ARTICLE VISA – Italie : « Fini, c’est fini » … ou ça ne fait que commencer ? (I)

C’était un congrès « conçu comme un concert de rock »  selon l’expression du quotidien ‘La Repubblica’. Le « Peuple de la Liberté » (PDL, ‘Popolo della Libertà’) nouveau parti quasi-unique de la droite italienne – en dehors de la Ligue du Nord, formation régionaliste très droitière – s’est constitué à Rome les 28 et 29 mars 2009. Son chef n’est autre que le principal dirigeant de la droite italienne depuis une quinzaine d’années : Silvio Berlusconi. Il a été élu à la tête du parti, non pas par vote à bulletins secrets, indigne d’un « vrai chef » mais « par applaudissements » et « à l’unanimité » des 6.000 délégués et participants. C’est dire le niveau de démocratie de ce parti ….

La nouvelle formation est actuellement créditée d’environ 40 % des voix, à l’approche des élections européennes mais Berlusconi lui assigne d’ores et déjà un objectif de « 51 % » (la Ligue du Nord est créditée de 9 % des intentions de vote). Le PDL regroupe désormais deux des trois partis de l’alliance gouvernementale : ‘Forza Italia’ (« Allez l’Italie ! ») du président du Conseil, Silvio Berlusconi, et ‘Alleanza Nazionale’, parti post-fasciste dirigé par le président de l’Assemblée nationale, Gianfranco Fini.

Cette formation absorbe également cinq petits partis, plutôt situés au centre-droit de l’échiquier politique italien (à l’exception notable de l’UDC, Union chrétienne-démocrate, qui, pour le moment, refusent de rejoindre le nouveau rassemblement et à qui les sondages accordent 7 % des votes). Ces partis constituent des morceaux issus de l’implosion de la ‘Democrazia Cristiana’, formation quasiment toute-puissante dans un passé pas si lointain, disparue en 1993 à la suite de la révélation, à l’occasion de l’opération « Mains propres » ou ‘Mani Pulite’, de gigantesques scandales de corruption.

Quinze ans de berlusconisme

La disparition de la DC, qui faisait la pluie et le beau temps dans les gouvernements pendant presque quarante années (sur fond de règne mafieux et de corruption structurelle), a ouvert la voie à des nouvelles expressions politiques de la droite. C’est à cette époque, en préparant les élections législatives du 27 mars 1994, que l’entrepreneur Silvio Berlusconi se lance en politique et fonde son parti ‘Forza Italia’.

Le lancement de ce « produit » politique ressemble de façon si caricaturale à une campagne publicitaire pour une lessive qu’il n’est guère pris au sérieux, au départ. Mais ‘Forza Italia’, s’appuyant, entre autres, sur des réseaux de supporteurs de football (Berlusconi étant propriétaire, à l’époque, du Milan AC), vient remplir un vrai vide politique à droite. A tel point qu’il emporte haut la main les législatives de mars 1994, même si ‘Forza Italia’ ne gagne pas la victoire seule mais accompagnée, déjà, par ses partenaires d’aujourd’hui sous leur forme de l’époque. Il y a là, la Ligue du Nord (née en 1989/1990 à partir de ligues régionalistes d’extrême droite à caractère local, notamment la « Lega Lombarda »), le MSI (« Mouvement Social Italien »), ancien parti néofasciste né en 1946/47 sur les décombres du fascisme mussolinien et ne dissimulant guère son héritage : son symbole est la flamme dans les couleurs du drapeau national (à l’origine, la flamme qui monte du cercueil du ‘duce’ Benito Mussolini vers le ciel…) – la même oriflamme tricolore copiée par le Front National, lors de sa fondation en 1972, et, encore aujourd’hui, logo officiel. Le congrès du MSI de Fiuggi, en 1995, marque la rupture officielle avec le passé fasciste et néofasciste pour se tourner vers les responsabilités gouvernementales futures. Le MSI devient ‘Alleanza Nazionale’. Et la flamme, si elle n’est pas entièrement bannie du parti, se réduit en taille et se place sous les racines d’un arbre. Le concept est clair : Le MSI formait le sol fertile, on enterrait officiellement son passé, sur lequel devait grandir l’arbre de « l’Alliance nationale ».)

