujourd’hui n’arrivent plus à se soigner correctement, et plus particulièrement les personnes âgées » (« Des paroles et des actes », France 2, 24 février 2012). Elle s’est positionnée également pour le « déremboursement de l’IVG de confort ».
Décryptage : Pour le FN, l’avortement n’est pas un droit ; les femmes qui y ont recours sont victimes d’inattentions et le font par confort ! Il faudrait choisir entre le remboursement de l’IVG et le droit des personnes âgées à se soigner !
La parité : Dans le projet du FN, à la rubrique Laïcité : « Un peu partout, se sont mises en place des politiques comme la parité ou des structures pour imposer, dans les faits, cette idéologie différentialiste et multiculturelle, qui n’est qu’une forme de racisme inversé. Les premières victimes en sont les hommes blancs hétérosexuels. » En février 2012 (« Des paroles et des actes », France 2) Marine Le Pen s’est dite opposée à la parité, « contraire à la méritocratie républicaine ». Alors que seule la législation a pu commencer à corriger les inégalités entres les hommes et les femmes.
Décryptage : La place de la femme dans les entreprises et les institutions n’est pas reconnue, les hommes à qui on impose la parité sont des victimes. Il y a un « ordre naturel » des choses, qui fait qu’il est normal qu’il y ait plus d’hommes que de femmes en situation de responsabilité ou de pouvoir.
La place des femmes dans la Société : Dans le projet du FN : les femmes ne figurent qu’à la rubrique famille « Création d’un revenu parental, dès que les finances le permettront, destiné à offrir, pendant la période souhaitée, aux mères ou aux pères de famille la possibilité de choisir librement entre l’exercice d’une activité professionnelle et l’éducation de leurs enfants ».
Elle a dit
Interrogée sur le fait de savoir si elle est “pour le salaire maternel ”, Marine Le Pen a répondu, dans un entretien à Présent, en 2010 : « Oui absolument. Je suis pour le droit des femmes de choisir de ne pas travailler pour élever leurs enfants. […] On doit mettre en place la possibilité pour les femmes de pouvoir choisir. Elles doivent avoir un salaire maternel. » Et sur RMC, en janvier 2012, elle évoque à nouveau « un salaire minimum qui serait accordé aux femmes qui font le choix d’élever leurs enfants ».
Décryptage : Présenté comme étant destiné aux pères comme aux mères, le revenu parental s’adresse en réalité aux seules femmes… dont la place est au foyer.
La nature des femmes…
Ils ont osé dire !
Sur le site officiel du FN Jeunesse, David Berton, secrétaire départemental du FNJ de Savoie, a écrit, le 20 janvier 2014 : « La féminité est une essence et un corps, les femmes sont tout d’abord des « filles de », fonction qu’ils leur permettront [sic] de devenir les “ mères de ”. Cette fonction naturelle de reproductrice, de mère est le point crucial attaqué par les féministes.»
Sur le blog Les Patriotes, Dominique Rémond écrit le 14 août 2015 : « Avant même les minorités ethniques, sexuelles ou religieuses, les femmes figurent ainsi en première ligne de cette révolution culturelle que les gauchistes leur imposent malgré leur nature. Car le féminisme contrarie les femmes qui ont toujours oeuvré à la préservation des traditions et soutenu les institutions conservatrices comme l’Église et la famille. »
– Respect des femmes
Lutte contre les violences faites aux femmes : Dans le programme du FN : rien sur la lutte contre les violences faites aux femmes ou l’insécurité dans l’espace public. Alors même que le FNJ mène une campagne de communication sur les réseaux sociaux « Filles de France, notre premier droit, c’est notre sécurité ! ». C’est d’ailleurs le thème unique des manifestations organisées par le FNJ à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.
Pourtant, le FN est le seul parti qui a unanimement voté à l’Assemblée nationale contre la loi du 4 août 2014, qui renforçait notamment tous les dispositifs de lutte contre les violences faites aux femmes et la récidive.
Sur le blog Les Patriotes, « défendant l’engagement de Marine Le Pen pour la France », Dominique Rémond affirme, dans un article intitulé « Le nouveau féminisme » du 14 août 2015 : « L’islamisation n’est donc évidemment pas la solution, mais une des causes de la violence faite aux femmes. La solution globale aux problèmes des femmes réside dans l’inversion des courants migratoires et la fin de l’immigration de peuplement. »
Décryptage : S’il n’y a plus d’immigrés, il n’y aura plus de violences faites aux femmes ! Alors que 86 % des viols ou des agressions sont perpétrés par une personne connue de la victime : parent, ami, connaissance, ou ancien petit ami.
Cherchez l’erreur !
Dans le projet du FN, il n’est pas une fois envisagé d’investir dans des campagnes pour lutter contre les stéréotypes de genre, pour favoriser l’engagement des jeunes filles ou des jeunes garçons dans des filières professionnelles occupées très majoritairement par les hommes ou par les femmes, pour prévenir et combattre les violences faites aux femmes…
Mais le projet prévoit que « les programmes de lutte contre l’abandon d’animaux de compagnie seront soutenus par l’octroi par l’État de plages de publicité gratuites sur le service public audiovisuel, et un soutien accru aux associations engagées dans ce combat ».
La prostitution : Interrogée en marge d’une conférence de presse au siège du FN, à Nanterre, le 4 décembre 2013, Marine Le Pen a jugé « stupide » de pénaliser les clients des prostituées puisque la prostitution serait « hélas le plus vieux métier du monde », défendant de fait le plus vieux privilège masculin et la plus archaïque des violences exercées contre les femmes.
Conclusion
Les droits des femmes ne sont pas un sujet pour le Front national : il n’en est fait mention nulle part dans le projet du parti. Il n’est qu’un prétexte qui permet à sa présidente d’évoquer le cheval de bataille du parti, l’immigration. Marine Le Pen déclarait, le 2 décembre 2012 sur France 3 : « Le droit des femmes est en train de reculer, notamment à cause d’une immigration massive. » Ne nous laissons pas leurrer ! La CFDT est résolument engagée dans la lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes au travail et dans la société. Nous agissons pour faire reculer ces inégalités et savons qu’il est nécessaire de lutter contre les stéréotypes sexués qui enferment les femmes et les hommes dans des choix d’orientation et de métiers «prédéterminés », et qui induisent les comportements sexistes et discriminatoires. Les places occupées dans la société par les hommes et les femmes ne sont pas prescrites par la nature.