L’extrême droite allemande souffrant – parmi ses principaux problèmes – d’un éclatement organisationnel fort, ses différents partis n’ont pas réussi une véritable percée lors des derniers scrutins. Le dimanche 28 septembre, des élections régionales se sont déroulées en Bavière, alors qu’un scrutin municipal s’est tenu dans le Brandebourg, la région qui entoure Berlin. Il s’agit de deux Länder ou états-régions où l’extrême droite a été très forte dans un passé récent, mais sous des visages largement différents.
La Bavière
Considérée comme « noyau de l’ordre » (Ordnungszelle) pendant la République de Weimar et l’un des premiers fiefs du nazisme historique, cette région a été le berceau du parti des « Republikaner ». Ce parti, né en 1983 d’une scission à droite des conservateurs dominant la région, a longtemps eu une image plutôt national-conservatrice, même s’il a absorbé des militants néofascistes et néonazis. Pendant ces « années fortes », entre 1989 et 1992, son chef de l’époque – Franz Schönhuber – a développé une amitié avec Jean-Marie Le Pen. En Bavière, ce parti a obtenu jusqu’à 15,6 % des voix, son meilleur score réalisé aux élections européennes de 1989. Cependant, il n’a jamais encore réussi à entrer au Parlement régional (Landtag), la puissante Union chrétienne-sociale – CSU – qui a longuement dominé la région faisant tout pour ne pas laisser croître une concurrence sur sa droite. En 1990, les « Republikaner » échouèrent de peu, avec 4,9 % (alors que 5 % étaient requis pour avoir des sièges), aux élections régionales bavaroises.
Aujourd’hui, leur avenir est derrière eux. Alors même que leur concurrent historique, la CSU, est tombé, pour la première fois, sous la barre des 50 % lors d’un scrutin régional, les « REPs » s’avèrent totalement incapables de capitaliser sur cet effondrement du vieux parti dominant. A l’échelle de la région, le 28 septembre, les « Republikaner » ont obtenu 1,4 % des voix. Le NPD (parti plus proche du nazisme historique) réalise, quant à lui, 1,2 %. Un parti régionaliste ultra-conservateur, le « Bayernpartei », finit la course avec 1,1 %.
En 2003, lors du dernier scrutin régional, les « REPs » avaient obtenu 2,2 %, le NPD ne s’était pas présenté, et le parti régionaliste « Bayernpartei » avait totalisé 0,8 % des suffrages. Alors que l’Union chrétienne-sociale a subi, d’un scrutin à l’autre, une perte sèche de presque 17 % des voix (pour se retrouver à 42,5 %), ces suffrages perdus n’ont pas profité à l’extrême droite. Ils se sont majoritairement reportés sur le Parti libéral FDP ou sur des listes locales « apolitiques » (les « Freie Wähler » ou « Electeurs libres » qui ont obtenu plus de 10 % pour la première fois).
Avant le scrutin, l’extrême droite avait fait parler d’elle en raison d’un fait divers révélateur : le chef de file régional des «Republikaner », Johann Gärtner, s’était fait agresser physiquement par deux colleurs d’affiches du NPD, « parlant avec un accent d’ex-RDA » selon lui. Les deux militants, après avoir été priés par Mr. Gärtner de ne pas coller leurs affiches sur sa propriété, l’auraient traité de « cochon juif ». La police a confirmé l’incident entre les deux partis d’extrême droite concurrents.
Le Brandebourg
Cette région en partie économiquement sinistrée d’ex-Allemagne de l’Est, offre un autre visage de l’extrême droite. Ici, ses sympathisants frappent, plus souvent qu’ils ne votent. Chômeurs jeunes ou vieux, jeunes en « perte d’identité », habitants de villes petites ou moyennes, ils sont nombreux à avoir le crâne rasé ou à porter des vestes « Bomber ». Ils forment l’essentiel des sympathisants d’extrême droite, mais ne se déplacent pas toujours pour voter. En même temps, sur une partie du territoire et surtout dans des villes ou communes de taille modeste, la « culture de la violence » et le style vestimentaire de ces milieux sont parfois « culturellement dominants ». Surtout dans une partie non négligeable de la jeunesse masculine, ils sont difficilement contournables, ou en tout cas on ne leur résiste pas facilement.
