Longtemps, le FN a été clairement et résolument contre les droits des femmes : défenseur d’une famille traditionnelle, opposé farouchement à l’avortement, il abritait tous les courants de l’intégrisme catholique. Contre les droits des homosexuels aussi : farouchement anti-Pacs, il véhiculait une image volontiers masculine et virile. Depuis l’arrivée de Marine le Pen, l’image a changé. Outre une image féminine, Marine Le Pen ne s’était pas prononcée contre l’avortement, se montrant en femme « moderne », divorcée, alliant carrière politique et devoir maternel. Où en est- on ?
Une politique toujours familialiste et réactionnaire
La mesure phare du FN pour les familles reste la « création d’un revenu parental », à partir du 2ème enfant. Celui-ci serait « destiné à offrir, pendant la période souhaitée, aux mères ou aux pères de famille la possibilité de choisir librement entre l’ exercice d’ une activité professionnelle et l’ éducation de leurs enfants ». Il serait aussi créé un statut juridique et social corrélatif (« protection sociale, droit renforcé à la formation professionnelle »).
C’est purement le salaire maternel, à peine édulcoré. En effet, au vu des inégalités entre sexes dans les tâches domestiques, au vu de la réalité de l’emploi féminin (précarité, temps partiel imposé, inégalité salariale), ce revenu parental est crée pour inciter les mères au retour au foyer. Il n’est, en aucun cas, une mesure protectrice ou favorisant les droits des femmes.
Le programme avance également l’idée d’une « aide à la garde des enfants afin que chaque Français(e) puisse plus facilement concilier une vie professionnelle épanouie et une vie familiale heureuse » et l’incantation aux préfets de « veiller à ce que les collectivités territoriales privilégient le développement des crèches dans leurs budgets ».
La nature de cette aide n’est pas précisée, et c’est bien là le problème : Alors que seul un service public de la petite enfance, développé, pourrait permettre à tous les parents, quels que soient leurs revenus, de concilier vie professionnelle et vie familiale, le FN, en ne proposant rien, laisse place nette aux emplois à domicile ou de crèches privées, couteux et inaccessibles à tous les parents, et, de surcroît, grands pourvoyeurs d’emplois précaires et de travailleurs pauvres.
Au sujet des allocations familiales, on retrouve la préférence nationale discriminatoire (« réservées aux familles dont un parent au moins est français »). Mais cette politique familialiste ne va pas sans le bâton : Un discours, très en vogue dans les politiques de droite et d’extrême droite, consiste à insister sur les devoirs des parents, et, pour le FN, la sanction qui leur pendrait au nez en cas de manquement est le retrait de ces allocations et leur mise dans un fonds collectif d’aide aux parents.
Sauf que la justice pénale ou civile envers les parents existe depuis 1945. Même si elle a évolué ces dernières années vers plus de sanctions, cette politique ne peut avoir quelque réussite que par des mesures d’accompagnement et d’aides aux familles. Et ce n’est pas en appauvrissant les gens qu’on les aide à devenir parents !
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