Depuis le meurtre de Clément Méric, le 5 juin 2013, les violences commises par l’extrême-droite, au lieu de s’atténuer, se sont au contraire multipliées, que ce soient des agressions racistes, homophobes ou contre des militant-es de gauche. Ce meurtre avait suscité des manifestations antifascistes spontanées dans toute la France et eu un écho médiatique. Face à cette pression, Manuel Valls, ministre de l’intérieur à l’époque, parlait alors de « tailler en pièces les groupes d’extrême-droite », ce qui n’a abouti qu’à la dissolution de quelques groupuscules : les Jeunesses nationalistes révolutionnaires et Troisième Voie menées par Serge Ayoub, les Jeunesses Nationalistes dirigées par Alexandre Gabriac – élu conseiller régional initialement sous l’étiquette FN – , et l’Oeuvre française d’Yvan Benedetti – réélu conseiller municipal à Vénissieux – en s’appuyant sur les lois de janvier 1936 (ayant permis de dissoudre les ligues factieuses liées aux émeutes du 6 février 1934).
Les derniers crimes connus directement liés à l’extrême-droite dataient de 1995, avec le meurtre d’Ibrahim Ali par des colleurs d’affiches du FN à Marseille et de celui de Brahim Bouarram, mort noyé par des skinheads en marge de la manifestation du Front national le 1er mai.
Recrudescence des violences
Ce phénomène de recrudescence des violences fascistes va de pair avec la banalisation des discours de droite « décomplexés » de l’ère Sarkozy, la politique de chasse aux sans-papiers et de stigmatisation des Rroms menée par le gouvernement, et le processus de « dédiabolisation » du Front national entamé depuis 2011 avec Marine Le Pen. Par ailleurs, le contexte récent des massives manifestations réactionnaires et homophobes contre le « mariage pour tous » a permis à l’extrême-droite de recruter particulièrement dans la jeunesse. Ainsi, divers mouvements attisent ouvertement la haine et la violence fasciste.
Laboratoire lyonnais
Dans la ville de Lyon – devenue emblématique avec des groupuscules qui se livrent à une émulation mortifère et qui disposent d’un local avec pignon sur rue « La Traboule » -, ce sont plusieurs dizaines de provocations et d’agressions racistes, homophobes, et contre des militant-es de gauche qui ont été recensées par le comité de vigilance 69 ces dernières années. Une des dernières en date concernait deux jeunes militants antifascistes poignardés, provoquant le 21 février dernier une manifestation antifasciste.
Menaces et agressions
Sur les campus universitaires, les organisations UNEF et FAGE constataient en mars 2014 une recrudescence des intimidations émanant de groupuscules d’extrême droite, et des tags racistes et homophobes. Des menaces de mort et des agressions ont été commises contre des syndicalistes étudiant-es, des militant-es de gauche, et des syndicalistes.
Ainsi, un concert de soutien RUSF aux sans-papiers à Clermont-Ferrand a été attaqué par un skinhead armé d’un fusil qui a fait feu et blessé deux personnes en janvier dernier. Le 31 mai dernier, deux jeunes militants communistes ont été roués de coups par une dizaine de fascistes à Rouen.
On assiste également à une surenchère raciste et notamment islamophobe au travers d’agressions de femmes voilées, de profanations de tombes musulmanes, d’attaques de restaurants Hallal… Tout dernièrement, un groupe néo-nazi «Sang et honneur, Combat 18» a été démantelé dans le Doubs, s’étant affiché avec des armes et se présentant comme une « organisation terroriste » prête à passer à l’action.
Confusions politiques
Par ailleurs, profitant du climat de confusion politique, les Identitaires se sont se mêlés activement au mouvement des ‘Bonnets rouges’ en Bretagne. Un autre type de confusion a pu émerger lors de la manifestation « Jour de Colère » à Paris, en janvier dernier, au cours de laquelle des fascistes assumés et des fans de Dieudonné ont vociféré des slogans antisémites. On assiste ainsi au renouveau et à la popularisation d’un antisémitisme structurel qui permet de surmonter certaines contradictions entre des publics à priori incompatibles.
Milices fascistes
La structuration de petites milices de type fasciste se fait à présent au grand jour. Ainsi, à Lyon dans des quartiers du centre-ville, à Calais avec le groupe « Sauvons Calais » (qui a attaqué à plusieurs reprises des migrants et leurs soutiens), et dans diverses villes (Lille, Lyon, Nantes, Paris) où les Identitaires ont inauguré des patrouilles « anti-racailles » médiatiques.
Si la situation n’est pas du même niveau qu’en Grèce – où le parti néo-nazi Aube dorée est impliqué directement dans des violences et des crimes racistes ainsi que pour le meurtre du rappeur antifasciste Pavlos Fissas – la situation en France est particulièrement préoccupante. D’autant que la conquête d’une quinzaine de villes par l’extrême-droite et le succès électoral du FN aux élections européennes permet de galvaniser la nébuleuse d’extrême-droite et d’en élargir la base.
Le mouvement antifasciste connaît un renouveau encore récent et doit se structurer à travers des divers outils existants. Les manifestations du 7 juin à Paris et dans toute la France, en hommage au jeune Clément Méric et à toutes les victimes de violences racistes et fascistes, constituent une étape de la conscientisation antifasciste. Face aux violences d’extrême-droite, la riposte.
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