ARTICLE VISA – Le front …. syndical

L’offensive « sociale » du F.N. dirigé par Marine Le Pen est en marche. Il est remarquable qu’elle a commencé par une attaque en règle contre les syndicats représentatifs des salariés, après la bataille sur les retraites. Retour sur cet épisode édifiant quant à la vraie nature de la tentative de séduction du monde du travail par le parti frontiste.

Le coup médiatique des cantonales
Les élections cantonales ont été l’occasion pour le F.N. de présenter une série de candidats qui par ailleurs étaient membres de divers syndicats, parfois avec des responsabilités.
• En Moselle, Fabien Engelmann, candidat sous l’étiquette F.N. dans le canton d’Algrange, était secrétaire du syndicat CGT des agents de la mairie de Nilvange ( fédération des services publics CGT)
• Toujours en Moselle, Daniel Durand-Decaulin, candidat F.N. dans le canton de Boulay était adhérent du syndicat CFDT Santé-Sociaux de la région Lorraine.
• Dans le Nord, Annie Lemahieu est sur la liste F.N. dans le canton de Cysoing ; elle était par ailleurs déléguée fédérale régionale F.O. pour le personnel civil des armées.
• Dans le Pas de Calais, Roger Demassieux était présent sur la liste F.N. du canton de Calais-Ouest ; salarié de la compagnie de ferries Sea-France, il était délégué suppléant Machine à la CFDT Maritime Sea-France.
• En Haute-Garonne, Franck Pech était candidat pour le F.N. dans le canton de Rieux-Vouvestre, tout en étant adhérent du syndicat SUD Collectivités Territoriales 31 à la mairie de Toulouse.
• En Moselle encore, Thierry Gourlot, candidat F.N. dans le canton de Saint-Avold 2 est agent de maîtrise à la SNCF et adhérent à la CFTC- Cheminots. Il est à noter que ce « syndicaliste » préside le groupe frontiste au conseil régional de Lorraine et est membre du Comité Central et du Bureau Politique du F.N. Il est aussi co-fondateur avec Louis Alliot du Cercle National des Travailleurs Syndiqués ( C.N.D.T.S.), petite machine de guerre antisyndicale sensée servir de réceptacle à des syndiqués « victimes » de la « chasse aux sorcières » des confédérations..
• Rappelons enfin qu’en 2009 un militant de l’UNSA était en troisième position sur la liste de Marine Le Pen aux élections régionales .Il a depuis été exclu de ce syndicat.
Il est clair que le syndicalisme, à l’occasion de ces élections, a été confronté à une offensive concertée et de grande ampleur de la part du Front National. L’enjeu était, pour le parti frontiste, de tester, après la bataille sur les retraites, la réaction des centrales syndicales face à une provocation qui visait à leur faire admettre que le F.N. était un parti comme les autres qui pouvait impunément présenter es qualité des « syndicalistes » pour défendre ses couleurs.

Les réactions syndicales
• La fédération des services publics CGT  a immédiatement entamé une procédure d’exclusion contre le secrétaire de son syndicat à la mairie de Nilvange et, devant le refus des adhérents du syndicat de souscrire à cette décision, a désaffilié le syndicat de la CGT. Elle a expliqué, par la voix de son dirigeant Baptiste Talbot, que le F.N. prônait des thèses « contraires aux valeurs de la CGT ». Dans la foulée, le F.N. a initié une opération médiatique de grande ampleur : conférence de presse en présence de Marine Le Pen et de l’avocat Me Collard, menaces d’aller devant les tribunaux pour imposer la « liberté syndicale »etc.. Le point d’orgue a été sa prétention de manifester devant les locaux de la confédération CGT à Montreuil le jour où F. Engelmann était convoqué pour se voir notifier son exclusion. La CGT, en appelant à contremanifester pour « accueillir » le frontiste a fait capoter cette lamentable mise en scène. Plusieurs centaines de syndicalistes, et parmi eux des militants de VISA, sont venus « accompagner » le jeune lepéniste comme il le méritait en conspuant le FN et ses idées nauséabondes.
• A Toulouse aussi les choses n’ont pas traîné : Le syndicat SUD Collectivités Territoriales 31 a entamé sans tarder une procédure d’exclusion contre Franck Pech : « Notre syndicat considère que cette candidature est en contradiction totale avec les valeurs, les pratiques et les statuts de SUD. Le Front National est un parti qui avance des propositions racistes et en contradiction avec les revendications syndicales dont nous sommes porteurs »… « ce parti tente de faire rentrer dans le syndicalisme le poison de la xénophobie, du sexisme, de la discrimination et du nationalisme » conclut-il en appelant « toutes les organisations syndicales à porter toute leur attention sur la stratégie du Front National en leur direction »
• Le syndicat CFDT Santé Sociaux de Lorraine a statué le 24 Mai sur la procédure d’exclusion à l’encontre de D. Durand-Decaudin. A l’unanimité de son bureau syndical extraordinaire, il a exclu le frontiste en expliquant « l’incompatibilité de son soutien au Front National et les valeurs de la CFDT ». Quant à l’adhérent CFDT des ferries Sea-France à Calais, R.Demassieux, il a été immédiatement démis de ses mandats .Le secrétaire régional de la CFDT, Pascal Catto a déclaré que « les valeurs du F.N. sont incompatibles avec celles prônées par la CFDT » Le frontiste calaisien en a sans doute tiré lui-même les conclusions en démissionnant depuis de la CFDT…
• La fédération Défense de F.O. a retiré tous ses mandats à A. Lemahieu qui défendait les couleurs du FN aux cantonales dans le Nord. Le secrétaire général F.O. du Nord, Lionel Meuris, a expliqué que « elle aurait dû rendre son mandat à FO avant de se porter candidate. Les statuts sont bafoués. L’indépendance de FO par rapport aux partis politiques est bafouée ». La candidate frontiste a menacé F.O. de poursuites judiciaires.
• Quant à la CFTC –Cheminots, confrontée à un adhérent candidat FN et par ailleurs dirigeant de ce parti, elle s’est singularisée en expliquant qu’elle n’exclurait pas T. Gourlot. Le secrétaire de ce syndicat, Jean-Paul Ricatte, a déclaré : « M. Gourlot est membre de la CFTC depuis 1982 mais il n’a aucun mandat syndical. Il ne s’exprime donc pas au nom du syndicat »
Ajoutant qu’ il le connaissait « depuis trente ans » et que celui çi n’était « ni raciste ni xénophobe » (AFP 30/03/2011)

