La grève des cheminots, gaziers et électriciens du 18 octobre a été l’occasion pour le Front National (Français d’abord des 17-18-19/10/07) de déverser son fiel contre les salariés en lutte et contre leurs syndicats qui devraient, selon lui, « abandonner leur culture du syndicalisme révolutionnaire » mais qui, en même temps, sont taxés de syndicats du système …. Comprenne qui pourra !
Le service minimum (qui s’appliquera au 1er janvier 2008) est dénoncé comme « une fausse bonne idée » et Carl Lang vitupère que la France a besoin d’un « service maximum » et que les syndicats doivent cesser « de prendre les usagers en otage »
Pour autant le Front National tient un discours prudent sur les régimes spéciaux : Carl Lang, « vice président du FN en charge des Affaires Sociales », dit : « on pourrait considérer qu’il soit possible de préserver les régimes spéciaux à la RATP ou à la SNCF à condition qu’ils soient équilibrés par l’entreprise elle-même ». Il précise qu’il existe des régimes qui doivent continuer à être financés par l’Etat : celui des pêcheurs mais aussi celui des mineurs, « métiers d’une réelle pénibilité qui rendent légitime que l’âge de la retraite ne soit pas allongé ».
On voit bien dans ce discours alambiqué que ce n’est pas tant l’avenir des retraites qui préoccupe le FN, mais d’abord sa clientèle électorale, dans le Nord / Pas de Calais et chez les marins qu’il cherche ainsi à préserver. Le communiqué de presse de Jean-Marie Le Pen du 05/11/07 de « soutien aux marins pêcheurs » qui « passent à l’action avec l’énergie du désespoir » va dans le même sens.
Par contre, Français d’Abord s’est bien gardé de commenter l’article du Monde (11-12 /11/07) qui, relatant le déclenchement de la grève dans le port du Guilvinec, fait état de l’accueil singulier qu’avait reçu un bateau des douanes qui venait contrôler un chalutier : une cassette de chants nazis diffusée sur les ondes VHF de la radio des pêcheurs … Quelque soit la justesse des revendications des marins pêcheurs, on ne peut qu’être inquiets de l’utilisation de telles méthodes, dénoncées à juste titre par le porte parole des grévistes.
Enfin, l’affaire de la caisse noire du patronat de la métallurgie sert de prétexte à l’extrême droite pour dénoncer le « système nauséabond » où « un certain patronat » et « les syndicats qui profitent du système » se partageraient le gâteau. Et Marine Le Pen de déplorer que « dans les années 90 les pouvoirs publics ont fait interdire les syndicats proches du Front National dont la détermination risquait de troubler ce petit jeu malsain »
Pour finir cette revue de presse, à noter un communiqué du lundi 29 octobre de Marine Le Pen où la dialectique frontiste fait feu de tout bois ! Le projet de loi Hortefeux sur l’immigration choisie y est vigoureusement dénoncée … non pas pour son caractère discriminatoire à connotation raciste … mais pour sa « double immoralité » : « Il faut réagir face à un plan concerté de baisse des salaires » proclame Marine Le Pen qui « demande solennellement au gouvernement de renoncer à ce projet, de proposer les offres d’emplois vacants aux chômeurs français » et « appelle tous les travailleurs des secteurs concernés à s’opposer à ce plan qui vise à terme à planifier une baisse de leurs rémunérations et à tiers- mondiser leurs emplois »
Ainsi le FN, sentant la grogne qui monte sur la question du pouvoir d’achat dans les couches populaires, essaye de la détourner sur la voie nauséabonde du racisme déguisé pour l’occasion en dénonciation du « trafic d’êtres humains » qui serait organisé par la loi Hortefeux !
Se démarquer à tout prix du gouvernement Sarkozy-Fillon, y compris des projets qui sont censés faire le plus plaisir à l’électorat d’extrême droite, voilà la gageure à laquelle est confronté le parti frontiste pour continuer à exister. Appliquer cette ligne est visiblement un art périlleux pour la fille du Chef …