Comment Buffalo Grill exploite en cuisine

Article de Lénaïg Bredoux paru dans l’Humanité

Plusieurs dizaines de salariés sans papiers de la chaîne occupent un restaurant de l’Essonne pour obtenir leur régularisation. La CGT dénonce « un système » de recrutement.

Ils attendent, installés sur les banquettes en Skaï rouge, cantonnés dans une partie du restaurant Buffalo Grill, au bord de l’autoroute A6, dans la zone – commerciale de Viry-Châtillon (Essonne). Chaque jour plus nombreux. Tous sont employés de l’enseigne au taureau, tous sans papiers et de nationalité malienne. L’occupation a commencé mardi, un peu après 15 heures, raconte Raymond Chauveau, un des responsables de l’union départementale CGT. « Ces salariés sont tous en contrat à durée indéterminée, soit comme cuisiniers-grilladins soit comme HTM, pour « homme toutes mains », et demandent leur régularisation« .

Démissions et licenciements

Tout commence la semaine dernière. Deux salariés d’un autre restaurant Buffalo Grill du département, à Montgeron, sont convoqués à un entretien préalable, en vue de leur licenciement et contactent la CGT. La direction leur reproche d’avoir fourni de faux titres de séjour. Après le signalement de quatre premiers cas à Orgeval sur signalement par la gendarmerie, « nous avons lancé une vérification sur l’ensemble du réseau« , explique Erich Harasymczuk, président du directoire de Buffalo Grill. « Une vingtaine de salariés en situation irrégulière ont été trouvés, la plupart ont démissionné, les autres ont été licenciés. On ne fait qu’appliquer la loi.« 

Mais la chaîne jure qu’auparavant elle ignorait tout. « Quand on embauche, on fait une déclaration à l’URSSAF, mais on n’a pas obligation de vérifier auprès de la préfecture, reprend le président. Par ailleurs, tous étaient en CDI, ils avaient des fiches de paie en règle« .  « Ils disent tout le temps qu’ils ne savaient pas, rétorque un sans-papiers, embauché depuis quatre ans et menacé de licenciement à Montgeron. Mais comment une société en France peut embaucher sans vérifier les identités ? Et sur une durée aussi longue ? De toute façon, dans certains restaurants, les managers disaient qu’on avait intérêt à tout faire parce qu’on n’avait pas de papiers… « 

Depuis le début de la semaine, le nombre des salariés de Buffalo Grill sans papiers à rejoindre la grève ne cesse de croître. Ils étaient trente, hier, recensés par la CGT, répartis dans 9 restaurants de l’Essonne (sur 14 au total dans le département). « Et nous en avons plusieurs qui viennent maintenant des Yvelines« , ajoute Raymond Chauveau. La preuve, selon le syndicaliste, qu’il s’agit bien d’un « système » de recrutement en vigueur dans la chaîne, et non d’exceptions, « à l’insu de leur plein gré « . « Ces salariés sont embauchés justement parce qu’ils n’ont pas de titres de séjour. Au nom de la flexibilité maximale, parce que ce sont des gars qui rasent les murs, ne contestent pas, bossent parfois de 9 heures le matin à minuit passé… » Un gréviste malien acquiesce : « Quand tu n’as pas tes papiers, t’es toujours sous la menace du patron… De toute façon, on est tous des « arrière » ou des HTM, toujours à la cuisine. Parce qu’on ne met pas les Africains en salle… « 

Hier soir, le président du directoire de Buffalo Grill, qui s’est engagé à réembaucher les salariés s’ils sont régularisés, affirmait attendre un rendez-vous avec le préfet de l’Essonne et Jean-Pierre Morvan, adjoint au maire PCF, de Viry-Châtillon.

Pour en savoir plus :

Union Régionale CGT Ile de France

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