Europe : Un 1er échec cuisant pour le FN

Le rêve du FN de constituer un groupe nationaliste, europhobe et raciste maquillé derrière l’appellation « eurosceptique » a lamentablement échoué ce 23 juin. Alors que le FN est toujours prompt à communiquer sur tout et n’importe quoi, ce sujet essentiel pour lui (2ème objectif des élections européennes après l’obtention d’un bon score) ne fait l’objet que de fugaces commentaires sur les sites frontistes, plus d’une semaine après leur échec. C’est d’ailleurs Geert Wilders, leur allié néerlandais du « Parti pour la liberté » (PVV), qui a annoncé, dès lundi soir, le fiasco des tenants de la dédiabolisation. La lettre hebdomadaire du FN datée du 27 juin fait piteusement l’impasse sur cet échec.

Un objectif très « financier »

Rappelons qu’au moins 25 députés (sur un total de 751) issus de 7 pays différents sont nécessaires pour former un groupe parlementaire, afin de bénéficier d’une plus grande visibilité et surtout de subventions publiques sur lesquelles le FN crache en public mais manœuvre pour en encaisser (les tentatives de magouilles retoquées sur les frais de campagne électorale 2014 l’attestent notamment).

Les moyens d’un groupe parlementaire à Strasbourg sont constitués d’un secrétariat avec bureaux et assistants dont le budget est pris en charge par les instances européennes. « Les groupes politiques disposent d’un secrétariat dans le cadre de l’organigramme du Secrétariat général, doté de facilités administratives et de crédits prévus au budget du Parlement« , précise le règlement intérieur. Hors rémunération et avantages en nature dévolus à tous les eurodéputés, c’est une coquette somme de 20 à 30 millions d’euros au cours de la mandature qui passe sous le nez du FN et de ses alliés de circonstance.

La méthode Coué n’empêche pas d’échouer

Pourtant, le 28 mai, tout allait pour le mieux pour Marine Le Pen. Trois jours après sa victoire hexagonale, elle partait triomphante à Bruxelles en quête de partenaires. « Je n’ai aucune inquiétude sur l’existence future d’un tel groupe« , expliquait alors l’ancienne candidate à la présidentielle, tout sourire, au cours d’une conférence de presse organisée au Parlement européen.

Autour d’elle, se tenaient Gert Wilders (PVV), ainsi que des responsables du FPÖ autrichien, de la Ligue du nord italienne et du Vlaams Belang belge. Bref, « une base extrêmement solide de 38 députés » issus de cinq pays, pour reprendre les mots du FN.

Même si un élu polonais du KNP (le révisionniste Janusz Korwin-Mikke) semblait enclin à rejoindre le groupe, il manquait toujours un pays. Les regards frontistes se sont alors tournés vers le parti bulgare VMRO mais les récentes déclarations de Jean-Marie Le Pen sur Patrick Bruel n’ont visiblement pas facilité la quête de nouveaux alliés.

D’autre part, le FN a déjà perdu une eurodéputée, Joëlle Bergeron qui s’est retrouvée en délicatesse avec le parti de Marine Le Pen, notamment pour s’être publiquement prononcée lors de la campagne électorale en faveur du droit de vote des étrangers.

Les grandes manœuvres des extrêmes droites européennes

Dès le lendemain des élections européennes, la candidate élue dans la circonscription Ouest avait été sommée par le Front National de céder son siège à Gilles Pennelle, responsable du parti en Ille-et-Vilaine. Refusant de démissionner, l’ancienne commissaire-priseur a finalement décidé de rallier les Britanniques de l’UKIP.

Un groupe composé de Joëlle Bergeron (ex-FN), du Mouvement 5 étoiles (Italie), de l’Union des paysans de Lettonie, d’Ordre et justice de Lituanie, du Parti des citoyens libres (République Tchèque), des démocrates Suédois (sic) et de l’UKIP (Royaume-Uni) portera donc le flambeau national – libéral, eurosceptique et souverainiste.

De 2009 à 2014, ce groupe, qui s’appelait Europe libertés démocratie et qui rassemblait alors plus large (le Parti populaire danois et le parti des Vrais Finlandais l’ont quitté), est d’après VoteWatch celui dont la cohésion et le taux de participation étaient les plus faibles. Le 24 juin 2014 il a changé de nom pour devenir Europe libertés démocratie directe.

Le FN sera donc obligé de siéger aux côtés des néo-nazis grecs et des antisémites hongrois, dans le camp des non inscrits, à sa vraie place.

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