Nombre observateurs ne prédisent pas une longue vie politique ni à Berlusconi ni à son parti, perçu comme le fruit d’une conjoncture politique superficielle. Ils semblent confortés dans leur analyse par la fin rapide du premier gouvernement Berlusconi, comprenant les trois partis : en décembre 1994, suite à des manifestations syndicales contre une ‘réforme’ des retraites, le président du Conseil Berlusconi se voit contrait à la démission. Il s’est auparavant disputé avec ses alliés de la Ligue du Nord. Cette dernière, même si elle s’engage parfois à l’échelle nationale – ainsi, la présidente de l’Assemblée nationale de 1994, Irene Pivetti, relaie les projets politiques des catholiques intégristes -, est alors encore un parti fortement empreint d’un particularisme régional. La « Liga » s’est, depuis, davantage intégré au jeu politique national.

Néanmoins, le pronostic savère erroné. Si le premier gouvernement Berlusconi, en 1994, ne dure que huit mois, « il Cavalarie » peut néanmoins revenir. Après un cabinet de technocrates au cours de l’année 1995 puis un gouvernement (instable en raison de conflits internes) du centre-gauche – à dominante sociale-libérale – sous le signe de ‘l’Olivier’ à partir d’avril 1996, Silvio Berlusconi et ses alliés gagnent les élections au printemps 2001.  Ils sont en mesure, cette fois-ci, de gouverner pendant cinq ans. Rentre dans cette période, notamment, le matraquage brutal et ultra-violent des manifestants anti-G8 à Gênes, en juillet 2001. Gianfranco Fini, alors ministre des affaires étrangères du second gouvernement Berlusconi, assiste, en direct, à la scène en survolant les théâtres d’opération dans un hélicoptère de l’armée.

Battue, de justesse, aux élections de 2006, la coalition de droite/extrême droite revient au pouvoir en avril 2008, après des élections anticipées organisées suite à l’échec du gouvernement de centre-gauche. Berluconi et ses alliés ont réussi à s’inscrire dans la durée. En dehors du seul Romano Prodi (le catholique du centre-gauche qui a conduit les listes gagnantes en avril 1996 et en 2006), Silvio Berlusconi a battu tous les candidats de la gauche ou (plutôt) ex-gauche italienne. Pire, ‘Forza Italia’, que ses détracteurs avaient décrit comme un simple « club de supporteurs », sans structure ni idées communes, est devenu un véritable parti politique: 400.000 adhérents revendiqués, 417 parlementaires.

Berlusconi et Fini

 

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La création du PdL se déroule sur fond de rivalité politique – autour du ‘leadership’ – entre Silvio Berlusconi et Gianfranco Fini. Le second, âgé de 57 ans  (ancien leader de la jeunesse du MSI puis du parti néofasciste lui-même, ayant imprimé à partir de 1995 le tournant « post-fasciste » et une orientation « responsable » à l’ex-MSI devenu l’AN, sous sa direction) rêve de devenir l’héritier du premier. Berlusconi, âgé de 72 ans, quittera probablement la scène politique d’ici quelques années. A la veille du congrès de dissolution d’AN, qui a précédé d’une semaine le congrès fondateur du nouveau PdL, Fini explique : « Le PdL a un leader et de toute évidence, c’est Berlusconi. Mais même Berlusconi sait qu’un leadership fort et reconnu ne peut en aucun cas devenir un culte de la personnalité. » Si ce propos ne sonne pas encore comme une oraison funèbre, il doit en tout cas aider à préparer la succession, à moyen terme.

Comme beaucoup d’hommes politiques arrivés à ce niveau de pouvoir, Berluconi n’apprécie pas que l’on lorgne trop ouvertement sur sa succession. C’était le cas pour Jean-Marie Le Pen vis-à-vis de Bruno Mégret, tout autant que de Jacques Chirac envers Nicolas Sarkozy… même s’il est vrai que le premier aura réussi de se débarrasser de son « dauphin » et successeur autoproclamé, mais pas le second. Autour du congrès de fondation de PdL, de mars 2009, Berlusconi a appelé à l’apparition d’une nouvelle génération de leaders pour lui succéder. Il a notamment déclaré à la presse quotidienne italienne, quelques jours avant le congrès : « J’espère que bientôt une nouvelle classe (entendre ici : génération) dirigeante plus jeune arrivera et (me) permettra de prendre de repos. » Autrement dit, il cherche à contourner ceux qui – Fini en tête – se sont déjà installés dans une logique de succession. La presse a d’ailleurs remarqué l’absence de Gianfranco Fini, pendant le discours de Berlusconi au congrès, sans savoir trop (dans un premier moment) comment interpréter cette absence. Alors que Fini était « la star » du deuxième jour du congrès, il était le grand absent le troisième et dernier jour.