Jusqu’ici, c’était la DVU (« Deutsche Volks-Union », « Union du peuple allemand ») de l’éditeur de plusieurs journaux nationalistes et militaristes Gerhard Frey qui dominait l’extrême droite de la région. Au Brandebourg, la DVU avait réussi deux fois à entrer au Parlement régional, en 1999 et en 2004, avec cinq à six pour cent des voix. Cependant, en tant que parti, la DVU est une coquille vide : le vieux chef tout-puissant – Gerhard Frey, basé à Munich dans le Sud de l’Allemagne – règne en seul maître à bord. Aucune marge de manœuvre, ou presque, n’est laissée aux militants pour développer une activité propre.
Pour le NPD, parti plus structuré et ayant davantage une « culture » militante, le Brandebourg était jusqu’ici plus ou moins une « terre de mission ». Il n’y compte guère que 250 militants. Depuis 2004 (et le succès électoral du NPD en Saxe, région du Sud-est de l’ancienne RDA), le NPD et la DVU avaient d’ailleurs conclu un « accord de répartition » : telle région devait revenir au seul NPD pour y présenter des candidats sans devoir affronter une concurrence de l’autre parti, et vice-versa. Mais depuis plusieurs mois, les conflits se sont multipliés et exacerbés entre les deux représentants d’extrême droite. Des jeunes militants radicaux du NPD, entre autres, considèrent que l’alliance avec la coquille vide que représente la DVU « ne (leur) apporte rien ». D’ailleurs, le NPD se situe beaucoup plus dans une logique de construction militante que sa rivale. Cette fois-ci, les deux partis (la DVU fondée en 1972 comme association puis en 1987 comme parti politique, et le NPD, le plus ancien parti d’extrême droite en Allemagne, créé en 1964) se sont affrontés dans le Brandebourg.
Au scrutin municipal du 28 septembre 2008, le NPD et la DVU ont présenté des candidats : 49 pour le premier, 72 pour la seconde. Le NPD, en raison de la faiblesse (relative) de son tissu militant et ayant du mal à assurer une « couverture » de la région, a dû présenté des candidats « peu recommandables », aux yeux d’un public plus large. Parmi eux, des candidats condamnés pour coup et blessures comme Alexander Boden, candidat à des conseils municipaux et départementaux dans l’extrême Sud-est du Brandebourg. Ce néonazi avait été condamné, en 2002, à deux ans de prison (ferme) par un juge des mineurs : il avait été considéré comme l’un des principaux responsables d’une ratonnade au cours de laquelle avait été tué, en 1999, l’Algérien Omar Ben Noui dans la ville de Guben (20.000 habitants). Cependant, les candidatures d’Alexander Boden, au plan municipal et cantonal, ont échoué toutefois il obtient 9,2 % des suffrages., dans la circonscription de Guben,
En revanche, une trentaine de sièges reviennent, désormais, aux NPD et DVU dans différents conseils municipaux et départementaux du Brandebourg. Le 28 septembre, le premier a réalisé un score de 1,9 % et le second de 1,5 %, l’ensemble représente environ 100.000 voix. Au scrutin municipal de 2003, la DVU avait obtenue – seule – 1,6 % et 43.000 suffrages. Le NPD avait alors été absent de la plupart des circonscriptions.
Désormais, des représentants de l’un des deux partis d’extrême droite siègent dans 13 des 14 conseils départementaux, malgré la situation de concurrence. C’est surtout le NPD qui en profite, puisqu’il cherche à construire un appareil (dont l’une des sources de financement principales réside dans les rémunérations de ses parlementaires) et une machine militante. Dans le département d’Eisenhüttenstadt, à l’extrême est du Brandebourg, le NPD réalise son meilleur score avec 4,5% (plus 0,9 % pour ses rivaux de la DVU).
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