La contre offensive syndicale
Heureusement, beaucoup de syndicats ne se sont pas contentés de réagir au coup pour coup  à l’offensive du F.N. :
• Il y a eu d’abord une très importante déclaration de la CGT, CFDT, SOLIDAIRES, FSU et UNSA mettant en cause l’idéologie de la « préférence nationale » véhiculée par le parti frontiste, lui opposant les valeurs du syndicalisme et concluant sur le fait que le Front National « n’est pas un parti comme les autres »
• Dans le milieu enseignant , la FSU, l’UNSA-Education, le SGEN-CFDT et la FERC-CGT ont déclaré ensemble : « Nous ne pouvons pas rester passifs face à la montée des thèses de l’extrême droite (…/…) ces thèses n’ont pas leur place à l’Ecole »
• SOLIDAIRES, dans une longue motion de son Conseil National du 4 Avril conclue que « L’Union  syndicale Solidaires engagée dans les combats contre les politiques xénophobes ne fera aucune concession au Front National (…/…) et rejette toute forme de banalisation de ce parti et de ses idées nauséabondes ». Par ailleurs, le SNUI-SUD TRESOR Solidaires a réagi à la « lettre aux fonctionnaires » de Marine Le Pen par un article dans son journal « L’unité » dont VISA a rendu compte sur son site.
• Le secrétaire général de la CGT, B. Thibault, a envoyé une lettre à tous les secrétaires généraux les alertant sur le danger : « l’Histoire nous enseigne que les partis fascistes se sont souvent parés de vertus sociales pour accéder au pouvoir ». Par ailleurs la CGT vient d’éditer une plaquette argumentaire « le Front National ou l’imposture sociale » « en direction des organisations de la CGT » qui constitue une bonne base pour former ses militants à contrer la démagogie frontiste.

Et maintenant
Tout d’abord VISA se félicite de l’action entreprise par les syndicats CGT, CFDT, SOLIDAIRES, UNSA  et FO pour retirer les mandats  et/ou exclure les militants frontistes. En même temps nous regrettons que F.O. ait cru bon de placer cette affaire uniquement sur le terrain de son apolitisme à préserver. Cette posture ne place pas cette confédération en bonne position pour lutter contre la propagande pseudo sociale du Front National qui peut toucher nombre de militants syndicaux à Force Ouvrière comme ailleurs. Enfin nous ne pouvons que déplorer l’attitude de la CFTC –Cheminots qui, en refusant de sanctionner un de ses adhérents, partie prenante des instances dirigeantes du FN, envoie un signal catastrophique à tous ses adhérents et à l’ensemble du monde syndical. Elle donne ainsi une sorte de feu vert au parti frontiste qui ne manquera pas d’exploiter cette faille dans le cordon sanitaire qu’il faut maintenir aussi dans le syndicalisme face aux entreprises de séduction du F.N.
Ainsi donc, à part pour le moment la CGC et la FSU, de 2009 à 2011 tous les syndicats ont été touchés par ce « outing » des militants frontistes. Gardons nous de n’y voir qu’une simple infiltration entriste. Même si cela est toujours du domaine du possible, la situation est bien plus préoccupante..Nombre de salariés, et parmi eux des syndiqués, démoralisés par la succession de défaites, l’approfondissement de la crise économique, l’accroissement de la précarité et de la misère, sont tentés d’écouter le discours simpliste et démagogique de Marine Le Pen ; il est toujours plus facile de s’en prendre à son voisin de palier immigré qu’aux patrons du CAC 40 !
Il est donc de la responsabilité de toutes les organisations syndicales, du sommet à la base, de continuer, patiemment mais fermement, à batailler sur le terrain des idées. Argumentaires généraux et ciblés par thème doivent fleurir de façon à armer les équipes syndicales. Des assemblées de syndiqué-e-s doivent franchement aborder la question sans tabou. L’objectif doit être qu’aucun syndiqué ne reste désarmé dans les discussions avec des salariés qui se posent la question de voter pour le F.N. L’unité intersyndicale doit être recherchée systématiquement pour s’opposer efficacement à cet ennemi mortel qui nous est commun.
VISA à son échelle a commencé ce travail. C’est le sens de l’appel « d’alerte » signé maintenant par plus de 1600 syndicalistes, c’est aussi le sens de la brochure « FN le pire ennemi des salarié-e-s » que nous avons mise à disposition de tous les syndicats et qui est déjà diffusée à plus de 10 000 exemplaires. Nous continuons ce combat avec la seule ambition qu’il devienne celui de tous les syndicalistes de ce pays.
VISA