A première vue, Berluconi et son entourage ont su s’imposer – à travers la fusion des différents partis de droite – à leur partenaire plus faible, l’Alliance Nationale. En effet, en décembre 2007, Gianfranco Fini se prononçait encore contre un tel projet de fusion en un parti (presque) unique de la droite italienne, proposé par Silvio Berlusconi : « Il n’y aucune possibilité qu’AN soit dissoute pour confluer dans un parti de Berlusconi dont on ne comprend(rait) ni les valeurs, ni les programmes, ni qui le dirige. ». Mais, ‘Forza Italia’ étant restée nettement plus forte que l’AN au plan électoral (même si les deux formations ont déjà fait liste commune aux législatives d’avril 2008), Fini a dû plier. D’aucuns penseront que l’Alleanza Nazionale en termes de forces (électorales et probablement aussi d’adhérents), est en train de se faire absorber par le premier. Surtout que les trois quarts des cadres du nouveau parti proviennent de ‘Forza Italia’, et que Gianfranco Fini n’occupe aucun poste de responsabilité au sein de l’appareil. Ceci dit, ce n’est qu’une hypothèse.

Mais certains pensent exactement le contraire. Ainsi le journaliste antifasciste italien Guido Caldiron, dit que c’est plutôt l’Alliance Nationale qui va l’emporter à moyen ou long terme. Il explique, dans une longue contribution pour un hebdomadaire allemand : « Elle (l’AN) a pu tirer du profit en présentant un projet politique, sociétal et culturel, ce que le parti-entreprise de Silvio Berlusconi n’a jamais réussi à faire. (…) Au sein du PdL, ce sont les post-fascistes qui constituent la force qui offre une sorte de paquet d’ensemble (note : idéologique), puisqu’ils ne travaillent pas qu’au niveau de la politique politicienne, mais qu’ils comprennent l’ancrage dans la société comme une composante essentielle de leur identité politique. » Selon cette hypothèse, les postfascistes, bien que minoritaires au sein du nouveau parti, en constitueraient la colonne vertébrale idéologique. Selon la loi des minorités agissantes, ils contrôleraient ainsi, non pas nécessairement l’appareil de direction du PdL, mais le projet porté par le nouveau parti.

« La Droite sociale » : projet de constitution d’une base sociale et idéologique

Au sein de l’ex-‘Alliance nationale’, des courants militent, en tout cas, en faveur de la réalisation d’une telle hypothèse. C’est le cas, notamment, de « La Droite Sociale », un courant qui cherche à refléter « l’âme radicale » de la droite italienne et auquel appartient notamment le maire de Rome (depuis avril 2008) : Gianni Alemanno, âgé de 50 ans.

Appartenant à l’ AN jusqu’à sa dissolution officielle, ce dernier est issu des milieux activistes de l’ancien parti. Alemanno a ainsi été arrêté plusieurs fois par la police, dans le passé, pour sa participation supposée à des bagarres, rixes et agressions pour motifs politiques. Aujourd’hui encore, il porte ostensiblement, à son cou, une croix celtique, ancien symbole de la jeunesse du MSI (assez prisé également dans certains milieux de l’extrême droite française). Son élection à la mairie de Rome, il y a presque un an, avait alors été célébrée par un groupe de néofascistes et nostalgiques du Duce posant, bras tendus, devant le Capitole.

Mi-janvier 2009, Alemanno présente un texte programmatique rédigé par des militants issu des rangs de la « Droite Sociale », lors d’une réunion publique dans un cinéma de Rome. Ce manifeste, intitulé « L’avenir des identités – Les valeurs de droite au (sein du) Peuple de la liberté », prône un réarmement idéologique de la droite italienne. Alors que le titre du manifeste évoque clairement des « valeurs de droite », ses auteurs tentent de gommer le clivage gauche/droite, et surtout les origines politiques respectives des adhérents du nouveau parti : « Nous voulons dire adieu aux catégories ‘centre’ et ‘droite’. Nous définissions les valeurs du Peuple de la liberté comme étant la liberté ; l’identité ; la communauté et l’autorité. » On peut lire également : « Pour conduire le changement en Italie, il est nécessaire d’être en mesure de procéder à une modernisation identitaire. Cela signifie d’être présent sur le territoire pour agir contre la dissolution des communautés. (…) Les valeurs de la tradition, si elles sont authentiques et vivantes, doivent se renouveler en permanence ». « Autorité » et « Identité », gommage des catégories politiques issues du clivage gauche/droite : l’orientation programmatique visée apparaît assez clairement.

Il est à noter aussi que le nouveau rassemblement ira, selon toute probabilité, nettement plus loin à droite, que ne le faisait jusqu’ici l’addition entre ‘Forza Italia’ et ‘Alleanza Nazionale’. En effet, au nom de l’unité à droite, il comprendra des composantes et des militants restés en dehors de la droite gouvernementale, ces dernières années, parce qu’ils avaient refusé le tournant de la « rupture avec le passé fasciste » imposé par Gianfranco Fini à son parti. ‘Il Secolo d’Italia’, jusqu’ici le journal de l’AN, a publié, ces dernières semaines, des articles enthousiastes sur tels et tels « anciens camarades », qui avaient refusé de suivre la mutation de l’AN, mais venaient désormais rejoindre le nouveau rassemblement. Le PdL semble chercher le rapprochement notamment avec les groupes dits « identitaires », courants (ex-)fascistes activistes qui animent des « Centres sociaux » tels que le ‘Centro Sociale Casa Pound’ à Rome. Jusqu’ici, ces groupes étaient proches de la formation ‘MSI-Fiamma Tricolore’, une sorte de « MSI maintenu » qui avait refusé la mue de 1995. – Signalons, d’ailleurs, que cette dernière formation a envoyé des invités au congrès du FN français d’avril 2000.

Réhabilitation (partielle) du passé fasciste

C’est de l’intérieur même de la droite gouvernementale qu’émergeaient, dans un passé très récent, les dernières tentatives de réhabilitation au moins partielle de l’héritage fasciste du pays. S’il est vrai que le chef de file de l’ex-‘Alliance Nationale’, Gianfranco Fini, faisait des pieds et des mains pour jurer son attachement « aux valeurs de l’antifascisme » et condamner toute nostalgie, la même chose n’est pas vrai pour son parti.

Parce que cela ne passerait pas ou très mal, il ne s’agit pas de prendre explicitement fait et cause pour tous les aspects du régime fasciste (qui a duré de 1922 à 1943, prolongé avec la « République Sociale Italienne » – régime-croupion de l’Allemagne nazie devenue puissance occupante – installé à Salo, jusqu’à la fin de la guerre en avril 1945) La plupart des intervenants, en tout cas, s’en tiennent à une distinction en apparence subtile entre une « bonne période » du régime fasciste – jusqu’en 1938 environ, avant que le vote des « Lois raciales » (antisémites) et un trop grand rapprochement avec l’Allemagne nazie ne viennent assombrir le tableau -, et la fin du régime décrite comme plus négative.  Cette distinction a déjà été établie dans le passé par l’historien Renzo de Felice (évoquant une « période de consensus » allant de 1929 à 1936, entre la stabilisation brutale du régime et le rapprochement avec Hitler). Il s’agit d’une nostalgie diffuse et en apparence apolitique, entretenue dans les années 1970 entres autres par les journaux du groupe de presse appartenant, à l’époque, à Berlusconi. Cette distinction « oublie », bien entendu, non seulement la terreur contre les opposants à l’intérieur de l’Italie, mais surtout aussi l’extrême brutalité des guerres de conquête coloniale. A l’intérieur de la prétendue « bonne période » ou « période de consens » se trouve la conquête italienne de l’Abyssinie (actuelle Ethiopie), avec utilisation de gaz chimiques contre les populations, en 1935/36. A propos de cette conquête, on a évoqué le chiffre de 400.000 morts. La forme fasciste du colonialisme n’aura certainement pas été la moins violente.

Dans une interview donnée au quotidien du soir ‘Corriere della Sera’, le dimanche 7 septembre 2008, le maire de Rome, Gianni Alemanno (alors AN), déclarait : « Je ne considère pas et je n’ai jamais considéré le fascisme comme le mal absolu. Le fascisme a été un phénomène plus complexe (…) Beaucoup de gens ont rejoint le fascisme en toute bonne foi et je ne pense pas qu’on puisse parler de mal absolu à leur sujet. (Mais) les lois raciales voulues sous le fascisme et qui ont contribué à sa fin politique et culturelle étaient, elles, le mal absolu. »  Le lendemain, le ministre de la Défense Ignazio La Russa prenait la parole lors d’une cérémonie à la mémoire des combattants de l’armée royale tombés face aux Allemands pendant les brefs combats de septembre 1943 à Rome, après la (première) chute de Mussolini et l’armistice conclu entre le gouvernement du maréchal Badoglio et les Alliés. Mais il tenait tenu à citer explicitement les parachutistes de la division ‘Nembo’, qui continuèrent la lutte aux côtés des Allemands jusqu’en 1945, alors que Mussolini avait mis en place la ‘République de Salo’. Le ministre s’exprimait ainsi, à cette occasion : « Je trahirais ma conscience si je ne rappelais pas que d’autres hommes en uniforme, comme ceux de la ‘Nembo’ de l’armée de la RSI (République Sociale Italienne, dite de Salo), ont aussi combattu, de leur point de vue, avec la conviction qu’ils défendaient leur pays. » Est-il nécessaire de rappeler que ce sont les militaires de cette république, appuyée sur la puissance de l’occupant nazi, qui traquèrent les juifs de la péninsule, jusque-là relativement épargnés (puisqu’il est vrai que l’Italie fasciste d’avant 1943 avait mis infiniment moins d’énergie dans l’extermination des juifs que l’Allemagne nazie) ?

Ces propos, s’ils ont soulevé l’indignation d’une partie de la population et de la classe politique italiennes, sont restés, en fin de compte, impunis. Certes, leurs auteurs prennent parfois le soin de relativiser leur portée, ou de se racheter une bonne conduite symboliquement. Pour Fini, le moyen approprié a semblé être un voyage en Israël – pays qui, s’il est haï par certains antisémites au sein de l’extrême droite française ou germanophone, représente pour la majeure partie de l’extrême droite italienne « un allié dans la défense de l’Occident et de sa civilisation contre les barbares ». (Jean-Marie Le Pen souhaitait s’y rendre pendant la campagne présidentielle de 1988, mais fut déclaré « persona non grata » suite à sa première sortie sur « les chambres à gaz, détail de l’Histoire » en septembre 1987. IL n’a,  d’ailleurs, jamais pu s’y rendre, par la suite.)

Gianfranco Fini ne s’est pas contenté de se rendre en Israël en 2003, il y a prononcé sa fameuse phrase sur « le fascisme, mal absolu » ; action symbolique qui devait prouver sa rupture définitive avec un passé qui lui collait à la peau (pour avoir encore décrit, en 1992, Mussolini comme « le plus grand homme d’Etat du 20e siècle »). Le 10 novembre 2008, ce fut au tour du maire de Rome, de choisir un symbole fort pour montrer qu’il était du bon côté en se  rendant, avec un groupe d’adolescents, à Auschwitz (maintenant une tradition instaurée par son prédécesseur, le démocrate Walter Veltroni) et même si des survivants de la Shoah avaient, dans un premier temps, menacé de boycotter ce voyage. A l’occasion de cette visite, l’ancien nostalgique des chemises noires a repris les termes du « mal absolu », en déclarant notamment : « Si l’on ne reste pas vigilants, ces choses peuvent toujours resurgir.» Avant de préciser: « Ce que nous apprenons ici est important pour le passé et pour le futur afin de rejeter toute forme d’intolérance, de haine et de discrimination entre toutes les identités qui composent notre humanité.» 

Alemanno aura ainsi réussi à apparaître comme un « homme civilisé »… tout en utilisant une formulation, qui accrédite l’idée que l’humanité serait composée « d’identités » différentes et immuables. (Respecter ces « identités », ne signifie-t-il pas, aussi, à ses yeux, de lutter contre leur « disssolution » et contre le métissage… ?) Tour de passe-passe bien réussi ! D’ailleurs, des graffitis sur des murs de Rome, émanant probablement de militants ‘ultra’ frustrés, attaquent depuis « Alemanno, l’infâme excrément sioniste ». Ces attaques devraient bénéficier à son image dans les parties plus ‘modérées’ de l’opinion publique, en le dédouanant des éléments les plus durs de son (ancien) camp…

En attendant, d’autres militants issus des rangs néofascistes prennent moins de gants quand il s’agit de retenir des « côtés positifs » du fascisme historique. Une fédération du MSI-Fiamma Tricolore, qui a refusé la transformation ‘postfasciste’ du MSI, a annoncé en novembre 2008 qu’elle offrirait 1.500 euros aux habitants de cinq villages du sud de l’Italie dès lors qu’ils prénommeraient leurs enfants nés en 2009 Benito ou Rachele, prénoms du dictateur Mussolini et de sa femme. Le petit parti politique précisait que cette offre est destinée à « perpétuer des prénoms en danger d’extinction »… et de saluer les origines du parti … (voir deuxième partie)